Le leader réformiste britannique Nigel Farage salue les électeurs après avoir été élu député de Clacton au centre de dépouillement de Clacton-on-Sea, dans l'est de l'Angleterre, le 5 juillet 2024. Photo AFP/HENRY NICHOLLS
Le parti conservateur britannique, pulvérisé par les travaillistes aux élections législatives jeudi et profondément divisé, va devoir se réinventer après la défaite de nombreux poids lourds. Les "Tories" n'avaient pas connu de déroute aussi cinglante depuis plus d'un siècle.
Ils ont perdu par rapport à 2019 deux tiers de leurs élus à la Chambre des communes, passant de 365 à 121. Une dizaine de ministres et l'ancienne Première ministre Liz Truss ont été défaits par les électeurs, lassés des difficultés économiques, des promesses non tenues, des difficultés à être soigné dans le service public et de l'instabilité politique avec trois Premiers ministres conservateurs ces deux dernières années.
Le parti anti-immigration et anti-système Reform UK, dirigé par Nigel Farage, figure emblématique du Brexit, a contribué aux dégâts en captant des voix dans des circonscriptions clés.
Au Royaume-Uni, le Premier ministre est le chef du parti ayant le plus de députés. Remplacé vendredi à ce poste par le chef des travaillistes Keir Starmer, Rishi Sunak a annoncé sans surprise son intention de démissionner de la tête du parti, "une fois que tout sera en place pour désigner (son) successeur". Aucun candidat ne s'est encore officiellement déclaré. Jeremy Hunt, l'ancien ministre des Finances, et plutôt tenant du centre-droit, a écarté l'idée d'une candidature.
L'ancienne ministre de l'Intérieur Suella Braverman, très à droite et très dure sur l'immigration, a sauvé son siège mais tenu à s'excuser auprès des électeurs. "Je suis désolée que mon parti ne vous ai pas écoutés. Le parti conservateur vous a laissé tomber (...) et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour reconstruire la confiance".
Mais comment? Quel sera le visage du nouveau parti conservateur, qui était de plus en plus à droite et est désormais menacé par Reform UK?
Nigel Farage ambitionne de devenir le nouveau parti d'opposition en vue des prochaines législatives de 2029.
Suella Braverman, perçue de longue date comme une cheffe potentielle des conservateurs, a dressé la liste des sujets qui ont conduit tant d'électeurs à délaisser les Tories pour se tourner vers Reform UK. "Nous n'avons pas réussi à réduire l'immigration ou les impôts, ni à nous occuper des +woke+", a-t-elle écrit dans le Daily Telegraph.
Plusieurs voix éminentes au sein des Tories se sont inquiétées de la situation du parti ces dernières années.
David Frost, négociateur en chef du Brexit pour le Royaume-Uni sous la direction de l'ex-Premier ministre Boris Johnson, a démissionné du gouvernement en décembre 2021 critiquant notamment les augmentations d'impôts. Il a appelé à créer un "nouveau mouvement, un mouvement pour un conservatisme réformé", excluant ceux "qui devraient vraiment être dans des partis de notre gauche" et les "responsables de la stratégie qui a conduit au désastre actuel".
Le danger Reform UK
"Il va y avoir très rapidement le problème de l'attitude à adopter vis-à-vis de Nigel Farage", dit à l'AFP Michael Kenny, directeur de l'Institut Bennett pour les politiques publiques à l'université de Cambridge. Selon lui, certains Tories voudront un chef à même d'unir le parti mais en se fermant à Farage. D'autres chercheront quelqu'un de potentiellement "plus ouvert à l'idée de fusionner avec Reform UK".
Boris Johnson a mis en garde contre une telle perspective samedi, appelant le parti à reprendre les thèmes qui avaient mené à la victoire en 2019. "Nous n'avons pas besoin d'essayer d'absorber d'autres partis, d'essayer de prendre leur vitalité comme une greffe de glandes de singes", a-t-il écrit dans sa chronique hebdomadaire du Daily Mail.
Philip Cowley, professeur de sciences politiques à l'université Queen Mary à Londres, appelle cependant à ne pas dramatiser la situation. En 1992, après la quatrième victoire consécutive des conservateurs, on a "beaucoup parlé du fait que la Grande-Bretagne était désormais un pays à parti unique, mais les travaillistes ont remporté leur plus grande victoire cinq ans plus tard", souligne-t-il.
Plus récemment encore, pendant les années Tony Blair et Gordon Brown, des commentateurs avaient affirmé que les conservateurs ne pourraient plus jamais gagner. Ce qu'ils ont pourtant fait en 2010 avec David Cameron. Pour Philip Cowley, "ce que l'électorat donne, il peut le reprendre".
Ils ont perdu par rapport à 2019 deux tiers de leurs élus à la Chambre des communes, passant de 365 à 121. Une dizaine de ministres et l'ancienne Première ministre Liz Truss ont été défaits par les électeurs, lassés des difficultés économiques, des promesses non tenues, des difficultés à être soigné dans le service public et de l'instabilité politique avec trois Premiers ministres conservateurs ces deux dernières années.
Le parti anti-immigration et anti-système...


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