Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, lors d'une conférence de presse au Grand Sérail, le 29 décembre 2025. Capture d'écran de la retransmission de son allocution par la LBCI
Le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé lundi au Grand Sérail le transfert au Parlement du très attendu projet de loi sur le « rétablissement de l’ordre financier et la restitution des dépôts ». Il a souligné que le projet est disponible publiquement « afin de permettre aux citoyens d’en prendre connaissance. » Conformément à la procédure, le président de la République Joseph Aoun a transmis le texte signé par M. Salam et le ministre des Finances Yassine Jaber à la Chambre des députés.
« Nous avons mis en ligne sur notre site internet le projet de loi sur le « trou financier » afin de permettre aux citoyens d’en prendre connaissance, ce qui contribuera à dissiper les ambiguïtés, a annoncé M. Salam. Quiconque se penchera sur le projet de loi relatif constatera qu’il restitue aux déposants leurs droits et qu’il pénalise ceux qui ont transféré leurs fonds à l’étranger ».
Face aux nombreuses critiques relatives au texte, approuvé au Conseil des ministres la semaine dernière par 13 voix pour et 9 contre, le Premier ministre a dit que son gouvernement est « ouvert à toute proposition susceptible d’améliorer ce projet de loi », tout en soulignant ne pouvoir « accepter les critiques qui ne proposent pas d’alternatives, car cela contribue au gaspillage des fonds des déposants, à la paralysie du secteur bancaire et à l’affaiblissement de l’économie. »
L'Association des Banques du Liban a de son coté décidé « d’inviter les banques opérant au Liban à une réunion qui se tiendra le lundi 5 janvier 2026 à midi, afin de se concerter au sujet dudit projet de loi et de prendre les décisions appropriées à cet égard », rapporte un communiqué de l'Association. Directement concernée par les dispositions de la loi, elle s'y était opposée frontalement la semaine passée, dénonçant une « atteinte injustifiée et inacceptable aux droits des banques et des déposants. »
Avant même son adoption, le projet avait aussi été critiqué par la commission parlementaire de l’Économie, une partie du secteur privé et certaines associations de déposants, qui ont manifesté devant le Grand Sérail et le palais de Baabda la semaine dernière, pendant les réunions du Conseil des ministres. D’autres associations, comme l’Union des déposants, ont cependant jugé que le fait d’avoir adopté un texte, même perfectible, était une bonne chose.
Le Premier ministre a souligné que le Conseil des ministres a fait de l’équité envers les déposants « une priorité », tout en tenant compte de la nécessité pour l’économie libanaise de « retrouver une discipline financière ». Il a insisté sur le fait que le « remboursement progressif des avoirs est préférable au report indéfini des décisions, lequel conduit à l’érosion de leur valeur et prive le Liban d’une opportunité de redressement ». Avant de conclure : « Nous ne vendons pas d’illusions aux Libanais et nous ne leur cachons pas la vérité. En tant que gouvernement (formé début février 2025, NDLR) , nous nous sommes donné le nom de gouvernement de la réforme et du sauvetage : tel est notre objectif, et nous ne transigerons pas à son sujet. »
La loi sur le trou financier est l’un des textes les plus importants de la palette de réformes que le Fonds monétaire international demande au Liban, avant même de le laisser souscrire à un programme d’assistance financière. Celui-ci est conditionné à la mise en œuvre de transformations supplémentaires dans la façon dont sont gérés le pays et son système financier, en situation de faillite depuis 2019. Si le Premier ministre a réussi son pari de faire adopter cette réforme-clé avant la fin de l’année, alors que ses prédécesseurs Hassan Diab et Nagib Mikati avaient tous deux capitulé face aux pressions politiques, le texte adopté ne coche pas un certain nombre de cases considérées comme essentielles par le FMI. Il existe aussi le risque que le projet de loi soit dénaturé par les commissions parlementaires.


