Un manifestant montre le signe de la victoire à côté d'un panneau de signalisation de sortie avec des autocollants avec une photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une manifestation à Tel Aviv le 5 novembre 202. Photo AFP / Jack GUEZ
L'annonce par la Cour pénale internationale (CPI) de mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant a suscité des réactions outrées en Israël, M. Netanyahu comparant la décision de la Cour à un nouveau « procès Dreyfus ».
« La décision antisémite de la Cour pénale internationale est comparable à un procès Dreyfus d'aujourd'hui qui se terminera de la même façon », a déclaré le chef du gouvernement dans un communiqué diffusé par son bureau.
Condamné pour espionnage, dégradé et envoyé au bagne à la fin du XIXe siècle en France, le capitaine français de confession juive Alfred Dreyfus avait été innocenté et réhabilité quelques années plus tard. L'affaire Dreyfus a profondément divisé la société française et révélé l'antisémitisme d'une grande partie de la population.
« Israël rejette avec dégoût les actions absurdes et les accusations mensongères qui le visent de la part de la [CPI] », dont les juges « sont animés par une haine antisémite à l'égard d'Israël », ajoute M. Netanyahu.
La CPI « a perdu toute légitimité à exister et à agir » en se comportant « comme un jouet politique au service des éléments les plus extrêmes oeuvrant à saper la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient », a réagi son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, sur X.
La CPI a émis jeudi des mandats d'arrêt contre MM. Netanyahu et Gallant « pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis au moins à partir du 8 octobre 2023 jusqu'au 20 mai 2024 », et contre Mohammed Deif, chef de la branche armée du Hamas « pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés commis sur le territoire de l'Etat d'Israël et de l'Etat de Palestine depuis au moins le 7 octobre 2023 », date de l'attaque sans précédent du mouvement palestinien contre Israël à partir de Gaza ayant déclenché la guerre en cours.
« Jour noir »
« C'est un jour noir pour la justice. Un jour noir pour l'humanité », a écrit sur X le président israélien, Isaac Herzog, pour qui la « décision honteuse de la CPI [...] se moque du sacrifice de tous ceux qui se sont battus pour la justice depuis la victoire des Alliés sur le nazisme [en 1945] jusqu'à aujourd'hui ».
La décision de la CPI « ne tient pas compte du fait qu'Israël a été attaqué de façon barbare et qu'il a le devoir et le droit de défendre son peuple », a ajouté M. Herzog, jugeant que les mandats d'arrêt étaient « une attaque contre le droit d'Israël à se défendre » et visent « le pays le plus attaqué et le plus menacé au monde ».
Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et chantre de l'extrême droite a appelé à réagir à la décision de la CPI en annexant toute la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, et en y étendant la colonisation juive.
« Israël défend les vies de ses citoyens contre des organisations terroristes qui ont attaqué notre peuple, tué et violé. Ces mandats d'arrêt sont une prime au terrorisme », a déclaré le chef de l'opposition, Yaïr Lapid, dans un communiqué.
« Pas surprenant »
Rare voix discordante, l'organisation israélienne des défense des droits de l'Homme B'Tselem a estimé que la décision de la CPI montre qu'Israël a atteint « l'un des points les plus bas de son histoire ».
« Malheureusement, avec tout ce que nous savons sur la conduite de la guerre qu'Israël mène dans la bande de Gaza depuis un an [...] il n'est pas surprenant que les preuves indiquent que [MM. Netanyahu et Gallant] sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité », écrit l'ONG dans un communiqué.
Elle appelle par ailleurs « tous les Etats parties [au traité de Rome ayant institué la CPI] à respecter les décisions de la [Cour] et à exécuter ces mandats ».
L'attaque sans précédent du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a entraîné la mort de 1.206 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur les données officielles, incluant les otages tués ou morts en captivité à Gaza.
La campagne de représailles militaires israéliennes sur la bande de Gaza a fait au moins 44.056 morts, en majorité des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.


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