Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, s'adresse aux journalistes à la sortie d'une conférence de presse au Flushing Meadows–Corona Park, dans le quartier du Queens à New York, le 5 novembre 2025. Photo AFP/ TIMOTHY A. CLARY
Quand Zohran Mamdani quitte la scène après son premier discours de maire élu de New York, le son qui l'accompagne n'est pas une des sempiternelles odes à la célèbre ville mais bien les airs d'un carton de Bollywood, l'industrie du cinéma indien. Juste avant, s'adressant à ses partisans, il avait cité des extraits d'un fameux discours de Jawaharlal Nehru, le premier leader de l'Inde indépendante.
Le premier musulman à devenir maire de la plus grande ville des Etats-Unis porte haut et fier sa jeunesse -34 ans-, sa position idéologique -à la gauche du Parti démocrate- et ses origines indiennes. Et au-delà de ces origines, une naissance en Ouganda de parents indiens -l'universitaire Mahmood Mamdani et la réalisatrice Mira Nair, qui elle est hindoue-, c'est la façon dont il s'en prévaut sans complexe qui marque.
Aux Etats-Unis, les plus de cinq millions d'Américains originaires d'Asie du Sud (zone géographique regroupant notamment l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka) représentent un des groupes communautaires qui croît le plus rapidement. Ils ont déjà fait sentir leur présence en politique, à l'image de l'ancienne vice-présidente et candidate à la présidentielle Kamala Harris, dont la mère vient d'Inde.
Mais leur façon de parler publiquement de leur identité « a varié ces dernières années », remarque Kishan Putta, un élu de Washington qui siège au comité sur les Américains d'origine asiatique du Parti démocrate.
Deux politiciens américains d'origine indienne, Nikki Haley et Bobby Jindal, qui ont été gouverneurs d'Etats républicains dans le Sud conservateur, se sont ainsi donné beaucoup de mal pour décrire comment ils étaient devenus chrétiens, religion très minoritaire en Inde et largement dominante aux Etats-Unis.
« Rupture »
Mais les candidats aux origines sud-asiatiques sont « de plus en plus à l'aise à parler de leur identité », souligne M. Putta. « Et pas seulement là où ces communautés, ou les immigrés en général, sont nombreuses ».
Et de citer l'élection mardi en Virginie de la démocrate Ghazala Hashmi, née en Inde, comme gouverneure adjointe. La toute première ligne de sa biographie sur son site internet souligne qu'elle a été la première personne de religion musulmane et d'origine sud-asiatique à siéger au Sénat de Virginie, un Etat certes politiquement moins conservateur que les autres du Sud.
L'ouverture de Zohran Mamdani vis-à-vis de son identité, par exemple quand il fait campagne à l'aéroport LaGuardia auprès des conducteurs de taxi, souvent venus d'Asie du Sud, est « clairement une rupture avec le passé », juge Sara Sadhwani, spécialiste des comportements électoraux et politiques des Américains d'origine asiatique et des Latinos au Pomona College (Californie).
Mais c'est aussi « une composante de sa façon d'être authentique et d'accepter les différences, dans toutes leurs nuances », ajoute-t-elle. « Même si tous les Américains d'origine indienne ne sont pas d'accord avec lui », dit-elle encore, son élection reste un « moment symbolique de reconnaissance » pour eux.
Comme avec d'autres minorités, Donald Trump a progressé l'an dernier au sein de cette communauté qui vote historiquement démocrate et affiche un niveau de vie élevé. S'il les a courtisés en campagne, il a récemment fait exploser les frais d'un visa dont bénéficient de nombreux travailleurs indiens des hautes technologies, pour satisfaire son aile la plus hostile à l'immigration.
Et son vice-président JD Vance a, lui, récemment suscité des critiques en disant qu'il serait heureux que son épouse Usha Vance, d'origine indienne et élevée dans la religion hindoue, se convertisse au christianisme.
Grand soutien de Trump et candidat à un poste de gouverneur, l'entrepreneur indien-américain Vivek Ramaswamy a tiré une leçon des défaites électorales de son camp mardi: « Fini la politique identitaire. Cela ne va pas aux républicains ».
Sur X, Dinesh D'Souza, réalisateur et militant républicain né en Inde, s'est fait encore plus direct: « Des gens très bruyants à droite ont dit 'Rentrez chez vous les Indiens'. Nombre d'entre eux l'ont fait: chez les démocrates ».

