Le réfugié somalien Abdallah Omar marche avec ses enfants dans une ruelle alors qu'ils attendent des nouvelles de leur rapatriement depuis le Yémen, à Aden, le 23 octobre 2025. Dans des logements de fortune dépourvus du strict nécessaire, entourés de tas d'ordures et bordés de chemins de terre, des milliers de Somaliens au Yémen vivent dans une pauvreté accablante dans le « petit Mogadiscio » d'Aden. Photo Saleh Al-OBEIDI / AFP
Les déclarations du président Donald Trump qualifiant la Somalie de « pays pourri » ont suscité mardi des réactions indignées d'habitants de la capitale Mogadiscio, contrastant avec le silence des autorités somaliennes dépendantes de l'aide militaire des Etats-Unis.
« Ce n'est pas la première fois que le président Trump parle négativement de la Somalie et des Somaliens, mais cette fois-ci ces insultes (...) sont inacceptables », juge Daude Bare, un commerçant interrogé par l'AFP.
Le chef de l'Etat américain dénigre régulièrement les minorités et a fait de la lutte contre l'immigration illégale son cheval de bataille, jouant sur les craintes de la majorité blanche de perdre son pouvoir politique et culturel.
En Somalie, « ils n'ont rien, ils ne font que s'entre-tuer », a lancé M. Trump lors d'une réunion de son gouvernement, réagissant à un scandale de vaste fraude portant sur le détournement de plus d'un milliard de dollars d'un programme de protection sociale et impliquant des Américains d'origine somalienne.
« Leur pays ne vaut rien pour une raison ou une autre. Leur pays est pourri, et nous ne voulons pas d'eux chez nous », a-t-il poursuivi,
« Si Trump a un problème avec certains Somaliens qui ont commis des crimes en Amérique, il peut le dire. Mais nous ne pouvons pas accepter qu'il parle négativement de la Somalie et des Somaliens en général », ajoute Daud Bare.
Pour Sumaya Hassan Ali, une étudiante de 23 ans, « un président étranger n'a aucun droit à être grossier envers la Somalie ».
« Chaque pays a ses défauts, même les Etats-Unis, dont il semble penser qu'ils sont un paradis », poursuit-elle, quand « nous savons que beaucoup de gens sont tués dans les villes américaines chaque année, parfois plus qu'en Somalie. »
Contacté par l'AFP, plusieurs responsables gouvernementaux se sont refusés à tout commentaire. Washington est un partenaire-clé des fragiles autorités de Mogadiscio face aux islamistes shebab liés à Al-Qaïda, dont les combattants guerroient face à l'armée somalienne à 60 km à peine de Mogadiscio.
Le gouvernement somalien ne répond pas au président américain car il sait que s'il l'irrite, Donald Trump « pourrait ne pas hésiter à retirer son soutien » militaire à la Somalie, observe Mahdi Ibrahim, un universitaire somalien.
Rare voix discordante interrogée par l'AFP, Nuradin Abdi, un travailleur humanitaire, dit reconnaître certaines vérités énoncées par le chef de l'Etat américain, malgré le ton employé.
« Trump est peut-être mal élevé, mais on ne peut pas ignorer que certains de ces propos sont vrais », explique-t-il.
« La Somalie se bat toujours contre des guerres et la corruption, et son peuple est réfugié partout dans le monde, estime-t-il. Si nous voulons changer la perception mondialement négative de la Somalie, nous devons changer notre pays et améliorer sa gouvernance. »


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