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Politique - Décryptage

L'initiative égyptienne au Liban : moins qu’un plan, plus que des idées


S’il est certain que la visite du Premier ministre égyptien à Beyrouth à la tête d’une importante délégation ministérielle est principalement axée sur la signature d’accords économiques entre les deux pays, la crainte de l’élargissement des hostilités entre le Liban et Israël et le sort des négociations dans le cadre du « mécanisme » restent présents dans les discussions. Surtout avec ce qu’on a appelé, un peu hâtivement peut-être, l’initiative égyptienne pour faire baisser la tension entre le Liban et Israël, qui ressemblerait plus à des idées qu’à un véritable plan.

Le Hezbollah, qui est directement concerné par les démarches égyptiennes, précise ainsi qu’il y en a eu deux distinctes, la première véhiculée par le chef des renseignements égyptiens Hassan Rachad, et la seconde par le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty. Même si toutes les deux se ressemblent, à quelques nuances près. La première comportait trois points : d’abord l’annonce par l’armée qu’il n’y avait plus d’armes ni d’infrastructure du Hezbollah dans la zone au sud du Litani, ensuite l’annonce par le Hezbollah qu’il ne compte lancer aucune attaque contre Israël et enfin « le gel » des armes qui seraient placées sous le contrôle de l’armée, en attendant des discussions plus poussées pour aboutir à un accord clair et durable. Au cours de sa visite à Beyrouth, le chef des SR égyptiens n’a pas directement rencontré les représentants du Hezbollah mais il a pris soin de leur transmettre ses idées par le biais d’autres interlocuteurs, dont le président de la Chambre. Selon des sources proches de la formation, celle-ci les a rejetées, les considérant inacceptables.

Le ministre Abdelatty est ensuite venu au Liban, pour présenter un plan « amélioré » qu’il affirmait être plus « acceptable ». Mais à la grande surprise du Hezbollah, dans les nouvelles idées égyptiennes, la zone démilitarisée devait s’étendre jusqu’au fleuve Awali, avec un engagement ferme de la part du Hezbollah à ne plus lancer d’attaques contre Israël, avant le début des négociations entre les deux pays, qui se dérouleraient au Caire sous le parrainage égyptien. Le ministre n’a pas caché à ses interlocuteurs libanais les craintes de son pays qu’Israël ne lance une offensive de grande envergure contre le Liban et c’est donc pour éviter un tel scénario qu’il a proposé ces idées. Abdelatty a même déclaré aux Libanais que selon les informations parvenues aux Égyptiens, les Israéliens seraient déterminés à lancer une nouvelle guerre contre l’Iran, dans le but de porter le coup de grâce au régime. Mais avant de le faire, les Israéliens veulent en finir avec le Hezbollah au Liban et avec les houthis au Yémen, pour éviter d’être contraints de se battre sur plusieurs fronts en même temps. Le ministre égyptien a ainsi précisé qu’il faut prendre au sérieux les menaces israéliennes et faire en sorte d’épargner le Liban.

Toutes ces informations sont parvenues au Hezbollah qui n’a pas encore donné de réponse définitive. Toutefois, selon les sources qui évoluent dans son orbite, il reste sceptique sur la détermination israélienne à lancer une attaque d’envergure, au moment où les simples menaces permettent aux Israéliens de soutirer des concessions aux Libanais, sans avoir à agir plus concrètement. Toutefois, même s’il a des doutes sur l’imminence de l’élargissement des attaques israéliennes, le Hezbollah est conscient du fait que le Premier ministre israélien veut profiter au maximum du climat actuel pour réaliser ses objectifs déclarés au sujet du projet du Grand Israël. Par conséquent, toutes les rumeurs sur les intentions israéliennes d’élargir le champ de la confrontation peuvent être crédibles. Par le biais des canaux habituels, il a donc répondu aux Égyptiens qu’il prenait au sérieux leurs idées mais qu’il fallait en discuter plus profondément. C’est de là qu’est venue l’idée d’une invitation qui serait adressée au Hezbollah pour se rendre au Caire.

Mais, selon les sources proches de la formation, il ne s’agit pour l’instant que d’une idée, que le Hezbollah étudie avec le président de la Chambre qui pourrait, lui, se rendre au Caire pour discuter de la situation au nom du tandem chiite. Selon des informations diplomatiques arabes, l’Égypte s’intéresse beaucoup à la situation libanaise, non seulement parce qu’elle veut jouer un rôle de puissance arabe et musulmane dans la région, mais aussi parce qu’elle agit de concert avec l’Arabie saoudite, qui préfère rester un peu en retrait dans certains dossiers. Toutefois, le motif le plus déterminant dans l’intérêt que porte l’Égypte à la situation libanaise, c’est qu’elle estime que celle-ci est étroitement liée à celle de Gaza. D’ailleurs, entre le Liban et Gaza, les scénarios se ressemblent beaucoup et s’il y a un élargissement de la confrontation au Liban, il y aura aussi un effondrement de l’accord de cessez-le feu à Gaza. Or, l’Égypte considère que la situation à Gaza a un impact direct sur elle. Surtout si le véritable projet israélien est de déplacer les Gazaouis vers le Sinaï. Cela signifierait pour les Égyptiens non seulement l’existence d’une bombe à retardement politique et démographique – surtout si les responsables et membres du Hamas s’y installent avec leurs familles – mais aussi cela constituerait pour les Israéliens un motif pour frapper régulièrement le Sinaï selon leurs intérêts, violant ainsi la souveraineté égyptienne. Les Israéliens viseraient ainsi à créer une nouvelle zone démilitarisée, qui augmenterait encore plus leur influence sur la région et sur l’Égypte en particulier.

Pour toutes ces raisons, il y aurait donc malgré tout beaucoup de convergences dans les intérêts entre l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban et peut-être même l’Arabie, à cette période précise, en dépit des divergences et des conflits précédents.

S’il est certain que la visite du Premier ministre égyptien à Beyrouth à la tête d’une importante délégation ministérielle est principalement axée sur la signature d’accords économiques entre les deux pays, la crainte de l’élargissement des hostilités entre le Liban et Israël et le sort des négociations dans le cadre du « mécanisme » restent présents dans les discussions. Surtout avec ce qu’on a appelé, un peu hâtivement peut-être, l’initiative égyptienne pour faire baisser la tension entre le Liban et Israël, qui ressemblerait plus à des idées qu’à un véritable plan.Le Hezbollah, qui est directement concerné par les démarches égyptiennes, précise ainsi qu’il y en a eu deux distinctes, la première véhiculée par le chef des renseignements égyptiens Hassan Rachad, et la seconde par le...
commentaires (3)

ce qui est drole, mais attendu malgre tout est que les pays interesses ne font QUE nous donner des idees.... alors QUE nous n'en avons point a part les slogans de la milice iranienne et ceux, creux du pouvoir.

L’acidulé

09 h 20, le 20 décembre 2025

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Commentaires (3)

  • ce qui est drole, mais attendu malgre tout est que les pays interesses ne font QUE nous donner des idees.... alors QUE nous n'en avons point a part les slogans de la milice iranienne et ceux, creux du pouvoir.

    L’acidulé

    09 h 20, le 20 décembre 2025

  • En effet beaucoup de pays s’intéressent au Liban et comme par hasard tout ce beau monde nous dit que les armes de la milice c’est terminé. Sauf le patron iranien bien sûr. Tout montre que pour le voisin c’est bien sa dernière guerre. Il ira jusqu’au bout et pour notre malheur, c’est bien lui qui décide. Il est capable de tout. Bombarder son ami de toujours, le Qatar le prouve bien. Lorsque natenyahu parle de la sécurité d’Israël, il faut bien l’entendre et le croire. Et en premier le hezbollah qui par imprudence et même bêtise, s’est livré lui-même et sans raison à son terrible bourreau.

    Goraieb Nada

    07 h 35, le 20 décembre 2025

  • Israël se croit tout permis et le 29 décembre, il risque d’avoir les coudées franches avec l’aide de Trump qui lui donnera carte blanche.

    Mohamed Melhem

    06 h 26, le 20 décembre 2025

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