Le président de la République, Joseph Aoun, lors d’un entretien avec Asharq al-Awsat, au palais de Baabda, le 28 février 2025. Présidence
Monopole des armes aux mains de l’État, relations avec les pays arabes, justice, réforme... Dans un entretien fleuve (son tout premier depuis son élection) accordé vendredi au quotidien saoudien Ashark al-Awsat, le président de la République, Joseph Aoun, a évoqué plusieurs dossiers-clés, et ce à deux jours d’une visite d’État à Riyad. Il a notamment souligné sa détermination de voir l’État seul garant de la sécurité du Liban sur tout son territoire. « C’est notre objectif en tant qu’État », a-t-il dit, estimant qu’il « n’y a pas de souveraineté sans monopole des armes ». Après la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui a fortement affaibli le parti chiite, les appels à son désarmement se multiplient. Après son élection, le 9 janvier, Joseph Aoun s’est engagé à ce que l’État dispose du monopole des armes lors de son discours d’inauguration devant le Parlement. « La protection du pays et du peuple relève de la responsabilité de l’État et qu’il n’est plus permis que d’autres jouent ce rôle , a-t-il martelé. S’il y a une agression contre le territoire, c’est à l’État de prendre la décision de l’affronter et de mobiliser les différents éléments de force afin de défendre le pays. »
Il a, dans ce cadre, prôné la mise sur pied d’une stratégie de défense, qui mettrait les armes du Hezbollah à la disposition et sous le commandement de l’État. « Tous les pays, même en Europe, ont une stratégie de défense, a-t-il affirmé. En cas d’attaque contre le Liban, c’est l’État qui prend la décision et mobilise les ressources nécessaires pour défendre le pays. Si l’État estime qu’il est nécessaire de faire appel à d’autres forces issues de son peuple, c’est lui qui prend la décision. » Au sujet de l’application de la résolution 1701 des Nations unies, condition sine qua non du cessez-le-feu avec Israël, le président a assuré que toutes les institutions de l’État libanais sont « engagées à appliquer cette résolution ». Soulignant que l’État se concentre actuellement sur le Liban-Sud, avant de passer au reste du territoire, il a noté « une nette coopération » dans cette région, saluant les discours du secrétaire général du parti chiite, Naïm Kassem, et du chef de son bloc parlementaire, Mohammad Raad, qui ont posé les jalons d’une coopération accrue entre le Hezbollah et l’État. « Nous allons appliquer la 1701 sur l’ensemble du territoire libanais, dans tous ses aspects », a-t-il insisté, à l’heure où le Hezbollah estime que la résolution onusienne qui a mis fin à la guerre de 2006 ne concerne que le sud du fleuve Litani et lui permet de conserver son arsenal dans le reste du pays.
« Les relations avec les États-Unis sont essentielles »
Toutefois, et malgré l’insistance qu’il manifeste concernant le monopole des armes aux mains de l’État, Joseph Aoun a affirmé que cela ne devait pas être une condition préalable à l’ouverture du chantier de la reconstruction des zones détruites lors de la guerre de 2024, comme le craint le Hezbollah. « Personne (parmi les bailleurs de fonds, NDLR) n’a évoqué les armes, mais tout le monde demande des réformes », a-t-il indiqué, rappelant que les expériences passées du Liban avec les aides internationales n’étaient pas « encourageantes », en référence à la corruption endémique dans le pays. Et d’ajouter : « Nous sommes pressés de voir ces réformes mises en œuvre, mais j’espère qu’elles iront de pair avec la reconstruction. Car si nous devons attendre la fin des réformes, cela retardera la reconstruction. »
Commentant le maintien de la présence israélienne au Liban-Sud après la date butoir du 18 février, le président de la République a affirmé être « en contact permanent avec les Français et les Américains pour faire pression sur Israël afin qu’il se retire » des points qu’il occupe encore. Il a estimé dans ce cadre que ces points n’avaient « aucune valeur stratégique ». « Si l’administration américaine n’a pas encore exercé de pression sur Israël pour qu’il quitte les territoires libanais, cela signifie soit qu’elle ne le veut pas, soit qu’elle attend le bon moment… », a-t-il regretté. Il n’a pas exclu qu’il s’agisse de moyen de faire pression sur le Liban, à l’heure où Washington semble pousser pour une normalisation entre Beyrouth et Tel-Aviv. « Naturellement, nous pouvons être soumis à des pressions, indique le président. Mais toute pression exercée sur le Liban sera adressée par un consensus national. Mais jusqu’à présent, nous n’avons constaté aucune pression majeure, pour être honnêtes. Tout ce qui est demandé, c’est l’application de la résolution 1701 et la mise en œuvre des réformes. Nous considérons cela comme des exigences légitimes, non comme des pressions. »
Toutefois, le président a estimé que les relations avec les États-Unis sont « indispensables ». « L’armée reçoit 90 % de son aide financière, de formation et d’équipement des États-Unis, indique le général Aoun. Ce soutien se poursuit, et récemment, lorsque le président Donald Trump a décidé de suspendre toutes les aides, il a fait une exception pour l’armée libanaise. » Et d’ajouter : « Lorsque j’étais commandant de l’armée, on m’accusait de ne recevoir des aides que des Américains. J’ai répondu : ’Toute nation prête à offrir gratuitement une aide à l’armée libanaise est la bienvenue. »
Le Liban dans la vision 2030 ?
Concernant les relations avec l’Arabie saoudite, où il va effectuer ce week-end sa première visite d’État, le chef de l’État a rappelé les « liens historiques » qui lient le Liban au royaume et le rôle important que celui-ci exerce dans la région. « L’Arabie saoudite est aujourd’hui une plateforme régionale et mondiale, un pôle de paix international », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « Je souhaite et j’attends du prince héritier Mohammad ben Salmane que nous réajustions nos relations dans l’intérêt des deux pays et que nous levions tous les obstacles récents afin de rétablir des relations économiques et naturelles entre nous. » Riyad a longtemps été le principal bailleur de fonds du gouvernement libanais, mais les relations se sont dégradées ces dernières années avec la montée en puissance du Hezbollah. Le royaume a toutefois fait son grand retour dans la foulée des derniers bouleversements régionaux et a poussé pour l’élection de Joseph Aoun. Celui-ci a, dans ce cadre, espéré une réactivation de l’aide militaire que l’Arabie saoudite accordait à l’armée libanaise et « l’intégration du Liban dans la Vision 2030 du prince héritier ».
Joseph Aoun a également évoqué sa visite attendue en Égypte, le 4 mars prochain, pour participer au sommet arabe exceptionnel qui doit se tenir au Caire en réaction à la proposition américaine de déplacer la population gazaouie dans les pays voisins dans le cadre de l’après-guerre. « Il faut, au minimum, un positionnement arabe unifié », a-t-il affirmé, espérant que les résolutions qui seront adoptées lors de ce sommet seront mises en œuvre. Il a aussi révélé avoir demandé des rendez-vous en marge de ce sommet avec plusieurs dirigeants arabes, dont le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, le roi de Jordanie Abdallah II, l’émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani et le président syrien Ahmad el-Chareh. Avec ce dernier, il espère discuter de l’avenir des relations bilatérales « basées sur le respect mutuel » entre Beyrouth et Damas après la chute du régime Assad. « La priorité actuelle est le contrôle des frontières, puisque des problèmes persistent avec les réseaux de contrebande. Mais au-delà, la démarcation des frontières maritime et terrestre avec la Syrie jusqu’aux fermes de Chebaa (occupées par Israël, considérées comme syrienne par la communauté internationale mais revendiquée par le Liban sous l’impulsion du Hezbollah, NDLR), est une question cruciale. » « Il y a aussi le dossier du retour des réfugiés syriens. Une solution rapide doit être trouvée dans l’intérêt des deux pays. La Syrie ne peut pas se décharger de la responsabilité de deux millions de ses citoyens réfugiés au Liban. Ils doivent rentrer chez eux, car les raisons de leur exil n’existent plus : la guerre est terminée et le régime qui les opprimait n’est plus une menace. »
Interrogé sur la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, le chef de l’État a aussi affirmé que les Libanais « ont le droit de connaître la vérité », affirmant son appui au juge d’instruction Tarek Bitar. « Huit de mes militaires ont été tués dans cette tragédie alors qu’ils protégeaient le port. Je veux moi-même savoir ce qui a provoqué cela », a-t-il martelé, à l’heure où de nombreuses enquêtes indépendantes soulignent la responsabilité de l’ancien régime syrien et du Hezbollah dans le stockage d’une quantité gigantesque de nitrate d’ammonium explosif dans le port. « J’avais dit au juge Fadi Sawan (prédécesseur de Tarek Bitar) : « Si vous estimez nécessaire de m’interroger, convoquez-moi sans même exiger la levée de mon immunité. Je viendrai. »



Monsieur le Président, Une occasion unique se présente à vous pour sauver notre pays. Il ne faut pour rien au monde la rater. Ne misez surtout pas sur le temps pour régler le problème de la souveraineté de notre pays et battez le feu pendant qu’il est encore chaud. Le monde est de plus en plus instable et on ne sait pas de quoi demain serait fait. Le désarment de cette milice doit être votre priorité et vous devez vous y atteler jour et nuit pour le résoudre au plus vite afin que tous ces projets sur papier soient un jour réalisables sans être bloqués ou retardés. On désarme, puison reconstrui
12 h 22, le 01 mars 2025