Des personnalités politiques et religieuses sur la tombe de Rachid Karamé, à Tripoli au Liban-Nord, le 1e juin 2025. Photo obtenue par notre correspondant dans le Nord, Michel Hallak
Plusieurs figures politiques libanaises ont rendu hommage dimanche à l'ancien Premier ministre Rachid Karamé, à l'occasion de la 38e commémoration de son assassinat, le leader tripolitain ayant été nommé chef du gouvernement à huit reprises entre 1955 et 1987.
Dans une publication sur le compte X de la présidence de la République, le chef de l'État Joseph Aoun a affirmé que Rachid Karamé était « un symbole de l’unité nationale et du dialogue constructif, un exemple d’un homme politique sincère qui plaçait l’intérêt du pays au-dessus de toute autre considération ». Il a ajouté : « La meilleure manière d’honorer sa mémoire est de faire vivre les valeurs de dialogue et de tolérance qu’il incarnait, et de travailler ensemble pour un Liban uni et fort. »
Le chef du Mouvement de la Dignité (Karamé, en arabe), le député Fayçal Karamé, neveu de Rachid Karamé, a remercié Joseph Aoun pour son hommage, un « geste noble », selon un communiqué rapporté par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). « Il n’est pas étonnant qu’un fils de l’école militaire accorde une telle importance aux valeurs de sacrifice et de martyre au service de l’unité du Liban — sa terre, son peuple et ses institutions », a souligné Fayçal Karamé, faisant référence à la carrière militaire du chef de l'État, ancien commandant en chef de l’armée libanaise. « Personnellement, je nourris l’espoir de voir naître sous votre mandat un nouveau Liban — un Liban que nous arracherons des mains des assassins, des corrompus et des pilleurs », a-t-il poursuivi.
Le député Karamé, son frère Khaled, ainsi que d’importantes figures locales et religieuses du Liban-Nord se sont par ailleurs recueillis sur la tombe de l'ancien Premier ministre et ont récité la Fatiha (courte sourate coranique), au cimetière de Bab al-Ramel à Tripoli. Une couronne de fleurs y a également été déposée, perpétuant ainsi la tradition annuelle.
De son côté, le Premier ministre actuel, Nawaf Salam, a écrit sur X que Rachid Karamé portait les préoccupations du Liban dans son cœur et dans son esprit, et a donné sa vie pour sa patrie. Il était un homme de dialogue à une époque de divisions, la véritable voix de l’arabisme dans un contexte bruyant autour de la question de l’identité, et a toujours œuvré pour l’unité des Libanais sous l’égide de l’État et de ses institutions. »
L’ancien chef du gouvernement Nagib Mikati, également originaire de Tripoli comme la famille Karamé, a pour sa part déclaré, selon l'ANI se souvenir de Rachid Karamé comme « d’un homme d’État ayant joué des rôles décisifs qui sont gravés dans l’histoire du Liban avec les lettres du patriotisme et de la dignité ». Il a salué la mémoire d'un «leader national dont les positions lors des périodes difficiles restent un exemple éclatant de ce qui protège et préserve la nation.»
Rachid Karamé, né à Tripoli en 1921 dans une éminente famille sunnite, est entré en politique en 1951 après la mort de son père Abdel Hamid Karamé, Premier ministre dans les années 40. Réputé pour être un leader de crise, il a occupé plusieurs postes ministériels clés et était un soutien de l'influence syrienne au Liban. Sa mort, assassiné en 1987 lorsqu’une bombe a explosé à bord de son hélicoptère, a marqué un tournant dans la guerre civile libanaise. Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a été condamné pour cet assassinat mais a été libéré en 2005.



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