Même s’il fait l’objet de nombreuses critiques, le Courant patriotique libre apparaît comme la seule formation qui essaye de secouer l’immobilisme politique dans le dossier présidentiel. Il poursuit donc ses efforts pour préparer le terrain à des ententes futures, malgré le scepticisme de nombreuses parties qui restent convaincues que ce dossier n’est pas appelé à connaître d’importants développements dans un proche avenir. C’est dans ce contexte qu’il faut placer le dialogue mené actuellement avec le Hezbollah, non pas dans l’esprit de l’alliance précédente, appelée l’entente de Mar Mikhaël, mais plutôt, comme le disent les responsables de la formation aouniste, comme un débat entre des composantes politiques au Liban.
En même temps, le CPL, selon ses responsables, déploie des efforts dans trois orientations différentes, ouvertes à toutes les parties qui souhaitent y participer. On pourrait dire en quelque sorte qu’il s’agit d’un dialogue en trois dimensions. Avec le Hezbollah, après une période de rupture, il s’agit – comme l’a dit le chef du CPL lui-même – d’une discussion sur le programme du futur président et, en particulier, d’une entente sur trois dossiers jugés essentiels pour Bassil et son parti : l’adoption de la décentralisation administrative et financière poussée, la création d’un fonds fiduciaire qui gérerait les avoirs de l’État (qu’il s’agisse des recettes habituelles ou de celles qui pourraient venir des ressources pétrolières ou gazières ou encore des biens-fonds de l’État) et l’édification de l’État dans son sens général. La deuxième dimension porte sur le choix d’un troisième candidat, qui ne serait ni Sleiman Frangié ni Jihad Azour, mais une autre personne acceptée par toutes les parties. Et la troisième dimension porte sur la réalisation d’un troisième scénario qui prévoit la tenue d’une séance d’élection parlementaire en plusieurs rounds pour finir par aboutir à l’élection d’un nouveau président. Ce qui rejoint d’une certaine façon la proposition lancée par Nabih Berry le 31 août de mener un dialogue de sept jours avant d’aller vers des séances électorales successives, avec ou sans accord préalable.
En laissant la porte ouverte à ces trois possibilités, le CPL estime renforcer les chances de l’élection d’un nouveau président, en faisant preuve de souplesse par souci de parvenir à un résultat concret et en espérant que le Hezbollah et les autres suivront cet exemple.
Toutefois, selon les sources du CPL, aucune des dimensions n’a encore enregistré une avancée concrète. Même le dialogue au sujet de la décentralisation n’est pas encore entré dans les détails sérieux, en dépit du fait que le CPL a envoyé au Hezbollah une proposition écrite sur sa vision. Le Hezbollah de son côté laisse entendre qu’il a déjà préparé sa réponse qui porterait sur un nouveau découpage administratif qui privilégierait des collectivités locales, entre le caza traditionnel et le mohafazat, de manière à renforcer la mixité dans les régions pour préserver ce que le Hezbollah considère comme étant l’essence du Liban et qui porte sur la coexistence islamo-chrétienne. Justement, ce point reste au cœur du conflit, car des parties musulmanes, comme le mouvement Amal par exemple, craignent que la décentralisation poussée ne soit pas une question de développement régional mais une volonté d’autonomie chrétienne. Personne ne le dit encore clairement, mais ce sujet semble planer sur le projet de décentralisation poussée et il fera certainement l’objet de discussions en profondeur entre le CPL et le Hezbollah le moment venu.
Le CPL reste toutefois conscient du fait qu’il s’agit là de questions de fond, qui ne peuvent pas être adoptées rapidement, simplement parce que deux composantes politiques, principales ou non, le souhaitent. C’est d’ailleurs pourquoi Gebran Bassil a lancé un processus parallèle de discussions avec le Hezbollah et d’autres, au sujet de l’adoption d’un troisième candidat. Selon des cadres du CPL, plusieurs noms seraient envisagés, mais il serait préférable, à leurs yeux, de les laisser secrets pour ne pas qu’ils soient la cible de campagnes de dénigrement avant même d’avoir eu leur véritable chance. Ziyad Baroud fait certes partie de ces noms, mais il y en aurait d’autres sur lesquels le CPL reste discret pour l’instant.
Enfin, la troisième dimension c’est de pousser le président de la Chambre à convoquer une séance parlementaire pour l’élection présidentielle qui prendrait tout le temps qu’il faut pour aboutir finalement à un résultat. Entre un round et l’autre, les différents blocs parlementaires et les députés indépendants auraient ainsi le temps de revoir leurs choix et d’opter pour un des candidats qui a des chances d’être élu. Le CPL préfère les deux premières possibilités à la troisième, car dans ce cas, il ne s’agit pas d’élire simplement un président, mais d’avoir une vision commune qui faciliterait le démarrage du nouveau mandat. Après le discours de Berry le 31 août, cette dimension semble cependant prendre le pas sur les autres, d’autant qu’elle est en harmonie avec les suggestions de l’émissaire français Jean-Yves Le Drian. Toutefois, dans la proposition de Berry, la séance doit être précédée d’un dialogue au Parlement. Ce qui ne semble pas encore être accepté par les forces dites de l’opposition.
Pour le CPL en tout cas, le fait de travailler dans les trois directions en même temps montre que son principal souci reste l’élection présidentielle considérée comme le point de départ incontournable de toute solution à venir.
Selon le CPL, les discussions en sont encore à leurs débuts, avec le Hezbollah mais aussi avec les autres composantes. Pour l’instant, aucun progrès réel n’est enregistré, ni avec le Hezbollah qui en est encore à la première étape dans l’étude des propositions sur la décentralisation, ni avec l’opposition qui, pour l’instant, continue à se cantonner dans le refus de tout dialogue avec le Hezbollah et de son candidat Frangié, sans présenter un programme précis ni des propositions concrètes. Au cours de la dernière réunion entre ces composantes et le CPL, il a ainsi été convenu que lors de la prochaine rencontre, chaque partie devrait proposer un programme concret. Le but étant de passer de la phase du blocage à celle de l’initiative. Mais la date de la prochaine réunion n’a pas encore été fixée.


Pour le mouvement Amal le probleme est tout a fait ailleurs il ne pourra pas beneficier des largesses de l'etat comme il le fait actuellement
17 h 01, le 04 septembre 2023