Une femme dans un bureau de vote de Kosjeric, en Serbie, le 8 juin 2025. Photo REUTERS/Djordje Kojadinovic
L'ingérence étrangère dans les élections est réelle mais parfois utilisée comme un « alibi » par les démocraties pour détourner l'attention des problèmes nationaux, a estimé le secrétaire général d'un groupe de réflexion sur la démocratie.
La désinformation et la manipulation des algorithmes des réseaux sociaux pour influencer les résultats font partie des principales menaces pesant sur les démocraties en période électorale, selon le rapport de l'organisation intergouvernementale International IDEA, située à Stockholm, sur l'état de démocratie publié lundi. Celles-ci sont aggravées par « la volonté explicite d'acteurs nationaux (principalement Chine, Russie et Iran, ndlr), étrangers et non étatiques de s'engager dans de telles activités », souligne le texte.
Sur 54 élections scrutées en 2024, 80% ont connu « des efforts délibérés, des campagnes délibérées de désinformation visant à influencer le résultat électoral », a dit à l'AFP le secrétaire général d'IDEA Kevin Casas-Zamora. Mais recourir trop souvent à cet argument risque de détourner l'attention des véritables enjeux d'une démocratie, argue-t-il. « La question des inégalités, le fait qu'un grand nombre de citoyens ont le sentiment d'être laissés pour compte et de ne pas être entendus par leurs institutions politiques, mérite autant d'attention que les menaces extérieures », selon M. Casas-Zamora. « L'accent excessif mis sur l'ingérence étrangère constitue une sorte d'alibi, une explication commode pour décharger les acteurs politiques nationaux de leur responsabilité: celle de repenser le fonctionnement de la démocratie et de veiller à ce qu'elle réponde véritablement aux attentes des citoyens ».
Pour lui, si l'on se soucie réellement de l'avenir de la démocratie, il est urgent de s'interroger sur son fonctionnement interne, afin d'en analyser les défaillances qui alimentent la perte de confiance des citoyens envers leurs institutions politiques.
En 2024, environ 1,6 milliard de personnes ont voté lors de 74 élections nationales à travers le monde, ce qui témoigne d'une forte volonté des populations de faire entendre leur voix, bien que la confiance dans la politique soit « rare ». « Mais de façon assez intéressante, on peut dire que la principale source de méfiance envers les institutions politiques est, en réalité, la performance de l'État dans la fourniture de biens et de services publics », explique cet ancien ministre du Costa Rica. « C'est cela qui façonne la relation des citoyens avec les institutions étatiques ».
Environ 40 % des élections en 2024 suivies par International IDEA ont fait l'objet de contestations quant à la crédibilité des résultats, allant de boycotts au rejet des résultats par certains partis politiques, complète le think tank.


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