Quand il est arrivé au Liban début mars pour échapper aux massacres dans son pays, Zoulfiqar Ali, un Alaouite syrien, fuyait la mort pour la deuxième fois.
Dans la localité de Masaoudiyeh dans le nord du Liban, M. Ali raconte comment des hommes armés ont débarqué dans un village de la province de Lattaquié, théâtre début mars de massacres de membres de la minorité musulmane alaouite.
"Ils ne parlaient même pas l'arabe. Ils savaient juste dire: des Alaouites, des porcs, tuez-les", raconte ce père de deux enfants, réfugié avec sa famille dans une école.
Plus de 1.600 civils, la plupart des Alaouites, ont été tués début mars selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) dans des massacres dans des régions de l'ouest de la Syrie, où est concentrée cette minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad.
Ils ont eu lieu après des attaques sanglantes de partisans de l'ancien pouvoir contre les forces de sécurité. Ces dernières, des groupes qui leur sont alliés et des jihadistes étrangers ont été pointés du doigt dans le bain de sang.
Mais avant ces tueries, les Alaouites avaient été déjà visés dès le renversement le 8 décembre de Bachar al-Assad par des groupes rebelles islamistes sunnites, raconte Zoulfiqar Ali, 47 ans.
Ce propriétaire d'un magasin de téléphone mobile avait déjà fui en janvier sa ville de Homs (centre), où il vivait dans un quartier alaouite, après une attaque menée selon lui par des membres des forces de sécurité.
"Ils ont tiré sur mes deux frères et les ont tués devant moi. Ils ont tiré sur moi et m'ont cru mort", raconte cet homme qui marche encore à l'aide de béquilles.
De Homs, il a fui dans la province de Lattaquié, avant de trouver refuge au Liban voisin.
- "Quel avenir nous attend?" -
Près de 16.000 civils se sont réfugiés dans le nord du Liban, selon les autorités, notamment dans des villages à majorité alaouites comme Masaoudiyeh.
Ils viennent s'ajouter aux quelque 1,5 million de Syriens qui avaient fui la guerre civile dans leur pays avant la chute du pouvoir Assad, d'après les données officielles libanaises.
Selon le maire de Masaoudiyeh, Ali Ahmed al-Ali, la localité qui compte quelque 10.000 habitants a du mal à faire face à l'afflux de 2.500 réfugiés et ses capacités d'accueil sont "saturées".
Comme Zoulfiqar Ali, beaucoup disent que les violences ont commencé bien avant les massacres du début mars.
Samir Hussein Ismaïl, un agriculteur de 53 ans, affirme que son petit village d'Arzeh, dans la province de Hama (centre), a été attaqué fin janvier et neuf personnes y ont été tuées.
Il s'est enfui seul au Liban, et sa famille l'a suivi après de nouvelles attaques à Arzeh le 7 mars.
Des groupes armés "sont venus dans mon village à nouveau le 7 mars", dit-il dans la salle de classe où sont logées deux familles de dix personnes.
Plus de 30 hommes de son village ont été tués, parmi lesquels six de ses cousins, raconte-t-il en pleurant.
"Quel avenir nous attend? Nous avons fui l'enfer!"
- "Personne n'osait sortir" -
De nombreux réfugiés interrogés par l'AFP décrivent les massacres perpétrés dans leurs localités, où des hommes ont été emmenés, alignés contre le mur et abattus disent-ils.
Certains affirment que les assaillants reconnaissaient les alaouites à leur accent.
La plupart des témoins interrogés réclament une "protection internationale" pour pouvoir rentrer chez eux.
Mariam, une femme qui n'a pas voulu donner son nom de famille, est arrivée au Liban la semaine dernière avec son fils, une semaine après que son mari, un ex-militaire, a été tué.
Elle a fui sa ville d'Al-Qabou dans la province de Homs à pied, traversant comme beaucoup de réfugiés la rivière Al-Kabir séparant le Liban de la Syrie.
"Ils nous ont attaqués à Al-Qabou. Les gens ont commencé à fuir", déclare-t-elle depuis la mosquée de Masaoudiyeh où elle s'est installée avec des dizaines d'autres personnes.
Elle raconte comment les hommes armés "ont encerclé la ville. Personne n'osait sortir pour chercher un morceau de pain".
Son mari, qui a tenté de fuir, a été abattu: "Nous n'osons même plus dire que nous sommes alaouites".
jsa/at/tp
© Agence France-Presse
Quand il est arrivé au Liban début mars pour échapper aux massacres dans son pays, Zoulfiqar Ali, un Alaouite syrien, fuyait la mort pour la deuxième fois.
Dans la localité de Masaoudiyeh dans le nord du Liban, M. Ali raconte comment des hommes armés ont débarqué dans un village de la province de Lattaquié, théâtre début mars de massacres de membres de la minorité musulmane alaouite.
"Ils ne parlaient même pas l'arabe. Ils savaient juste dire: des Alaouites, des porcs, tuez-les", raconte ce père de deux enfants, réfugié avec sa famille dans une école.
Plus de 1.600 civils, la plupart des Alaouites, ont été tués début mars selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) dans des massacres dans des régions de l'ouest de la Syrie, où est concentrée...


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