Spectacle de destruction sur le lieu d'une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, le 6 juin 2025. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

L'information :
Un cadre des rebelles yéménites houthis aurait été arrêté au Liban, au motif d'espionnage au profit d'Israël. Il aurait fourni des informations au Mossad (le service de renseignements israélien à l'étranger), relatives à la coordination entre le Hezbollah et les rebelles yéménites (alliés dans le cadre de «l'axe de la résistance », sous la houlette de l'Iran, contre l'État hébreu).

Qui est à l'origine de cette information :
L'information a circulé comme une traînée de poudre, notamment sur des sites d'informations, lundi 9 juin. Le site libanais Lebanon 24, largement repris ensuite, a affirmé, sans citer de sources, qu’« un agent d’Israël, de nationalité yéménite, a été arrêté au Liban », expliquant que « la personne arrêtée est un cadre dirigeant des houthis, chargé de la coordination entre le Hezbollah libanais et les milices yéménites », et que « le Mossad a recruté ce cadre houthi, lequel a fourni à Israël des informations importantes concernant le Yémen et la coordination en cours entre Ansar Allah (nom officiel des houthis, NDLR) et le Hezbollah ». Le site ne donne aucune information quant à la date ou au lieu de l'arrestation.
Le site d'information émirati al-Ain explique avoir eu « confirmation » de cette information par une « source yéménite exclusive », qui pointe une « infiltration sécuritaire profonde » au sein des houthis.
Le journaliste et politologue Abdallah Kamh, soutien du Hezbollah, a expliqué pour sa part sur son compte X qu'une « personne de nationalité yéménite est détenue par la division du renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI), accusée de communication avec l’ennemi israélien ». « Il est bien houthi, oui, mais il n’est pas un cadre dirigeant comme cela a été prétendu, et il n’a pas fourni toutes les informations qui circulent », a-t-il nuancé.

Le contexte/Les faits réels :
Contacté par L'Orient-Le Jour, Abdallah Kamh a expliqué qu'il « manquait de détails clairs », mais qu'il était « certain qu'une personne yéménite a été arrêtée et fait l'objet d'une enquête » sans préciser la date de l'arrestation présumée.
Une source au sein du Hezbollah confirme pour sa part à notre rédaction qu'une personne de nationalité yéménite a bien été arrêtée (sans préciser de date pour cette arrestation) par les services des renseignements des FSI, mais qu'elle n'est « proche ni de près ni de loin des houthis ». Au contraire, il s'agirait d'un « employé de l'ambassade du Yémen à Beyrouth », « soutien du gouvernement « légitime » yéménite de Abd Rabbo (Mansour Hadi) ». Il s'agit de l'ancien président yéménite entre 2012 et 2022, soutenu par l'Arabie saoudite, auquel se sont opposés les rebelles chiites houthis en 2014, déclenchant une guerre civile ayant divisé le Yémen entre zones contrôlées par les forces loyalistes (dont le siège est à Aden) et zones contrôlées par les houthis (dont le siège est à Sanaa). Dans ce cadre, la personne arrêtée « n'a jamais eu aucun contact avec le Hezbollah », assure la source au sein du parti chiite.
Contactée, l'ambassade du Yémen au Liban n'était pas disponible pour commenter, expliquant que l'administration de l'ambassade ne sera de retour que le lundi 16 juin.
Une « source officielle au sein du ministère des Affaires étrangères » des houthis a également déclaré à l'agence de presse Unews mardi qu'« il n’y a absolument aucune vérité dans ce qui est diffusé sur l’existence de dirigeants d’Ansar Allah au Liban », considérant les « allégations comme faisant partie d’une campagne de désinformation médiatique ». Citant des « sources sécuritaires libanaises bien informées », l'agence de presse explique alors « que les autorités libanaises ont effectivement arrêté un individu de nationalité yéménite après qu’il se fut présenté dans un poste de sécurité de la capitale, Beyrouth, pour une affaire civile ». C'est « lors de l’enquête de routine », que « des contacts directs » avec Israël ont été révélés, « ce qui a conduit à son arrestation et au transfert de son dossier aux autorités compétentes pour la poursuite des investigations », rapporte l'agence.
Une « source judiciaire libanaise » a confirmé à Asharq al-Awsat, mardi, qu’un « service de sécurité libanais avait effectivement arrêté un ressortissant yéménite en lien avec les Israéliens », là encore sans préciser la date de l'arrestation.
Les FSI n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour commenter.

En conclusion :
Nous en avons conclu que cette information est trompeuse.

Nous définissons comme « trompeuse » tout fait utilisé délibérément pour induire en erreur, en utilisant des faits ou du contexte erroné, à des fins de propagande.

Pour aller plus loin :



