Rechercher
Rechercher

Politique - Liban

Malgré les crispations autour de la loi électorale, le Parlement adopte un amendement du budget et des prêts de la BIRD

Les députés doivent se pencher sur l’octroi d'une subvention mensuelle aux militaires en service et à la retraite. 

Malgré les crispations autour de la loi électorale, le Parlement adopte un amendement du budget et des prêts de la BIRD

Des militaires libanais devant le siège du Parlement, le 30 juin 2025, sur la place de l’Étoile à Beyrouth. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine

Réuni lundi matin en session extraordinaire, le Parlement libanais examine une douzaine de textes inscrits à l’ordre du jour. Mais à un an des élections législatives, le fait que le chef de la Chambre, Nabih Berry, n'ajoute pas à l'agenda le dossier du vote des expatriés a provoqué une vive contestation, notamment de la part des députés des Forces libanaises (FL). Ces derniers, rejoints par ceux des Kataëb, de la contestation et plusieurs indépendants, ont quitté l’hémicycle pour protester contre le refus du président de la Chambre, Nabih Berry, d’ajouter à l’agenda une proposition de loi en procédure accélérée. Le texte vise à amender la loi électorale afin de permettre aux Libanais de l’étranger de voter, comme les résidents, pour les 128 députés du Parlement, et non pour six sièges réservés dans une circonscription spécifique. La séance a été levée vers 14h30 et devait reprendre à 18h, mais a finalement été reportée à mardi, faute de quorum.

S'exprimant à sa sortie de la réunion, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a déclaré que cette démarche visait à « montrer notre insistance » pour que les expatriés puissent voter pour l’ensemble des 128 députés. « C’est la première fois en trente ans qu’un texte revêtu du caractère de double urgence est présenté sans être inscrit à l'ordre du jour », a souligné le député Georges Adwan (FL). Malgré ces départs de l'hémicycle, le quorum n'a pas été perdu et la séance a pu se poursuivre.

Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a de son côté indiqué que l’introduction de la question du vote des expatriés sous le caractère de la double urgence, tout en écartant la proposition présentée par son bloc parlementaire, constituait « une injustice ». M. Bassil a également accusé certaines parties de mener « une opération de mensonge envers les expatriés et de manipulation de l’opinion publique ».

Les députés ont ainsi pu adopter un amendement du budget de l'État, qui avait été approuvé début mars par décret par le gouvernement. Cet amendement vise à baisser le niveau des droits d'accises dans la loi de finances. Le président de la commission parlementaire des Finances, Ibrahim Kanaan, avait appelé à adopter ce nouveau texte « dénonçant des lacunes et hausses problématiques pour les citoyens » dans le budget.

Les parlementaires ont également avalisé la signature de deux accords de prêt avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, affiliée à la Banque mondiale). Le premier est destiné à soutenir la réforme du secteur de l’électricité au Liban, en finançant des projets de réhabilitation du réseau, partiellement détruit par Israël pendant sa guerre contre le Hezbollah, le second pour financer la transition verte dans le secteur de l'agro-industrie - et à adhérer au Protocole de Madrid sur l’enregistrement international des marques.

Le projet de loi revêtu du caractère de la double urgence, visant à accorder certaines exonérations fiscales et de taxes aux personnes affectées par la guerre israélienne contre le Liban, ainsi que la suspension des délais liés aux droits et obligations fiscaux, a également été adopté. 

Parmi les autres textes à l'ordre du jour de la séance, qui a lieu dans le cadre d'une session extraordinaire ouverte du 5 juin au 20 octobre 2025, les députés doivent se pencher sur l’octroi d'une subvention mensuelle aux militaires en service (14 millions de livres libanaises, soit 156 dollars au taux du marché) et à la retraite (12 millions, soit 134 dollars). Ils examineront aussi des propositions de loi concernant la profession de sciences radiologiques, celle de pharmacien, les baux commerciaux et l’habilitation des municipalités. Enfin, le Parlement devra autoriser le gouvernement à contracter deux prêts auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, affiliée à la Banque mondiale) - l'un destiné à soutenir la réforme du secteur de l’électricité au Liban, en finançant des projets de réhabilitation du réseau, partiellement détruit par Israël pendant sa guerre contre le Hezbollah, l’autre pour financer la transition verte dans le secteur de l'agro-industrie - et à adhérer au Protocole de Madrid sur l’enregistrement international des marques. L'octroi d'exemptions fiscales liées aux dégâts au Liban-Sud doit également être débattue, après que ce texte avait fait polémique lors de la dernière séance législative.

« Double crime »

Peu avant le début de la séance législative, le député Michel Moawad avait prévenu qu’il « quitterait la séance si le point relatif au vote des expatriés n’est pas inscrit à l’ordre du jour », dénonçant « un double crime, à la fois contre la diaspora libanaise et contre le Parlement ».

Lire aussi

Loi électorale : le pied de nez de Berry à plus de 60 députés

Le député Georges Okais (Forces libanaises) avait souligné que « si le président de la Chambre n’inscrit pas le projet de loi électorale à l’ordre du jour, il ira à l’encontre de la volonté de la majorité des députés, puisqu’une pétition a été signée par plus de 65 parlementaires ». Ce à quoi Nabih Berry a répondu : « Nous n’avons pas reçu cette pétition. Lorsqu’elle nous parviendra, nous la traiterons conformément aux règles. Ne me menace pas, la séance se tiendra, avec ou sans menace. » Le député Melhem Riachi avait lui reconnu l’existence de « divergences et désaccords » autour de l’amendement proposé pour les élections de 2026, tout en espérant un compromis. De son côté, le député joumblattiste Hadi Abou el-Hosn s’est dit « favorable à l’ajout de l’amendement à l’ordre du jour », mais avait précisé que son groupe ne quitterait pas l’hémicycle. « Nous avons toujours refusé d’entraver le travail législatif », avait-il déclaré. Le vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, avait prévenu qu’une « querelle politique » pourrait marquer la séance. Il a estimé que la demande d’ajout du projet de loi électorale « est un acte politique » et qu’elle « ne figure pas à l’ordre du jour ». Un retrait d’un bloc, avait-il dit, serait un « choix politique légitime ». « Si le quorum est rompu, la séance sera levée. »

La loi électorale de 2017 prévoit six sièges parlementaires réservés à la diaspora (un par continent), en plus des 128 existants. Mais cette mesure n’a jamais été appliquée : en 2018 et 2022, les expatriés ont voté selon leurs circonscriptions d’origine au Liban. Pour le scrutin de 2026, le président du Parlement Nabih Berry souhaite appliquer la disposition des six sièges dédiés (un sunnite, un chiite, un druze, un maronite, un grec-catholique et un grec-orthodoxe). À l’inverse, le chef des Forces libanaises Samir Geagea rejette cette idée, estimant que les émigrés doivent voter dans leurs régions d’origine pour participer pleinement à la vie nationale.

Sit-in timides

Parallèlement à la séance législative, des rassemblements timides ont eu lieu : à 9h30, les enseignants contractuels auprès du ministère de l’Éducation (primaire, secondaire, technique) ont observé un sit-in devant le Parlement. Ils réclament d’être inclus dans le projet de loi prévoyant une allocation mensuelle de 12 millions de livres, à l’instar des militaires retraités, en attendant une réforme globale et équitable des pensions. Les enseignants revendiquent depuis 2019 une revalorisation de leurs retraites fortement réduites par l’effondrement de la livre libanaise.

Sit-in des contractuels, devant le siège du Parlement, le 30 juin 2025. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine


 À 11h, un autre rassemblement a eu lieu à l’appel du Comité de défense des droits des locataires au Liban. Il vise à dénoncer la loi sur les baux commerciaux, qui concerne les loyers anciens de magasins, bureaux ou usines signés avant 1992. Une manifestation similaire a eu lieu à Saïda, a rapporté l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Le texte prévoit une libéralisation progressive de ces loyers sur quatre ans. Si les propriétaires y voient une mesure de justice économique après des décennies de gel, les locataires dénoncent eux une décision menaçant leur survie. Adoptée en décembre 2023 alors que le pays était sans président, la loi avait été publiée en avril 2025, avant d’être annulée en mai par le Conseil constitutionnel à la suite d’un recours du président Joseph Aoun pour vice de procédure.

Réuni lundi matin en session extraordinaire, le Parlement libanais examine une douzaine de textes inscrits à l’ordre du jour. Mais à un an des élections législatives, le fait que le chef de la Chambre, Nabih Berry, n'ajoute pas à l'agenda le dossier du vote des expatriés a provoqué une vive contestation, notamment de la part des députés des Forces libanaises (FL). Ces derniers, rejoints par ceux des Kataëb, de la contestation et plusieurs indépendants, ont quitté l’hémicycle pour protester contre le refus du président de la Chambre, Nabih Berry, d’ajouter à l’agenda une proposition de loi en procédure accélérée. Le texte vise à amender la loi électorale afin de permettre aux Libanais de l’étranger de voter, comme les résidents, pour les 128 députés du Parlement, et non pour six sièges réservés dans...
commentaires (2)

Le projet de loi revêtu du caractère de la double urgence, visant à accorder certaines exonérations fiscales et de taxes aux personnes affectées par la guerre israélienne contre le Liban... Autant dire, tous les libanais puisque depuis des décennies ils sont affectés non seulement par les guerres que menaient les vendus sur notre territoire suite aux ordres données par leurs recruteurs étrangers mais aussi par leur dépouillement, en bonne et due forme, effectué par les responsables politiques et financiers de ce pays. Ils envisagent leur faire payer les dommages causés par les corrompus? Et

Sissi zayyat

23 h 59, le 30 juin 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Le projet de loi revêtu du caractère de la double urgence, visant à accorder certaines exonérations fiscales et de taxes aux personnes affectées par la guerre israélienne contre le Liban... Autant dire, tous les libanais puisque depuis des décennies ils sont affectés non seulement par les guerres que menaient les vendus sur notre territoire suite aux ordres données par leurs recruteurs étrangers mais aussi par leur dépouillement, en bonne et due forme, effectué par les responsables politiques et financiers de ce pays. Ils envisagent leur faire payer les dommages causés par les corrompus? Et

    Sissi zayyat

    23 h 59, le 30 juin 2025

  • TRES BON.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 24, le 30 juin 2025

Retour en haut