Des manifestants brandissent des pancartes et scandent des slogans lors d'une marche organisée dans la ville de Gabès, dans le sud du pays, le 31 octobre 2025, pour exiger le démantèlement de l'usine publique de traitement de phosphate. Photo Fethi Belaid/AFP
»Honte, honte au gouvernement, le cancer est dans chaque maison »: des milliers de personnes se sont de nouveau rassemblées à Gabès en Tunisie pour exiger la fermeture d'un complexe chimique, rendu responsable de centaines de cas d'intoxication depuis début septembre.
« Le peuple veut le démantèlement des unités » polluantes, ont scandé les manifestants en dévalant l'une des principales rues de l'agglomération.
Des vidéos d'élèves pris en charge par des ambulances ou évacués dans les bras de proches après des malaises et suffocations avaient déjà poussé le 21 octobre des dizaines de milliers d'habitants dans la rue, une mobilisation inédite selon des militants.
Fumées grisâtres ou noires, yeux et nez qui piquent et odeurs âcres, le complexe du Groupe chimique tunisien, inauguré en 1972 en bord de mer, est critiqué depuis des années par les riverains et Stop Pollution, une ONG locale.
Le GCT, qui fabrique des fertilisants à base de phosphates, rejette ses résidus solides (des phosphogypses contenant des métaux lourds) en pleine mer et sur la plage.
La production émet aussi des gaz sulfurés, de l'azote et du fluor, selon un audit réalisé en juillet 2025 pour la Banque africaine de développement qui a dénoncé des « non conformités majeures » en termes de pollutions de l'air et marine.
Diverses études ont mis en évidence une disparition de plus de 90% de la biodiversité marine dans le Golfe de Gabès à cause du phosphogypse. Des médecins et des habitants font état d'une occurrence plus forte qu'ailleurs en Tunisie des maladies respiratoires et des cancers dans la zone de Gabès.
Pour certains experts, le regain récent d'émanations toxiques est dû à une intensification de la production sur des équipements vétustes.
Le président Kais Saied a récemment assuré « partager les douleurs et aspirations » des habitants de la ville, promettant que des « solutions arrivent » et que « chaque Tunisien respirera bientôt un air pur, débarrassé de toutes formes de pollution ».
Les autorités sont en porte-à-faux sur ce dossier car les mines de phosphates - principale richesse naturelle du pays - sont « un pilier fondamental » de l'économie, selon les mots de M. Saied. Le gouvernement vise même à quintupler la production de fertilisants d'ici 2030 à 14 millions de tonnes par an.


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