Une photographie de la Libanaise Fadia Ahmad exposée aux 58e Rencontres d’Arles. Photo DR
Le thème de l’« invisible » irrigue les Rencontres photographiques d’Arles, ouvertes lundi dans le sud de la France, à travers l’œuvre de la femme photographe injustement méconnue Lee Miller ou des portraits de militants Mapuche du Chili.
« Rendre visible l’invisible », voici le programme, résume Christoph Wiesner, directeur de ce festival international qui pour sa 53e édition présente une quarantaine d’expositions dans toute la ville d’Arles, mais aussi à Marseille, Avignon ou Nîmes (Sud), jusqu’au 25 septembre.
Parmi les œuvres de cette édition très féminine et féministe, celles de la Libanaise Fadia Ahmad et dont le talent lui a valu de nombreux prix. L’artiste y expose une vingtaine de ses œuvres de la série « Beirut I Beyrouth » ainsi que des photographies prises juste après l’explosion du 4 août 2020. Entre discussions et échanges avec le public, Fadia Ahmad présente et dédicace les exemplaires de son livre Beirut I Beyrouth, publié en 2019, aux éditions Norma.
Une exposition phare à souligner, celle de Lee Miller qui révèle la carrière de photographe, longtemps sous-estimée, de la célèbre mannequin des années 1920. L’Américaine a été réduite à son rôle de muse de l’artiste Man Ray, « alors qu’elle n’a passé qu’un an avec lui », déplore la commissaire de l’exposition Gaëlle Morel.
Dans les années 1930, Lee Miller fonde un studio de photo à New York, dans lequel se ruent acteurs et grands bourgeois « qui ne voulaient être photographiés que par elle », puis elle rejoint Londres en 1939 où elle travaille pour l’édition anglaise de Vogue.
Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, elle suit l’armée américaine. La jeune femme réussit alors à faire entrer entre deux pages mode de Vogue des reportages effrayants sur la guerre, jusqu’à documenter l’horreur des camps de concentration nazis.
Dans la continuité de Lee Miller, l’exposition « Une avant-garde féministe des années 1970 » présente des photos de la collection viennoise Verbund.
Riche de 200 œuvres de 72 femmes, cette collection, constituée dans les années 1970, montre les travaux d’artistes d’avant-garde proposant une nouvelle image des femmes, dénonçant le sexisme et les inégalités sociales.
Frappe également aux Rencontres d’Arles le récit photographique dérangeant de l’Allemande Mika Sperling, « Je n’ai rien fait de mal », racontant les violences sexuelles que lui a infligées son grand-père, à travers des photos du chemin entre la maison familiale et le domicile du coupable.
Dans la même salle, Maya Inès Touam, originaire d’Algérie, questionne l’héritage culturel des enfants d’immigrés à travers des natures mortes insolites, empruntées au peintre Matisse (1869-1954).
L’identité des Mapuches du Chili est interrogée par l’exposition « Forêts géométriques ». Ces Amérindiens luttent pour la sauvegarde de leurs traditions menacées par l’exploitation de leurs forêts.
Aux côtés de portraits posés des Mapuches, arborant fièrement ponchos traditionnels et lunettes de soleil, figurent des portraits de plantes médicinales menacées de disparition.
Les Rencontres invitent également de jeunes photographes ukrainiens à présenter « leurs engagements et leurs défis face à l’invasion russe ».
AFP avec L’OLJ


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