Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, lors d'un Conseil des ministres à Jérusalem, le 19 février 2023. Photo Abir Sultan / Pool / AFP
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé qu'il se portait "très bien" après une intervention chirurgicale dimanche pour se faire implanter un stimulateur cardiaque, à la veille d'un vote au Parlement sur un projet de loi controversé de réforme judiciaire à l'origine d'importantes manifestations depuis plusieurs mois.
Selon le gouvernement, la réforme vise notamment à rééquilibrer les pouvoirs, en diminuant les prérogatives de la Cour suprême, que l'exécutif juge politisée, au profit du Parlement. Ses détracteurs estiment qu'elle risque d'ouvrir la voie à une dérive antilibérale ou autoritaire.
La contestation s'est intensifiée dans les jours précédant le débat, qui a commencé dimanche, avant un vote de la Knesset (le Parlement israélien) lundi, à l'issue duquel une grande partie du projet pourrait être adoptée. Dimanche encore, des dizaines de milliers de personnes sont descendus dans la rue à Jérusalem pour protester contre le projet de réforme, tandis que des manifestants se sont rassemblés à Tel-Aviv, en soutien au gouvernement. Malgré son opération, M. Netanyahu s'est engagé à être présent lors du vote. "Comme vous pouvez le constater, je vais très bien", a déclaré M. Netanyahu, vêtu d'une veste et d'une chemise blanche au col déboutonné, selon une vidéo publiée par son bureau. "Nous poursuivons nos efforts pour achever la réforme (...) et les efforts pour le faire en accord (avec l'opposition)", a-t-il poursuivi. "Demain matin, je rejoindrai mes amis au Parlement", a-t-il ajouté.
"Situation d'urgence"
Le président Isaac Herzog, de retour d'une visite aux Etats-Unis, s'est rendu aussitôt à l'hôpital pour rencontrer M. Netanyahu. "Il s'agit d'une situation d'urgence. Un accord doit être conclu", a déclaré M. Herzog dans un communiqué publié par son bureau. "Nous voulons continuer de vivre dans un Etat juif et démocratique", a déclaré au début du débat le chef de l'opposition, Yaïr Lapid: "Nous ne renoncerons pas à l'avenir de nos enfants", a-t-il ajouté, en demandant de "stopper la législation" sur cette réforme.
L'hôpital Sheba avait indiqué plus tôt que l'état de santé du Premier ministre était "bon" mais qu'il resterait "sous surveillance médicale dans le département de cardiologie". Quelques jours plus tôt, M. Netanyahu, 73 ans, était sorti du même établissement après une nuit d'hospitalisation à la suite de vertiges.
Le bureau du Premier ministre a annoncé que ses visites officielles, qui étaient prévues cette semaine à Chypre et en Turquie, avaient été "reportées".
Le débat sur le projet de la loi controversée devrait durer des heures, jusqu'à lundi matin, et plus de 20 parlementaires devraient s'exprimer contre le projet de loi, selon une liste fournie par le Parlement. Le vote final lundi portera sur la clause de "caractère raisonnable" des décisions du gouvernement, qui permet aux juges d'annuler les décisions de ce dernier. L'ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, a appelé dimanche au dialogue, estimant "qu'on peut arriver à un accord mais nous devons arrêter" la législation sur cette mesure.
"Sauver notre démocratie"
"Nous devons continuer la pression, nous devons sauver notre démocratie", affirme à l'AFP Amir Goldstein, qui a passé la nuit devant le Parlement. Approuvée en première lecture dans la nuit du 10 au 11 juillet, la clause sur le "caractère raisonnable" avait contraint en janvier M. Netanyahu à démettre de ses fonctions le numéro deux du gouvernement, Arié Dery, condamné pour fraude fiscale, à la suite de l'intervention de la Cour suprême.
D'autres mesures provoquent le mécontentement des manifestants, comme celle modifiant le processus de nomination des juges, déjà adoptée par les députés en première lecture. "Nous n'avons pas de Constitution et alors que la Cour suprême est la seule à protéger nos droits, ce gouvernement tente de la détruire", a fustigé auprès de l'AFP une manifestante, Shanna Orlik.
Les critiques du Premier ministre, en procès pour corruption, l'accusent de vouloir utiliser cette réforme pour atténuer un éventuel jugement prononcé à son encontre. Jeudi soir, M. Netanyahu a affirmé rester "ouvert" à des négociations avec l'opposition, alors que le projet suscite aussi des critiques à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, proches alliés d'Israël.

