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En Allemagne, la violence s'invite de plus en plus sur la place publique

En Allemagne, la violence s'invite de plus en plus sur la place publique

Des miroirs comportant un texte citant des propos de responsables politiques du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), demandant aux téléspectateurs s'ils y retrouvent leurs propres opinions et s'ils ne devraient pas voter contre le parti lors des élections européennes du week-end suivant, devant la porte de Brandebourg à Berlin, en Allemagne, le 1er juin 2024. Photo AFP/ADAM BERRY

La brutale attaque au couteau survenue vendredi au centre de Mannheim en Allemagne, qui a fait six blessés, illustre une montée de la violence dans le débat public national qui inquiète les autorités.

Les motifs de l'agresseur présumé, qui s'en est pris à un rassemblement d'un mouvement anti-islam, restent encore à déterminer, mais la piste islamiste est évoquée par le gouvernement. Samedi, les autorités de la ville ont confirmé qu'il s'agissait d'un homme de 25 ans, né en Afghanistan et résidant en Allemagne depuis 2014, jusqu'ici inconnu des services de police. 

Cette affaire tragique a relancé les inquiétudes face au recours accru à la violence dans le débat politique, dans un pays connu jusqu’ici pour sa culture du compromis et son sens de la modération dans les débats.Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a ainsi déploré samedi une tendance à un « recours à la violence comme partie intégrante du conflit politique ».

 « Le pays se trouve dans une ambiance politiquement surchauffée », met de son côté en garde le journal local Mannheimer Morgen. « Les islamistes relativisent la terreur du Hamas et descendent dans la rue pour réclamer l'établissement d'un califat. La haine ouverte envers les juifs se répand », prévient-il.

« Violence inacceptable »

L'agresseur présumé s'en est pris à plusieurs membres du Mouvement citoyen Pax Europa (BPE) qui s'apprêtaient à tenir un rassemblement. Parmi les victimes figure l'une de ses personnalités les plus en vue, Michael Stürzenberger, connu depuis des années comme militant anti-islam en Allemagne et proche de l'extrême droite.

Six personnes ont été blessées, dont un policier très grièvement. L'agresseur présumé, marié et père de deux enfants selon la police, a été blessé par balle par un policier. Il n'était pas en mesure d'être interrogé samedi après son opération.

Une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux montre le jeune homme barbu, armé d’un poignard, agressant plusieurs personnes. Le chancelier Olaf Scholz a dénoncé un « attentat » et jugé que « la violence est absolument inacceptable dans notre démocratie ».

Le phénomène s'amplife pourtant si l'on en croit un récent rapport du ministère de l'Intérieur montrant que le nombre d'infractions à motif politique avait atteint un nouveau record l'an passé en Allemagne. Les autorités ont enregistré 60.028 délits de cette nature, soit environ 1.100 de plus qu'en 2022.

Elus visés

Le ministère explique cette évolution par la montée de l'extrême droite et sa rhétorique hostile aux migrants, propagée par le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), une résurgence de l'antisémitisme dans la foulée du conflit entre Israël et le Hamas et une polarisation croissante exacerbée par les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, les infractions commises envers les élus en amont des élections européennes du 9 juin se sont également multipliées ces derniers mois en Allemagne.

Le pays a notamment été ébranlé par l'agression début mai d'un eurodéputé du parti social-démocrate (SPD), grièvement blessé alors qu'il placardait des affiches électorales à Dresde, en Saxe dans l'est de l'Allemagne, région où l'AfD est très populaire.

Samedi, un élu du parti conservateur CDU Roderich Kiesewetter, 60 ans, a été légèrement blessé après avoir été poussé et frappé par un homme alors qu'il faisait campagne à Aalen, dans le sud de l'Allemagne, pour les élections européennes, selon la police locale.

« Jamais nous ne devons nous habituer à la violence dans la bataille des opinions politiques », a récemment déclaré le chef de l'Etat Frank-Walter Steinmeier lors d'un discours pour le 75e anniversaire de la Constitution allemande, déplorant « la brutalité » des comportements politiques.

Dans un éditorial, le quotidien Süddeutsche Zeitung honore la mémoire de Walter Lübcke, un élu conservateur de Cassel, dans l'ouest, abattu il y a cinq ans début juin d'une balle dans la tête par un néo-nazi, un acte qui avait mis le pays en émoi.

Mais « le meurtre de Walter Lübcke n'a eu pour conséquence qu'un bref répit », estime le journal. « La violence dévore la société allemande comme un feu de steppe » et le métier d'élu politique est devenu « un métier à haut risque ».

La brutale attaque au couteau survenue vendredi au centre de Mannheim en Allemagne, qui a fait six blessés, illustre une montée de la violence dans le débat public national qui inquiète les autorités.Les motifs de l'agresseur présumé, qui s'en est pris à un rassemblement d'un mouvement anti-islam, restent encore à déterminer, mais la piste islamiste est évoquée par le gouvernement. Samedi, les autorités de la ville ont confirmé qu'il s'agissait d'un homme de 25 ans, né en Afghanistan et résidant en Allemagne depuis 2014, jusqu'ici inconnu des services de police. Cette affaire tragique a relancé les inquiétudes face au recours accru à la violence dans le débat politique, dans un pays connu jusqu’ici pour sa culture du compromis et son sens de la modération dans les débats.Le quotidien...