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Monde - Trois questions à

Au Sahel, il faut "reformater les esprits" des militaires français

"Le modèle que l'on veut promouvoir: ne plus être visible sur le temps long", souligne le commandant des forces françaises au Sahel, le général Bruno Baratz.

Au Sahel, il faut

Troupe française en Afrique Centrale. Photo d'illustration AFP

La France, désormais dans l'après-Barkhane, veut rester présente différemment en Afrique de l'Ouest, ce qui impose notamment de "reformater les esprits" de ses soldats, souligne le commandant des forces françaises au Sahel, le général Bruno Baratz, dans un entretien à l'AFP et RFI en visioconférence depuis N'Djamena.

La France a engagé une vaste réorganisation de son dispositif militaire en Afrique depuis la fin de l'opération Barkhane en 2022. Comment se matérialise cette approche rénovée ?

Partout en Afrique, la position philosophique française est différente de ce qui se faisait au Mali. Aujourd'hui, on est beaucoup plus à l'écoute du partenaire. Le principe est de ne pas conduire d'opérations à notre niveau mais d'amener des capacités (renseignement, appui aérien...) que les pays n'ont pas encore, pour que les armées africaines réalisent leurs propres opérations. Tout ça va se définir progressivement, dans un dialogue. L'idée générale est d'être les plus légers possible. Avec les avions de transport A400M, on peut assez facilement renforcer un dispositif ponctuellement. Il est possible d'imaginer être moins présents, d'uniquement conserver le nécessaire pour répondre aux besoins de formation et de partenariat de ces pays. Certains sont plus demandeurs d'exercices et d'entrainement conjoints, sur des courtes périodes, plutôt que d'avoir de gros contingents permanents de soldats français chez eux.

C'est un peu le modèle que l'on veut promouvoir: ne plus être visible sur le temps long. Les parachutistes français viennent par exemple de mener une opération au Niger et ils repartent immédiatement en France. Nous sommes environ 2.500 au Sahel, dont 1.500 au Niger et 1.000 au Tchad. Au fur et à mesure que l'armée nigérienne montera en puissance, l'objectif est d'adapter notre dispositif à la baisse. En 2025, les forces armées nigériennes (FAN) auront déjà de solides capacités, d'autant que le Niger a une stratégie de contre-insurrection particulièrement efficace. D'autres partenaires occidentaux sont également à leurs côtés.

Quels sont les défis de cette nouvelle approche?

En premier lieu, il nous faut reformater les esprits de nos militaires. On a beaucoup d'unités qui sont passées au Mali et ont connu l'opération Barkhane. Or, ce que font les forces françaises au Niger et au Tchad aujourd'hui n'a rien à voir. On se met vraiment à la disposition des partenaires, on se cale sur leur rythme opérationnel. C'est un changement culturel. Le deuxième point d'attention c'est l'approche éthique, qui parfois n'est pas identique selon les troupes. On vient apporter un appui pour les populations et les armées locales, or pour eux c'est une guerre existentielle, totale. Mais il est hors de question d'enfreindre nos règles et nos valeurs. C'est une ligne rouge. Par ailleurs, nos partenaires ont parfois du mal à exprimer leur besoin. Il est important de beaucoup dialoguer.

Quid de la guerre informationnelle du groupe paramilitaire russe Wagner, qui souffle sur les braises du sentiment anti-français sur le continent ?

La guerre informationnelle est généralisée par la Russie. Ils se permettent de mentir et raconter n'importe quoi sur la France et ses agissements. Cette campagne touche non seulement les pays où la France a été engagée, mais aussi les autres pays de la région où tout ce qui peut déstabiliser peut créer des marchés potentiels pour Wagner, qui est un système économique. On les voit très actifs au Burkina Faso, au Mali, en Centrafrique.... Ils ont aussi fait croire à un coup d'Etat en cours au Niger.

On cherche à se défendre en montrant ce que fait la France à la demande des pays partenaires. L'argument anti-français est toujours simple pour les opposants de la région, qui parfois s'en servent pour critiquer le gouvernement. C'est souvent un argument purement démagogique. Le sentiment anti-français est aussi parfois une incompréhension sur ce que veut ou peut faire la France en Afrique. La Françafrique a disparu et les populations ne s'en étaient pas encore rendues compte. Jusqu'à présent, la France venait régler les problèmes. Aujourd'hui elle ne le fait plus, ce qui peut être considéré comme un abandon, comme l'estiment certains Maliens.

La France, désormais dans l'après-Barkhane, veut rester présente différemment en Afrique de l'Ouest, ce qui impose notamment de "reformater les esprits" de ses soldats, souligne le commandant des forces françaises au Sahel, le général Bruno Baratz, dans un entretien à l'AFP et RFI en visioconférence depuis N'Djamena.La France a engagé une vaste réorganisation de son dispositif...
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