Suzanne Frugier, secrétaire générale de Mouv'Enfants, participe à une manifestation devant le grand magasin BHV à Paris le 3 novembre 2025, après que la société chinoise Shein ait vendu sur sa plateforme en ligne des poupées pouvant être considérées comme relevant de la « pornographie infantile ». AFP
A deux jours de son implantation au sein du BHV, historique grand magasin de Paris, Shein doit se défendre sur un nouveau front: le géant asiatique de la vente en ligne a commercialisé des « poupées sexuelles d'apparence enfantine » et risque un bannissement du marché français en cas de récidive. « Si ces comportements sont répétés, nous serons en droit, et je le demanderai, qu'on interdise l'accès de la plateforme Shein au marché français », a déclaré le ministre français de l'Économie Roland Lescure sur BFMTV et RMC lundi. Samedi, la direction générale de la Répression des fraudes française (DGCCRF) avait annoncé avoir signalé à la justice la vente de « poupées sexuelles d'apparence enfantine » après avoir constaté leur présence sur le site de Shein. Le spécialiste de la mode jetable ultra-éphémère a affirmé dimanche que les produits ont été « immédiatement retirés » de la plateforme.
M. Lescure rétorque que l'État peut interdire une plateforme en cas de récidive ou de non-retrait rapide des contenus illégaux « pour des actes terroristes, pour le trafic de stupéfiants et pour des objets pédopornographiques ». Contacté par l'AFP, Shein n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat à ces propos.
« Prédateurs »
« Il y en a marre parce que ce ne sont pas des objets comme les autres », a condamné sur la chaîne BFM la haute-commissaire française à l'Enfance, Sarah El-Haïry. « Ce sont des objets pédocriminels sur lesquels des prédateurs s'entraînent, malheureusement, parfois avant de passer à des sévices sur des enfants », a-t-elle ajouté. D'autres procédures sont en cours concernant d'autres plateformes, a-t-elle précisé, alors que, selon la radio RMC, le site AliExpress vendait les mêmes poupées que Shein.
Pour Arnaud Gallais, fondateur de Mouv'Enfants, un collectif qui lutte contre les violences sexuelles sur les mineurs, Shein « ment »: « les poupées sont toujours en vente sur la plateforme, sur Shein en Grande-Bretagne, Espagne, Chili, vous les trouvez, et avec un VPN vous pouvez les faire livrer en France », s'inquiète-t-il auprès de l'AFP. « Au domicile de Joël Le Scouarnec, le médecin qui a fait plus de 300 victimes, on a retrouvé une collection de poupées sexuelles à l'effigie d'enfants », rappelle-t-il, en référence à l'ancien chirurgien français, condamné à 20 ans de prison pour viols et agressions sexuelles. Le collectif était devant le BHV lundi pour dénoncer le partenariat avec Shein. Les faits ont été signalés au procureur de la République. Selon une source au ministère de l'Économie, le dossier est dans les mains du parquet de Paris.
Tollé
Entreprise aux racines chinoises qui a conquis le marché mondial de l'ultra fast-fashion, Shein s'est implantée progressivement dans le paysage du commerce en ligne depuis son arrivée en France en 2015. Elle est régulièrement accusée de concurrence déloyale, de pollution environnementale et de conditions de travail indignes.
Suscitant un tollé, Shein a prévu d'ouvrir mercredi son tout premier magasin physique pérenne au sixième étage du Bazar de l'Hôtel de Ville (BHV), créé en 1856, rue de Rivoli, au cœur de la capitale française.
Sur une immense affiche disposée sur la devanture, le patron de Shein, Donald Tang, et celui de la société des grands magasins (SGM), propriétaire du BHV, Frédéric Merlin, s'affichent tout sourire. « Nous condamnons évidemment les faits récents liés à la polémique des poupées. Comme tous, j'attends des réponses claires de SHEIN », a écrit dimanche M. Merlin sur Instagram. L'arrivée de Shein se fait selon lui « dans un cadre maîtrisé, avec une vérification rigoureuse de la provenance des produits ». « Ne seront vendus au BHV que les vêtements et articles produits directement par Shein pour le BHV, et non pas les produits de la +marketplace+ (proposés par des vendeurs tiers, ndlr) », assurait la SGM dimanche dans un communiqué.


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