Le réalisateur américain Steven Spielberg lors de la première de « The Fabelmans » au Toronto International Film Festival (TIFF) le 10 septembre courant. Valerie Macon/AFP)
Le réalisateur américain Steven Spielberg braque sa caméra sur sa propre enfance, entre mésentente parentale et brimades antisémites, dans The Fabelmans, un long métrage très personnel présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto.À 75 ans, Spielberg est généralement considéré comme un des plus grands réalisateurs vivant de Hollywood, avec à son actif des classiques comme Jaws (Les dents de la mer) ou E.T.
Basé sur son enfance en Arizona, ce drame sur le passage à l’âge adulte explore les secrets de famille d’un jeune homme passionné de cinéma, et met notamment en scène Michelle Williams, Paul Dano et Seth Rogen.
Devant un public enthousiaste, Spielberg a expliqué avoir voulu de longue date faire un film très personnel, mais avoir finalement puisé sa motivation dans la « peur » suscitée par la pandémie de coronavirus.
« Je ne crois pas que quiconque ait su en mars ou avril 2020 où en serait l’art, la vie, ne serait-ce qu’à une année de distance », a dit Spielberg à l’issue de la projection à la plus grande fête du 7e art en Amérique du Nord.
« J’ai juste ressenti que si je devais laisser quelque chose derrière moi, qu’avais-je vraiment besoin d’éclaircir et de déballer à propos de ma maman, mon papa et mes sœurs ? a-t-il poursuivi. Ce n’était pas maintenant ou jamais, mais presque. »Semi-autobiographique, le film suit le jeune Sammy Fabelman et sa famille. Les parallèles avec la vie de Spielberg apparaissent clairement.
Outsider
Comme lui, la famille Fabelman déménage du New Jersey en Arizona puis en Californie, et Sammy tombe amoureux du cinéma, se perfectionnant avec l’aide de ses amis et inventant des techniques pour la caméra.
« J’utilisais vraiment de la colle et de la salive, essayant de trouver comment faire tenir les choses ensemble », s’est-il souvenu. Le film reprend beaucoup des films amateurs qu’il avait réalisés adolescent.
« Dans ce film j’ai fait tous les trucs qui se passent en coulisses bien mieux que les films en 8 mm que j’ai tournés, a-t-il lancé. C’était une belle reprise ! »
Même si le cinéma est une source de réconfort et d’évasion pour le jeune Sammy, le film ne cache rien de ses problèmes à la maison, comme les difficultés du mariage de ses parents incarnés par Michelle Williams et Paul Dano.
Il montre aussi les brimades antisémites infligées par deux harceleurs dans son lycée californien. Spielberg explique avoir voulu évoquer ces incidents réels dans le film sans les placer sur le devant de la scène.
« Le harcèlement n’est qu’un petit aspect de ma vie. L’antisémitisme est un aspect de ma vie, mais en aucune manière une force dominante dans ma vie, assure-t-il. Cela m’a rendu très, très conscient d’être un outsider en grandissant. »
Spielberg a écarté des informations de presse selon lesquelles ce film serait son dernier.
Pas de chant du cygne
« Ce n’est pas parce que j’ai décidé de prendre ma retraite et que ceci serait mon chant du cygne, a-t-il assuré, ne croyez rien de tout cela ! »
Avant la projection, Spielberg a souligné que The Fabelmans est son tout premier film à participer à un festival de cinéma, un coup de maître pour le festival canadien.
Réputé pour attirer des foules de cinéphiles lors de ses grandes avant-premières, le Festival international du film de Toronto, le TIFF, a été durement touché par la pandémie et compte sur cette édition pour retrouver toute son aura.
Le festival, qui a débuté jeudi et se clôturera le 18 septembre, attend une ribambelle de stars sur son tapis rouge.
Parmi elles, Jennifer Lawrence a attiré les fans plus tôt samedi pour Causeway, un film sur une ancienne combattante qui tente de se réinsérer dans la vie civile à La Nouvelle-Orléans.
Au programme aussi, l’avant-première du thriller Glass Onion: A Knives Out Mystery (Glass Onion : une histoire à couteaux tirés) de Rian Johnson, produit par Netflix, où Daniel Craig reprendra le rôle du détective privé Benoît Blanc aux côtés d’un casting cinq étoiles composé d’Edward Norton, Ethan Hawke et de Jada Pinkett Smith.
Le festival canadien, qui ne décerne pas de palme ou d’ours comme à Cannes ou à Berlin, mais uniquement un prix du public, donne souvent le tempo aux récompenses hivernales à Hollywood.
Andrew MARSZAL/AFP

