La production d’« Avatar 2 », qui sort 13 ans après le premier volet, a nécessité des moyens techniques colossaux, dont de nombreux tournages sous l’eau, en apnée. Photo 20th Century Studios
Fou de numérique et d’effets spéciaux, James Cameron est une légende qui a révolutionné plusieurs fois le cinéma avec Terminator, Titanic ou Avatar. La technologie est au cœur de son œuvre, mais ne fait pas tout, assure-t-il.
À l’heure où les moteurs d’effets spéciaux sont accessibles à toutes les productions et où des centaines de millions de dollars peuvent être investis dans un blockbuster, c’est le « talent artistique » qui fait la différence, estime ce roi du box-office.
« N’importe qui peut acheter un pinceau. Mais n’importe qui ne peut pas peindre une œuvre », illustre le réalisateur lors d’une interview à Paris avant la sortie le 14 décembre de Avatar 2: The Way of Water (Avatar 2 : la voie de l’eau). La production de ce film, qui sort treize ans après le premier volet, a nécessité des moyens techniques colossaux, dont de nombreux tournages sous l’eau, en apnée. « Je suis une sorte de filtre central de tout, mais j’ai de nombreux artistes qui travaillent pour moi dessinent les personnages, l’architecture, le monde, les plantes, les costumes... » résume-t-il.
« J’aime penser que (la production du film) est comme une grande communauté hippie avec un tas de grands artistes, poursuit-il. La technologie ne crée par l’art. Ce sont les artistes qui créent l’art. »
Le réalisateur canadien James Cameron et sa femme Suzy Amis Cameron lors de la première mondiale du film « Avatar: The Way of Water » , à Londres, le 6 décembre. Isabel Infantes/AFP
Rester concentré
Un film comme Avatar, où les acteurs sont filmés sur fond bleu avant que l’ensemble des décors, textures et accessoires ne soient ajoutés par ordinateur, doit tout à la performance des interprètes, souligne-t-il, bien qu’ils soient souvent méconnaissables à l’écran après traitement numérique. « Le cœur, l’émotion, la créativité... Tout cela arrive d’abord », lors du tournage des scènes en prise de vue « réelle », première étape de construction du film, avant même que les angles de caméras et plans ne soient définis. « Ce n’est qu’ensuite que le travail technique commence », développe-t-il.
Quant à l’intelligence artificielle, qui a été employée pour traiter les images, elle n’est pas là pour « prendre la place des acteurs, mais pour être encore plus fidèle à leur performance », assure-t-il.
Homme de tous les records, avec les films les plus chers mais aussi les plus rentables du monde, de Titanic au premier Avatar, le cinéaste reconnaît « porter une lourde responsabilité ».
« Je ne peux pas être capricieux, fantasque ou impulsif. Je dois rester très concentré pour créer quelque chose qui à la fois me plaise, plaise au public et soit suffisamment commercial pour rapporter de l’argent. »
« Je ne peux pas être trop intellectuel, mais je peux rendre la chose satisfaisante en ajoutant des deuxième ou troisième niveaux de compréhension que les gens saisiront ou non », poursuit-il.
« En colère » pour la nature
Tel un commandant Cousteau des temps modernes, fasciné par la mer et ses fonds, au point d’être l’un des seuls humains à avoir plongé en sous-marin dans la fosse des Mariannes, la plus profonde de la planète, Cameron martèle à nouveau dans Avatar : la voie de l’eau le message écologiste qui avait contribué au succès du premier volet.
« Je ne pense pas que le but d’un film Avatar soit de vous dire quoi faire, précise le réalisateur.
Je pense que n’importe qui ayant étudié les questions d’écologie peut dire ce qu’il faut faire. Vous savez que vous devez réduire votre empreinte carbone de toutes les façons possibles, ne pas voter pour des trous du cul, acheter une voiture électrique, consommer moins de viande et de produits laitiers... »
« Mais vous pouvez influer sur les sentiments des gens », enchaîne-t-il. « Le film vous demande de ressentir quelque chose pour la nature, pas seulement de pleurer à la fin ou de ressentir une émotion envers les personnages. Il s’agit de ressentir de l’indignation, (...) que les gens soient en colère » pour la nature.
« Cela réveille cette connexion avec la nature en nous. Une dizaine de minutes après la fin d’un film, vous voyez le monde un peu différemment. »
Francois BECKER/AFP
Le cinéaste de tous les records
Tout ce qu’il filme se transforme en or : le Canadien James Cameron, 68 ans, créateur d’Avatar, est à la fois le souverain du box-office mondial et un réalisateur à part capable de travailler pendant une décennie sur un projet.
Il est l’auteur des films les plus longs, les plus chers et les plus rentables au monde.
Si les deux Terminator ou Aliens, le retour sont largement rentrés dans leur frais, c’est avec Titanic, en 1997, que Cameron a définitivement écrasé la concurrence.
Le film de 3h 14min contant la romance tragique de Jack et Rose (Leonardo DiCaprio et Kate Winslet) a brisé des millions de cœurs et coûté 200 millions de dollars, avec reconstitutions quasi à l’échelle du navire, bassin géant sur vérins hydrauliques... Mais il a rapporté plus de 2,2 milliards de dollars, record de l’époque.
En 2009-2010, Titanic et son tube My Heart Will Go On interprété par Céline Dion est détrôné... par un autre opus signé Cameron, le premier avatar, qui reste à ce jour le film le plus rentable au monde, frôlant les 2,9 milliards de dollars de recettes. Avec ces deux films confondus, le cinéaste a tenu la tête du box-office mondial pendant plus de 20 ans.
« I’ll be back »
À 68 ans, Cameron ne semble pas près de raccrocher. Réalisateur plutôt rare, avec seulement neuf films depuis son Piranha 2 : les tueurs volants, sorti en 1981, il a déjà prévu cinq Avatar, saga à laquelle il se consacre exclusivement depuis une quinzaine d’années.
Chaque volet constituera un film indépendant des autres, et ils ne feront pas partie d’un « arc narratif ». Mais, pris ensemble, ils représenteront « une saga épique d’encore plus grande envergure », a promis le producteur Jon Landau. Cameron a toutefois admis qu’il ne pourrait pas forcément réaliser tous ces films lui-même et qu’il se préparait à passer le flambeau.
Quant à Terminator, Dark Fate, sorti en 2019 (sixième film de la série), Cameron s’est contenté de n’en être que le producteur.
Source : AFP

