Loin des petites polémiques qui secouent la voûte du Parlement et qui reflètent le plus souvent les petits intérêts particuliers des parties politiques locales, la région tout entière, dont le Liban, retient son souffle en attendant les développements qui pourraient entraîner des changements importants dans les rapports de force.
Lundi, la réponse américaine au document libanais en réaction aux propositions de l’émissaire Thomas Barrack est arrivée au palais présidentiel, de façon officieuse. Et depuis, les milieux concernés s’emploient à l’étudier et à essayer de comprendre si elle comporte des éléments cachés. Ce qui apparaît pour l’instant, c’est que la demande de remettre les armes du Hezbollah et de toutes les forces armées non officielles (y compris les factions palestiniennes) est irrévocable et elle devrait être exécutée avant la fin de l’année.
Le Liban disposerait ainsi de toute la latitude nécessaire pour trouver les moyens de le faire, mais il doit donc agir. Toutefois, d’ici à la fin de l’année, il reste quand même encore près de 5 mois. Pourquoi dans ce cas cette multiplication des pressions, que ce soit par le biais des déclarations répétées sur la nécessité d’agir vite ou par celui des agressions israéliennes répétées, dans un espace géographique élargi, au Nord et dans la Békaa ? L’accélération des pressions sur le Liban, au moment où en Syrie la situation n’est pas encore stabilisée et où, avec l’Iran, il n’y a pas vraiment de développements encourageants, semble d’ailleurs en contradiction avec le délai accordé. Pour certains, il s’agirait en fait de chercher à protéger le Liban des tourmentes éventuelles dans la région, en le poussant vers une solution durable rapide. Mais pour d’autres, il s’agit d’une volonté d’augmenter les pressions sur le Liban, tout en sachant que le Hezbollah reste lié à l’Iran.
Il est difficile, à ce stade, de trancher entre ces deux possibilités. Toutefois, pour une source diplomatique au Liban, tous les dossiers régionaux sont liés, qu’on le déclare ouvertement ou non. Ainsi, même si de nombreuses parties libanaises et d’autres régionales et internationales insistent sur la dissociation entre le dossier libanais et l’iranien, ceux-ci restent étroitement liés, tout comme d’ailleurs l’ensemble des développements dans la région. Selon la source diplomatique précitée, de Gaza au Liban, et même à la Syrie et l’Irak, jusqu’à l’Iran, les développements tournent autour d’un même point : affaiblir toutes les forces hostiles à une normalisation, sous quelque forme que ce soit, des relations entre les pays de la région et Israël. Même si le 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre à Gaza était le fait du Hamas, cet événement n’a fait qu’accélérer la décision prise de frapper l’ensemble de ce qu’on appelle « l’axe de la résistance ». Dans ce même esprit, la source diplomatique précitée estime que la République islamique reste le gros morceau et la précédente guerre de 12 jours n’a pas vraiment permis d’éliminer la menace qu’elle représente non seulement en tant que force militaire mais aussi en tant que moteur et soutien pour les autres composantes dudit axe. C’est pourquoi, aux yeux de cette source, pour les Israéliens et leurs soutiens américains, il n’est pas possible de régler le problème des relations entre les États de la région et Israël avant d’avoir traité la question iranienne, que ce soit par le biais d’une frappe violente qui pousse le régime à la capitulation, ou par une opération qui le fasse chuter. Par conséquent, tout ce qui se dit sur des efforts pour aboutir à un accord à Gaza, ou même pour des négociations indirectes ou non entre les Israéliens et les Libanais, ne peut pas aboutir véritablement tant que l’Iran possède encore de la force et des moyens.
Est-ce à dire que, d’ici à la fin de l’année, l’Iran sera d’une certaine manière neutralisé ou en tout cas incapable de relancer « l’axe de la résistance » ? Toujours selon la source diplomatique, le 18 octobre 2025, cela fera dix ans que l’accord appelé « Plan d’action global commun » (PAGC) est entré en application. Cet accord avait été conclu à Vienne entre les représentants des 5 pays membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne et l’Union européenne. Il avait été signé le 14 juillet 2015 avant d’être adopté par le Conseil de sécurité par la résolution 2231 votée le 20 juillet qui devait prendre effet à partir du 18 octobre 2015. Cet accord prévoyait la limitation du programme nucléaire iranien pour une décennie, pour commencer. Cette décennie expire le 18 octobre 2025, et même si l’administration américaine est sortie de l’accord en mai 2018, celui-ci existe encore et devrait servir de base à toute nouvelle négociation, notamment avec les Européens. Mais si les négociations ne sont pas reprises avant cette date, l’Iran sera totalement libéré des contraintes de l’accord. Selon la source diplomatique précitée, toute la région retient son souffle en attendant la décision américano-iranienne à ce sujet. Des sources iraniennes laissent entendre à cet égard que la République islamique ne compte pas se laisser faire et qu’elle serait prête à mener des attaques encore plus violentes contre des installations israéliennes et même à se lancer dans la fabrication de l’arme atomique si elle fait l’objet de nouvelles frappes. Selon ces mêmes sources, la République islamique considérerait alors que le régime est visé et qu’il s’agit d’une guerre existentielle pour elle.
La source diplomatique n’écarte pas l’idée qu’il peut s’agir de menaces médiatiques destinées à empêcher le camp adverse de lancer une attaque. Mais dans un tel climat de tension grandissante, il est difficile de croire à la possibilité de conclure des accords sérieux qui peuvent tenir la route, avant de connaître le sort des relations avec l’Iran. C’est pourquoi, selon cette même source, les prochains mois devraient être décisifs : soit la région se dirige vers des accords et le signal sera dans la reprise des négociations américano-iraniennes, soit elle sera le théâtre de nouvelles violences.
Dans ce contexte, le Liban est face à un choix : soit il accélère le processus de monopole des armes par l’État, au risque qu’il n’aboutisse pas, soit il attend l’évolution des développements dans la région, en donnant quelques signes positifs pour gagner du temps.


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Bravo S. H pour cette analyse l impartiale d’un sujet qui continue à faire couler bcp d’encre. Cependant, la question du désarmement du parti chiite qui ne sera réglée de sitôt tant le Liban ploie sous les va-et-vient des drones de Lucifer.
13 h 14, le 16 juillet 2025