Panneau d’affichage « Bienvenue au Liban » au terminal des arrivées de l’Aéroport international de Beyrouth. João Sousa/L’Orient Today
L’affaire des 2,5 millions de dollars en espèces, saisis le 28 février à l’Aéroport international de Beyrouth (AIB) et vraisemblablement destinés au Hezbollah, continue de faire des remous. La propriété de l’argent, qui était transporté par un homme arrivant de Turquie, aurait été revendiquée par le Conseil supérieur chiite (CSC), la plus haute instance religieuse de la communauté chiite au Liban.
Selon plusieurs médias locaux, le CSC, qui est connu pour sa proximité avec le parti de Dieu, aurait demandé à la justice libanaise de récupérer cette somme qui lui serait destinée et qui consisterait en donations reçues d’organisations à l’étranger. Le CSC aurait envoyé une notice au procureur général par intérim près du parquet de cassation, Jamal Hajjar, qui est en charge du dossier, pour effectuer cette demande.
Contacté par L’Orient-Le Jour, le porte-parole du CSC dit ne pas avoir d’informations à ce sujet. La Sûreté générale libanaise n’était pas immédiatement disponible pour commenter l’arrestation du voyageur.
« Blanchiment d’argent »
Par ailleurs, une source judiciaire qui a requis l’anonymat a confirmé à notre publication que le juge Hajjar a déféré l’homme qui transportait l’argent, identifié comme M.A.H., devant le parquet d’appel du Mont-Liban pour blanchiment d’argent. Cette source n’était toutefois pas en mesure de confirmer qu’une notice a été envoyée par le CSC au juge Hajjar.
Vendredi dernier, trois sources concordantes avaient confirmé à l’agence Reuters la saisie à l’AIB de 2,5 millions de dollars en liquide destinés au Hezbollah. L’une des sources avait toutefois indiqué qu’il s’agissait de la première saisie de ce type.
Selon des informations de la chaîne MTV lundi, le suspect arrêté à l’AIB s’était vu remettre l’argent à la zone franche de l’aéroport Sabiha Gökcen d’Istanbul par un homme venu d’Iran. Le suspect, qui était parti sans bagages, serait alors rentré avec une valise à Beyrouth. La MTV affirme détenir des informations selon lesquelles l’argent était destiné au Hezbollah, mais le voyageur aurait nié cela.
L’OLJ n’a pas été en mesure de confirmer ces informations auprès des douanes de l’AIB.
Montant maximal de 15 000 dollars
Les voyageurs arrivant au Liban sont autorisés par la loi à transporter un maximum de 15 000 dollars en liquide, sans avoir à signaler cela aux douanes.
La situation financière du Hezbollah s’est fortement détériorée après 13 mois de guerre contre Israël et la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, coupant ainsi la ligne d’approvisionnement directe entre Téhéran et la banlieue sud de Beyrouth. Des difficultés d’approvisionnement aggravées par le contrôle renforcé des frontières terrestres, maritimes et aériennes, et la surveillance accrue, par Washington et Tel-Aviv, des filières alternatives de contrebande opérant via la Turquie.
Le ministère libanais des Finances, dirigé par Yassine Jaber, proche du mouvement Amal, allié au Hezbollah, avait diffusé un communiqué annonçant la saisie des 2,5 millions de dollars, mais sans mentionner le parti chiite. L’affaire a suscité des critiques de la part des opposants au Hezbollah.
Israël avait à plusieurs reprises accusé le parti chiite d’utiliser le seul aéroport du Liban pour recevoir des armes et de l’argent en provenance d’Iran. Le 17 février, Beyrouth avait annoncé la prolongation sine die de la suspension des vols en provenance et à destination de l’Iran, après avoir refusé d’accorder des autorisations d’atterrissage pour deux vols de la compagnie Mahan Air, en raison de menaces israéliennes de bombarder l’aéroport de Beyrouth. Ces interdictions avaient provoqué des manifestations de partisans du Hezbollah, qui ont bloqué la route menant à l’AIB, près de la banlieue sud de la capitale où le parti est fortement implanté.
Samedi, les ministres de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, des Travaux publics, Fayez Rassamny, et des Finances, Yassine Jaber, ont effectué une tournée à l’AIB pour débattre du renforcement des mesures sécuritaires et des projets pour élargir et améliorer la seule structure aéroportuaire en service du pays. Certains observateurs estiment que cette tournée a une portée politique et illustre la détermination de l’État à affirmer sa volonté d’exercer son contrôle sur l’AIB, avec le feu vert du tandem Hezbollah-Amal, longtemps accusé d’exercer une mainmise politico-sécuritaire sur l’aéroport.



IL EST REGRETTABLE QUE LE CONSEIL SUPERIEUR CHIITE MELE SON NOM A UNE AFFAIRE DE FRAUDE ET DE BLANCHIMENT D,ARGENT.
11 h 03, le 05 mars 2025