Le musicien, producteur et chanteur Zeid Hamdan lors d’un concert le 3 février à Ked pour soutenir les familles au Liban-Sud. Photo Reuters
Du pathos à l’éloge du Hamas, les chansons écrites par les musiciens du Moyen-Orient en réponse à l’offensive israélienne à Gaza remettent la question palestinienne au premier plan de la culture populaire arabe.
La musique mêle défi, impuissance et colère face à la guerre menée par Israël contre le Hamas, le groupe militant palestinien qui gouverne la bande de Gaza.
Au Caire, la chanteuse « de mariage » égyptienne connue sous le nom de Rudy reçoit des demandes pour ses nouvelles paroles faisant l’éloge du porte-parole militaire du Hamas, Abou Obaïda.
« Abou Obaïda, cœur de lion... Enflamme-les tous », chante-t-elle accompagnée de percussions.
En Jordanie, des artistes de différents pays arabes se sont réunis en octobre pour enregistrer une chanson rêvant d’un « retour » des Palestiniens sur les terres occupées par Israël. Cette chanson a été visionnée des millions de fois sur les réseaux sociaux.
La popularité croissante des chansons qui sympathisent avec les Palestiniens ou encouragent le Hamas – y compris celles d’artistes qui évitent généralement la politique – reflète la colère suscitée par les bombardements israéliens sur Gaza, l’occupation du territoire palestinien et le soutien apporté par les États-Unis et l’Europe à la campagne militaire d’Israël.
Elle témoigne également du soutien des populations arabes au Hamas et à l’opposition armée, alors qu’Israël tente d’éradiquer le groupe.
Les militants du Hamas ont tué 1 200 personnes et en ont pris 253 en otage lors d’une attaque contre Israël le 7 octobre, selon les décomptes israéliens. Selon les autorités sanitaires de Gaza, près de 30 000 Palestiniens ont été tués dans les représailles militaires d’Israël.
Le conflit a semé la discorde dans le monde entier et a déclenché des batailles culturelles plus vastes.
Le concours annuel de l’Eurovision, présenté comme un événement apolitique, a été entaché par la controverse sur la participation d’Israël, qui a mentionné l’attaque du 7 octobre.
Des débats virulents sur les campus universitaires américains ont affecté la carrière de certains membres du personnel, et des étudiants se sont accusés mutuellement d’antisémitisme et d’islamophobie.
En Israël, des artistes ont également produit des chansons sur le 7 octobre. Certaines évoquent la souffrance des victimes, d’autres sont vengeresses.
Un vidéoclip met en scène un survivant d’une attaque du Hamas contre un festival de musique le 7 octobre. Un autre, produit par le rappeur israélien Subliminal, montre des immeubles résidentiels de Gaza rasés par des frappes aériennes, tandis que des chars et des tireurs d’élite israéliens se préparent à la guerre.
Un concert en soutien à Gaza prévu le 3 mars à Londres. Photo DR
Clés et keffiehs
Dans les sociétés arabes, la grande majorité des gens considèrent la guerre comme une attaque soutenue par l’Occident contre les civils palestiniens.
Rudy, chanteuse de mariage, a déclaré qu’en regardant les attaques israéliennes, elle s’est sentie impuissante et a eu envie de chanter pour soutenir le Hamas. Lors de nombreux mariages où elle se produit, les invités lui demandent de chanter sur Gaza, notamment sa chanson sur Abou Obaïda, qui est devenu un personnage régulier des chaînes d’information arabes après le début de la guerre, apparaissant masqué dans des vidéos pour lire des déclarations du Hamas.
« Abou Obaïda, nous le voyons comme un héros qui se dresse contre Israël. Il y a des enfants qui meurent et il se lève pour les défendre », a déclaré Rudy.
Le rappeur libanais Jaafar Touffar évoque également Abou Obaïda et le Déluge d’al-Aqsa – nom donné par le Hamas à son assaut du 7 octobre – et affirme qu’il y a « plus à venir » en Israël.
Selon un sondage réalisé en janvier par l’Institut de Doha pour les études supérieures au Qatar, 67 % des 8 000 personnes interrogées considèrent l’attaque du 7 octobre comme une « opération de résistance légitime » contre l’occupation.
Seuls 5 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il s’agissait d’une attaque « illégitime ». Les trois quarts des personnes interrogées considèrent les États-Unis et Israël comme les plus grandes menaces pour la sécurité et la stabilité régionales.
En Arabie saoudite, un sondage réalisé par l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient a montré que 96 % des personnes interrogées estimaient que les pays arabes devraient couper tous leurs liens avec Israël.
Avant le 7 octobre, les questions palestiniennes avaient été largement oubliées, les royaumes du Golfe ayant normalisé leurs relations avec Israël et abandonné la revendication d’un État palestinien.
Aujourd’hui, ces questions dominent les discussions sur la politique régionale, des médias sociaux aux foyers, en passant par les cafés et les lieux de pouvoir.
Dans un vidéoclip du chanteur koweïtien Humood al-Khuder, les symboles utilisés depuis longtemps par les militants pro-palestiniens abondent : les clés des maisons que les Palestiniens ont perdues lors de la création d’Israël en 1948, le foulard noir et blanc du keffieh et un enfant réfugié perdu et errant dans un dessin animé appelé Handala.
N’oubliez jamais
Le musicien libanais Zeid Hamdan a déclaré que sa musique se concentrait désormais sur la guerre et ses retombées au Liban, où Israël et le Hezbollah échangent des tirs de roquettes et des frappes aériennes.
« Je ne me produis plus pour me promouvoir en tant qu’artiste. Je suis sur scène pour réveiller les gens et diffuser un message d’urgence. Je vais de collecte de fonds en collecte de fonds pour protester », indique l’artiste et producteur.
Les musiciens arabes sont conscients que leur musique ne changera peut-être pas le cours de la guerre, ni n’influencera les dirigeants arabes.
Ghalia Chaker, dont la chanson Returning a été enregistrée en Jordanie avec 24 autres artistes du Moyen-Orient, affirme que son objectif est de maintenir la situation critique de Gaza sous les feux de la rampe. « J’espère vraiment qu’ils (les habitants de Gaza) savent qu’ils sont dans nos prières, a-t-elle déclaré. C’est le mieux que nous puissions espérer... continuer à en parler. N’oublions jamais ce qui se passe. »
Source : Reuters

