Des membres du Hezbollah portant le cercueil d'un combattant du parti tué au Liban-Sud, lors de ses funérailles lundi à Baalbeck. Amr Alfiky/Reuters
Plus de 19 000 personnes ont été déplacées au Liban après une intensification des affrontements entre l’armée israélienne et le Hezbollah à la frontière entre les deux pays, selon les chiffres publiés lundi par une agence spécialisée des Nations unies.
« Une hausse des incidents transfrontaliers » a entraîné le déplacement de 19 646 personnes au Liban « à la fois dans le Sud et ailleurs dans le pays », indique le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Nous nous attendons à ce que ces chiffres augmentent à mesure que les tensions transfrontalières perdurent » ou en cas d’escalade de la violence, a déclaré un porte-parole de l’OIM, Mohammedali Abunajela, dans un communiqué adressé à l’AFP.
Depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas islamiste palestinien en Israël le 7 octobre, les affrontements sont quasi quotidiens à la frontière
israélo-libanaise et les craintes de voir le puissant Hezbollah ouvrir un nouveau front à partir du Liban sont vives. Face aux attaques répétées, des dizaines de localités ont reçu l’ordre d’évacuer en Israël. L’armée israélienne répond par des bombardements sur des cibles dans le sud du Liban.
Lundi encore, et après un calme précaire en début de journée après un week-end particulièrement tendu, l’armée israélienne a frappé « deux unités qui tentaient de lancer des missiles antichars depuis le Liban vers Israël », a rapporté le Haaretz citant des sources militaires. Il a ajouté que les unités en question ont été repérées dans la région du Mont Dov et de Mattat, à la frontière avec le Liban, et que l’armée a utilisé des drones et des canons pour les neutraliser.
De son côté, l’armée libanaise a confirmé à L’Orient-Le Jour que les bombardements israéliens qui ont touché en fin d’après-midi les environs de la localité de Rmeich avaient bien atteint des locaux lui appartenant, sans faire de victimes. Une source sécuritaire a par ailleurs indiqué à notre correspondant dans la région Mountasser Abdallah que « trois missiles ont été tirés vers le site israélien de Ibad, en face de la localité de Houla », et que l’artillerie israélienne a répliqué en frappant les environs de Bani Hayyan et Talloussé. Un peu plus tôt, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a indiqué sur son compte X qu’un drone s’était « infiltré depuis le Liban dans l’espace aérien israélien » dans la région de Galilée et qu’il avait été intercepté par la « défense aérienne ».
Au moins 40 personnes ont été tuées du côté libanais de la frontière, selon un décompte de l’AFP à partir de communiqués, sources officielles ou de sécurité, pour la plupart des combattants mais également au moins quatre civils, parmi lesquels le journaliste de Reuters Issam Abdallah. L’armée israélienne a de son côté fait état de quatre morts, trois soldats et un civil. Lundi, le Hezbollah a annoncé la mort de deux autres combattants. La Croix-Rouge libanaise a de son côté annoncé dans un communiqué avoir transporté dans l’après-midi le corps d’une personne décédée et quatre blessés visés par des bombardements israéliens à Kfarhamam (à proximité de Kfarchouba) à l’hôpital gouvernemental de Marjeyoun. « L’opération a été conduite en coordination avec l’armée libanaise et la Finul », précise le communiqué qui n’indique pas s’il s’agit de combattants ou de civils.
« Graves pénuries »
Dimanche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prévenu que le Hezbollah ferait « l’erreur de sa vie » en entrant en guerre contre Israël, et que les conséquences seraient « dévastatrices pour le Liban ». En proie à une crise socio-économique sans précédent, le pays du Cèdre n’a pas mis en œuvre de plan d’évacuation, mais le Premier ministre Nagib Mikati a déclaré que le pays élaborait une réponse d’urgence « par mesure de précaution ».
M. Abunajela a déclaré que « face à la détérioration de la situation économique et à l’augmentation significative de la pauvreté (...), les déplacements internes pourraient ajouter une pression supplémentaire sur les ressources des communautés d’accueil ». La plupart des personnes déplacées sont hébergées chez des proches ou des amis, tandis que trois écoles, gérées par les autorités locales servent également d’abris dans le sud du pays, selon lui.
La crise économique au Liban a paralysé les services de base. « Le système de santé est confronté à de graves pénuries, notamment de médicaments » ainsi qu’à « une pénurie importante de médecins et d’infirmières qui ont quitté le pays en raison de la grave crise économique », a dit M. Abunajela. « Dans ce contexte, répondre aux déplacements à grande échelle et aux conséquences sanitaires qui pourraient s’ensuivre pourrait submerger un système de santé déjà fragile », a-t-il averti. Même si les affrontements restent jusqu’ici relativement contenus, la probabilité que le Hezbollah s’implique davantage pourrait dépendre d’une éventuelle opération israélienne terrestre à Gaza, selon des analystes. Dans ce contexte, l’ambassadrice américaine au Liban Dorothy Shea a déclaré lundi, à l’occasion du 40e anniversaire de l’attentat à la bombe du 23 octobre 1983 contre la caserne des marines à Beyrouth, qu’elle rejetait les menaces de ceux qui cherchent à entraîner le Liban dans une nouvelle guerre. « Aujourd’hui, nous rejetons, et le peuple libanais rejette, les menaces de certains d’entraîner le Liban dans une nouvelle guerre. Nous continuons à rejeter toute tentative de façonner l’avenir de la région par l’intimidation, la violence et le terrorisme », a déclaré Mme Shea. « Et je parle ici non seulement de l’Iran et du Hezbollah, mais aussi du Hamas et d’autres, qui se présentent faussement comme une noble « résistance » et qui ne représentent certainement pas les aspirations – ou les valeurs – du peuple palestinien, tout en essayant de priver le Liban et son peuple d’un avenir radieux », a-t-elle ajouté. Commentant l’intensification des combats entre le Hezbollah et l’armée israélienne au Liban-Sud, le président du Parlement, Nabih Berry, a de son côté affirmé que « le Liban exerce son droit légitime de se défendre contre l’agression israélienne », estimant que cette position était conforme au droit international.
Enfin, le ministre sortant des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib a estimé dimanche soir qu’une invasion de la bande de Gaza par l’armée israélienne n’impliquerait pas automatiquement une réaction du Hezbollah. Selon lui, « le Hezbollah ne va pas réagir automatiquement à une invasion de Gaza, sauf si elle est importante ou s’il y a une grande attaque contre le Liban ».

