Il y a un an, une icône des causes de son temps, maître Nada Adhami Yassine, nous a quittés.
Née d’un père journaliste à Tripoli, Mahmoud Adhami, fondateur du premier quotidien du Nord, elle a été rompue assez tôt à l’actualité abondante des années 1960, dans le bureau de son père.
Plus tard, étudiante en droit à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, elle a soutenu la cause palestinienne et a adhéré au Fateh. Elle abandonne le parti quand un des membres lui demande de lui préparer son café, mais surtout parce qu’elle souhaitait continuer la lutte avec d’autres moyens.
Sa licence de droit en poche, elle s’engage dans la carrière d’avocate, puis comme membre fondateur du comité de défense des droits humains du barreau de Beyrouth.
Elle a lutté pour l’abolition de la peine de mort et a œuvré pour la révision du Code pénal pour la dépénalisation de l’homosexualité, en créant une association qu’elle baptisa Libertés privées.
Fille de Nazek Ajam, mère avant-gardiste, Nada répondait toujours à la question « Es-tu féministe ? »
par : « Féministe, c’est peu, je suis humaniste, et j’adore les animaux. »
Elle a représenté au sein des tribunaux religieux, sans rémunération, les femmes battues, ainsi que celles en instance de divorce.
Nada a combattu également la maltraitance des travailleuses immigrées. Moi, son époux, je me souviens qu’un soir, la femme de ménage des voisins a débarqué chez nous à minuit en pleurant, sa patronne lui avait brûlé la plante des pieds.
Nada a intenté un procès contre cette sadique. La victime a obtenu 10 000 dollars de compensation et Nada l’a aidée à partir.
Avec Wadad Halwani, elles ont fait sortir de l’oubli les 22 000 disparus de la guerre civile ainsi que les Libanais et Palestiniens incarcérés en Syrie. Elles ont aussi reçu au Liban une délégation des « Mères de la place de Mai » qui, chaque dimanche, tournaient inlassablement sur la place principale de Buenos Aires pour interroger le régime dictatorial sur le sort de leurs proches.
Après l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri par les Syriens, elle a lancé le mouvement « Citizens for Lebanon » qui a abouti à la création du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) pour enquêter sur l’assassinat de Hariri.
Nada a été également la porte-parole de la campagne « el-Amid Houwa el-Hal » qui a appelé à l’élection de Raymond Eddé, leader du Bloc national, comme président de la République en 1988. Elle a fait participer à la campagne, qui siégeait dans le mythique hôtel Carlton, notre fille Sarah qui n’avait que six ans.
Au cours de cette campagne, elle a rencontré le peintre Amine el-Bacha, qui est devenu son grand ami. Ensemble, ils ne rataient aucune exposition en ville.
Dix ans plus tard, notre cadette Aya a participé avec Nada aux manifestations en faveur du mariage civil.
Avide de design, cinéphile et mélomane, connue pour son sens de l’humour pointu, ses proverbes et son travail minutieux, telle une détective, Nada est une femme multiple, alliant courage et douceur, pudeur et liberté, fantaisie et discipline.
Elle a transmis à nos filles son panache, le sens de la justice, la beauté et la magie, et surtout l’amour du Liban pour lequel elle a lutté inlassablement.
Pour beaucoup de personnes, elle incarne une femme témoin de son temps ; selon notre ami Gilles Gaultier, ancien consul français à Bahreïn, « Nada est pour moi une des figures du Liban ».
Son âme éternelle repose entre la rue Hamra, la vallée de Qannoubine et le Quartier latin à Paris, qu’elle a habité quand elle faisait ses études en maîtrise de droit à la Sorbonne.


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