Des manifestants devant la maison du président israélien Isaac Herzog à Tel Aviv, à la suite de la demande de grâce présidentielle formulée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 30 novembre 2025. Photo de Maya Levin / AFP
La demande de grâce présidentielle de Benjamin Netanyahu est perçue en Israël comme un coup politique destiné à redorer le blason d'un Premier ministre impopulaire qui brigue sa propre succession en 2026.
Premier chef de gouvernement israélien à être poursuivi en justice alors qu'il est en fonction, M. Netanyahu comparaît chaque semaine devant un tribunal dans trois affaires de corruption.
Sa demande de grâce, formalisée dimanche auprès du président Isaac Herzog, a pris tout le monde de court en Israël. Deux sondages publiés depuis révèlent une majorité relative de plus de 40% d'Israéliens opposée à tout geste de clémence de M. Herzog.
Ce « n'est pas une démarche juridique. C'est une démarche purement politique », analyse Nahum Barnea, éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot dans un article publié lundi.
Pour Netanyahu, « la demande de grâce est le premier acte d'une négociation (visant à) parvenir à un accord qui mettra fin à son procès », écrit M. Barnea, et c'est « un coup gagnant-gagnant ».
S'il obtient gain de cause, « il sera libéré de son procès, prouvera à son électorat qu'il est tout-puissant et pourra surfer sur cette vague jusqu'à la victoire électorale » et en cas contraire, « il se fera passer pour la victime jusqu'à la victoire électorale », ajoute l'éditorialiste.
A 76 ans, dont plus de 18 à la tête du gouvernement depuis 1996, M. Netanyahu est le Premier ministre israélien ayant passé le plus grand nombre d'années en exercice.
Il a toujours clamé son innocence et dénoncé ses procès comme une cabale montée par ses ennemis, et compte bien se représenter.
- Réforme judiciaire -
La législature actuelle s'achève en novembre. D'ici là, des élections anticipées sont possibles, qu'elles soient provoquées par M. Netanyahu lui-même ou qu'il y soit contraint en cas de perte de sa majorité, très fragile.
Selon de récents sondages, près de deux Israéliens sur trois souhaitent voir M. Netanyahu reconnaître sa responsabilité dans l'échec des autorités à empêcher l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, journée la plus meurtrière de l'histoire d'Israël, ayant déclenché la guerre de Gaza.
Mais plusieurs enquêtes d'opinion montrent également qu'en cas d'élections, le Premier ministre et son parti, le Likoud (droite), arriveraient en tête. Cela placerait M. Netanyahu en position idéale pour former le prochain gouvernement.
Pour Dorit Koskas, ancienne responsable à la faculté de droit de Tel-Aviv, la demande de grâce est « un outil politique » pour Netanyahu. Celui-ci cherche ainsi à « effacer les conséquences de ses défaillances pour continuer sa carrière politique au lieu de rendre enfin des comptes », dit-elle à l'AFP.
Ari Shavit, journaliste politique au Yediot Aharonot, estime que le Premier ministre propose en fait un marché. Il s'agit, écrit-il, d' « accorder la grâce à Netanyahu en échange d'un arrêt total de la réforme judiciaire » ayant profondément divisé le pays en 2023, avant la guerre.
Présenté par le gouvernement comme un nécessaire rééquilibrage des pouvoirs, et par ses détracteurs comme une menace pour la démocratie, ce projet de réforme a provoqué l'un des plus gros mouvements populaires de contestation qu'ait connu Israël.
- « Fin aux divisions » -
Dans sa lettre de demande de grâce, M. Netanyahu a insisté sur le besoin de « mettre fin aux divisions ».
Le Premier ministre a reçu l'appui du président américain Donald Trump, qui n'a pas hésité à écrire en novembre à M. Herzog pour lui demander cette grâce.
Alors que l'opposition refuse que M. Netanyahu bénéficie de la clémence présidentielle sans se retirer de la vie politique, M. Herzog s'est engagé lundi à ne prendre en compte dans sa décision « que le bien de l'Etat et de la société israélienne ».
Le système de scrutin israélien à la proportionnelle intégrale impose des alliances politiques souvent improbables pour gouverner.
Pour l'analyste politique Myriam Shermer, si M. Netanyahu obtient la grâce du président, celle-ci « réduira les divisions uniquement si elle permet vraiment (...) à une vaste coalition centriste d'émerger (...) après des années d'impasse politique ».
Pour cela, dit-elle à l'AFP, il faudra que l'opposition cesse d'ostraciser M. Netanyahu, que ce dernier accepte de gouverner avec d'autres que ses alliés actuels d'extrême droite ou des partis ultraorthodoxes, et qu'il mette en place « la vraie commission qui examinera les failles à la fois sécuritaires et politiques qui ont conduit au 7-Octobre », à laquelle il s'oppose contre l'avis de la majorité de la population.
Quand à la réforme judiciaire, M. Netanyahu « n'aura aucun problème à la mettre de côté en échange d'un dernier mandat qu'il espère apaisé et couronné de réussites diplomatiques », dit Mme Shermer, en faisant allusion à son rêve de normalisation avec l'Arabie saoudite.


Nawaf Salam affirme que l’engagement américain pour la trêve au Liban est « plus important » qu’avant
Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026