Naïm Kassem lors de son premier discours à la tête du Hezbollah, le 30 octobre 2024. Capture d'écran al-Mayadeen
Pour le nouveau chef du Hezbollah, la guerre s'annonce longue, mais cela ne l'a pas empêché d'ouvrir la porte aux négociations. Dans sa première prise de parole après son élection, la veille, Naïm Kassem a affirmé mercredi que les « efforts diplomatiques en cours actuellement » pour mettre fin à la guerre au Liban n'aboutiront pas, à l'heure où les nombreux signaux positifs quant à un potentiel cessez-le-feu imminent se multiplient, notamment dans la presse israélienne. Affirmant, dans un discours enregistré, que son parti a « l’expérience et les moyens nécessaires, et est préparé pour un combat de longue durée », il a estimé que les « coups douloureux » qu'il inflige aux Israéliens pousseront ces derniers à faire marche arrière.
« Nous ne savons pas quand tous ces facteurs pourront mener à la fin de la guerre, mais nous poursuivons le combat et ne mendierons pas un cessez-le-feu, a-t-il insisté. Si l'Israélien décide qu'il veut arrêter l'agression, nous disons que nous acceptons, mais aux conditions que nous jugeons convenables. » Il a cependant souligné qu'il n'y avait pour le moment « aucun projet qu'Israël ait accepté et dont nous puissions discuter ». « Nous sommes sur la même longueur d’onde avec Nabih Berry (le président du Parlement qui est en charge des pourparlers pour un cessez-le-feu au Liban, NDLR), a ajouté Kassem, soulignant que « toute solution politique aura lieu par les négociations indirectes ». Il n'a pas explicitement lié un cessez-le-feu à un arrêt des combats à Gaza, comme le Hezbollah l'exigeait par le passé, mais le Hamas a dit mercredi qu'il étudierait toute proposition de trêve qui mènerait à un retrait israélien de l'enclave palestinienne.
« Haïfa notre chérie »
Dans son discours, le chef du parti chiite s'est montré optimiste quant au déroulement des affrontements sur le terrain, s'engageant à poursuivre le « plan de guerre » de son prédécesseur Hassan Nasrallah. « Nous avons réussi à nous reconstituer malgré l'attaque des bunkers et l'assassinat de nos chefs, des coups douloureux qui auraient provoqué l'effondrement de n'importe quelle armée ou pays », s'est-il vanté, précisant que les postes vacants sont comblés. Et d'ajouter : « Aujourd'hui, nos missiles tombent sur les grandes villes en Israël. Haïfa est devenue la chérie de nos combattants. »
« Cette guerre va se terminer par une victoire certaine, a-t-il poursuivi. Selon le centre d'opérations de la résistance, il y a eu 90 tués et 750 blessés dans les rangs des Israéliens, et 10 fois moins de notre côté. » L'armée israélienne a reconnu, jusqu'à présent, la mort d'une trentaine de ses soldats dans les combats au Liban-Sud. Le Hezbollah, de son côté, n'annonce plus les morts dans ses rangs depuis fin septembre. « Nous pouvons tenir des jours, des semaines, voire des mois. Sortez de notre territoire pour réduire vos pertes, sinon vous allez voir des choses que vous n'avez jamais vues auparavant », a-t-il dit aux Israéliens, affirmant que ces derniers n'ont pas avancé au Liban-Sud au-delà des positions les plus proches de la frontière par peur d'une « confrontation directe » avec les hommes du Hezbollah. « Vous ne ferez pas revenir les habitants du Nord (d'Israël, NDLR) dans leurs maisons par ces moyens », a-t-il ajouté.
Le secrétaire général du Hezbollah a également souligné que « l'élection aux États-Unis sera un tournant ». « Le président qui sera élu pourrait dire au (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu que ça suffit et qu'il faut mettre fin à la guerre », a-t-il dit. De nombreux analystes affirment que les Israéliens parient sur une victoire du candidat républicain Donald Trump, qui pourrait soutenir Netanyahu dans son objectif d'affaiblir considérablement l'Iran et ses obligés dans la région, dont le parti chiite. Dans ce cadre, Naïm Kassem a tenu à mettre son parti dans la position de celui qui défend le Liban, affirmant que les attaques contre Israël ont été lancées le 10 octobre 2023 dans le cadre d'une « mesure préventive » et non pas pour répondre aux besoins stratégiques de son parrain iranien. « Israël n'a pas besoin d'excuses pour nous agresser, a-t-il dit. En tout cas, nous nous battons pour défendre notre territoire, pas pour défendre l'Iran. » Il s'est toutefois empressé de saluer le guide suprême iranien Ali Khamenei, un « homme exceptionnel qui a lancé la bataille de l'annihilation d'Israël et la libération de la Palestine ».
« Vous maudirez les Américains »
S'adressant à la base populaire de son parti, à l'heure où plus d'un million de Libanais ont été déplacés par la guerre sans compter des milliers de morts et de blessés, Naïm Kassem a affirmé : « Je sais que vous faites beaucoup de sacrifices, mais vous serez récompensés. Nous savons par quoi vous passez, mais il faut patienter encore un peu, la résistance ne peut pas vaincre sans vos sacrifices. Et d'ajouter : En 2006, notre victoire a permis de construire un meilleur pays pour vous. Cette fois-ci, nous allons faire la même chose. » Le nouveau leader chiite s'est ensuite adressé indirectement à ses détracteurs. « Nous avons vu dans certains rapports de presse que l’ambassadrice américaine au Liban, Liza Johnson, est allée dire aux opposants politiques (du Hezbollah) que la résistance est vaincue, mais je lui rétorque que ce sont Israël et les USA qui seront vaincus », a-t-il dit. « Mais certains commencent déjà, à la télévision et dans les journaux, à se poser la question de ce qui se passera à la fin de guerre et après notre affaiblissement présumé, a-t-il poursuivi. À ceux-là je dis, le Hezbollah sera plus fort, y compris en politique. à tel point que vous finirez pas maudire les Américains et les Israéliens pour avoir lancé cette guerre. »



C’est un zombie qui parle encore !!
11 h 59, le 31 octobre 2024