Un membre des forces de sécurité talibanes monte la garde le long d'une route près du poste-frontière de Ghulam Khan, entre l'Afghanistan et le Pakistan, dans le district de Gurbuz, au sud-est de la province de Khost, le 20 octobre 2025. Photo AFP
Les négociations entre le Pakistan et l'Afghanistan pour une trêve durable ont échoué, a annoncé mercredi Islamabad, accusant son voisin de « chercher le conflit » après des affrontements ayant fait des dizaines de morts.
D'une ampleur rare, la confrontation avait débuté il y a deux semaines avec une offensive du gouvernement taliban à la frontière lancée en représailles à des explosions à Kaboul imputées au Pakistan, conduisant à une escalade avant qu'un cessez-le-feu ne soit arraché au Qatar.
Ce deuxième volet de négociations à Istanbul (Turquie), sous médiation qatarienne et turque, devait permettre de négocier une paix durable, mais « les discussions ont échoué à fournir une solution viable », a indiqué mercredi sur X le ministre pakistanais de l'Information Attaullah Tarar. « La délégation afghane n'a su fournir aucune assurance, n'a cessé d'esquiver le cœur du problème et s'est livrée à des reproches, des tergiversations et autres ruses », a-t-il déploré.
Kaboul n'a pas commenté dans l'immédiat, tout comme le ministère turc des Affaires étrangères. « Le Pakistan n'a besoin d'utiliser ne serait-ce qu'une fraction de son arsenal pour anéantir complètement le pouvoir taliban et le renvoyer se cacher dans ses grottes », a réagi mercredi le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui avait déjà menacé son voisin d'une « guerre ouverte » en cas d'échec des négociations.
« Le régime taliban pousse aveuglément l'Afghanistan dans un nouveau conflit pour conserver un pouvoir qu'il a volé et pour maintenir l'économie de guerre qui permet sa survie », a-t-il ajouté sur X, estimant que si les dirigeants talibans sont « déterminés à faire du mal une fois de plus à l'Afghanistan et son peuple innocent, qu'il en soit ainsi ».
De son côté, le porte-parole du ministère de l'Intérieur afghan, Abdul Mateen Qani, avait assuré mardi que si aucun accord n'était trouvé, toute attaque serait suivie d'une « réponse décisive qui servira de leçon au Pakistan et de message aux autres ».
« Certes, nous ne possédons pas l'arme nucléaire (contrairement au Pakistan), mais en 20 ans de guerre, ni l'Otan ni les États-Unis n'ont réussi à soumettre l'Afghanistan », avait souligné au média afghan Ariana le porte-parole taliban.
Espoirs déçus
Islamabad, confronté à une résurgence d'attaques contre ses forces de sécurité, disait attendre lors de ces discussions des « mesures crédibles et décisives » de son voisin pour garantir qu'il n'abriterait plus sur son sol des groupes « terroristes » antipakistanais, notamment les talibans pakistanais (TTP).
Mais Kaboul dément fermement et renvoie l'accusation à Islamabad, assurant que le Pakistan soutient des groupes « terroristes », notamment la branche régionale du groupe jihadiste État islamique (EI).
Un « dernier effort », selon la partie pakistanaise, a été entrepris mardi pour tenter d'arracher un accord « malgré l'obstination des talibans ». Mais des responsables talibans ont qualifié les demandes pakistanaises de « déraisonnables et inacceptables ».
La frontière entre les deux pays, principal théâtre de ces violences, est depuis fermée, ne laissant passer que les Afghans expulsés du Pakistan, qui a lancé une vaste campagne à leur encontre depuis 2023.
« Le Pakistan et l'Afghanistan devraient à nouveau dialoguer jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée car en attendant, nos deux pays subissent des pertes économiques énormes alors même que nous sommes deux nations islamiques », a regretté auprès de l'AFP Jabbar, un commerçant de la ville pakistanaise de Chaman, à la frontière afghane.
En 2023-2024, le Pakistan a exporté pour plus de 800 millions d'euros et importé 400 millions d'euros de marchandise afghane, d'après l'Agence fédérale du revenu pakistanaise.
« Nous étions plein d'espoir avec ces négociations de voir les frontières rouvrir, le commerce reprendre et la paix revenir, mais les pourparlers ont échoué. Nous implorons les deux pays de revenir à la table des négociations », a de son côté dit à l'AFP Ehsanullah, 26 ans, un habitant de la même ville.
De l'autre côté de la frontière, à Kandahar, une reprise des hostilités est dans toutes les têtes. « Si une guerre éclate, elle pourrait se transformer en un conflit qui durera plusieurs générations, ça serait un vrai problème », s'inquiète auprès de l'AFP Azizullah, 50 ans.
L'escalade entre les deux voisins a tué 50 civils afghans en une semaine, a indiqué la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) à l'AFP. L'armée pakistanaise a de son côté fait part de 23 de ses soldats tués.
En marge du sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) en Malaisie, le président américain Donald Trump s'est proposé pour mettre un terme « très rapidement » aux hostilités.


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin