Naël Barghouthi (à droite), se tient à côté de son frère, Omar, le 28 décembre 2013 dans le village de Kaubar, en Cisjordanie occupée. ABBAS MOMANI/AFP
La Palestinienne Imane Nafeh attendait avec impatience le retour de son mari en Cisjordanie après l'annonce de sa libération dans le cadre de la trêve entre Israël et le Hamas. Mais sa joie a été de courte durée en apprenant qu'il serait expulsé vers un autre pays aussitôt libéré.
Avec 44 années derrière les barreaux, dont 34 consécutives, Naël Barghouthi, 68 ans, détient le record du nombre d'années passées en détention parmi les Palestiniens, selon le Club des prisonniers palestiniens, une ONG de défense des détenus.
Lorsque Mme Nafeh a découvert le nom de son mari parmi les Palestiniens détenus par Israël devant être libérés dans la première phase de l'accord en échange de 33 otages capturés par le Hamas lors de l'attaque sanglante en Israël le 7 octobre 2023, elle a ressenti "une immense joie".
Dans sa maison de Kaubar, un village près de Ramallah, en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, Imane Nafeh s'était préparée pour les retrouvailles, ornant les murs de photos de son mari mêlant clichés anciens et récents, tous pris durant sa détention.
Mais elle a déchanté en apprenant qu'il figurait parmi les 230 Palestiniens condamnés par Israël à l'exil. Ces prisonniers, condamnés à perpétuité pour des attaques ou attentats ayant provoqué la mort d'Israéliens, doivent être définitivement bannis.
La destination n'a pas été précisée, mais selon deux sources du Hamas ayant participé aux négociations, ils doivent être expulsés essentiellement vers le Qatar ou la Turquie, sitôt sortis de prison. "Imaginez une personne ayant passé 44 ans en prison, et maintenant on lui inflige une nouvelle peine: l'exil", déplore son épouse.
Du Fateh au Hamas
Au premier jour de la trêve dimanche, trois otages israéliennes ont été libérées, puis, dans la nuit de dimanche à lundi, 90 Palestiniens ont été été relâchés conformément à l'accord. Celui-ci a été conclu après plus de 15 mois d'une guerre dévastatrice dans la bande de Gaza, déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas en Israël.
Naël Barghouthi avait été arrêté en 1978 et condamné à perpétuité pour le meurtre d'un officier israélien et des attaques contre des sites israéliens. Il était alors membre du Fateh, le mouvement de l'actuel président palestinien Mahmoud Abbas, rival du Hamas.
"Cette décision (la condamnation à l'exil, NDLR) est inacceptable pour nous. Je suis convaincue qu'il la refusera et qu'il préfèrera rester en prison plutôt que d'être expulsé", souffle Imane Nafeh.
Naël Barghouthi avait été libéré une première fois en 2011 dans le cadre d'un échange de prisonniers palestiniens contre un soldat israélien capturé par le Hamas. Il avait été arrêté à nouveau en 2014 et avait quitté le Fateh pour rejoindre le Hamas en prison.
Vu à la télévision
Imane Nafeh a elle-même été arrêtée l'an dernier pendant trois mois et placée en détention administrative. Mais ce n'était pas une première pour elle. Elle raconte ainsi avoir été arrêtée en 1987 "pour avoir résisté à l'occupation" et avoir passé dix ans en prison. C'est alors que Naël Barghouthi l'a vue depuis sa cellule sur un écran de télévision et a décidé de l'épouser à sa libération.
"Je n'étais pas au courant. Après ma libération en 1997, sa famille est venue me demander en mariage, mais pour des raisons personnelles, cela n'a pas eu lieu", relate-t-elle. "Nous nous sommes vus après sa libération en 2011. Un mois après sa sortie, nous nous sommes mariés, mais nous n'avons vécu ensemble que 32 mois", poursuit-elle.
Après la libération de son époux, Israël a imposé à ce dernier une assignation à résidence dans son village. Mais trois ans plus tard, il a été incarcéré de nouveau sous l'accusation de provocation. Selon sa femme, Israël a rétabli la peine de prison à perpétuité qu'il avait avant sa libération. Imane Nafeh se souvient du jour de leur mariage: "C'était un mariage national. Tout le monde était heureux pour nous. C'était un signe d'espoir."
Lorsqu'il était assigné à résidence, son mari s'occupait de son jardin où il avait planté des arbres fruitiers. Mme Nafeh espère le voir revenir pour "goûter les fruits des arbres qu'il a plantés". Elle conclut: "Il a 68 ans aujourd'hui. C'est une injustice absolue."
Avec 44 années derrière les barreaux, dont 34 consécutives, Naël Barghouthi, 68 ans, détient le record du nombre d'années passées en détention parmi les Palestiniens, selon le Club des prisonniers palestiniens, une ONG de défense des détenus.
Lorsque Mme Nafeh a découvert le nom de son mari parmi les Palestiniens détenus par Israël devant être libérés dans la première phase de l'accord en échange de 33 otages capturés par le Hamas lors de l'attaque sanglante en...




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