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Dernières Infos - Libye

Combats à Tripoli après un coup de force du gouvernement rival


Des forces anti-Haftar au sud de Tripoli en Libye, le 18 avril 2019. Photo d'archives Mahmud TURKIA / AFP

Le chef du gouvernement libyen soutenu par le camp de l'Est du maréchal Khalifa Haftar s'est retiré mardi de la capitale Tripoli après avoir tenté de déloger l'exécutif en place, au prix de plusieurs heures de combat entre groupes armés rivaux.

Ces affrontements, d'une ampleur sans précédent à Tripoli depuis près deux ans et l'échec en juin 2020 de la tentative du maréchal Haftar de s'en emparer par la force, sont symptomatiques du chaos auquel la Libye est en proie depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Les affrontements entre milices rivales ont débuté dans la nuit de lundi à mardi après l'arrivée à Tripoli du Premier ministre désigné par le Parlement siégeant à l'Est, Fathi Bachagha, accompagné de plusieurs ministres de son équipe, selon un correspondant de l'AFP sur place. En milieu de matinée mardi, après plusieurs heures de combats, le service de presse de M. Bachagha a indiqué dans un communiqué que ce derniers et ses ministres avaient "quitté Tripoli pour préserver la sécurité (...) des citoyens".

M. Bachagha, investi par le Parlement en mars, entendait par ce coup de force inattendu prendre ses fonctions à Tripoli en dépit du refus de l'exécutif actuel, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, de céder le pouvoir avant la tenue d'élections. Le scrutin initialement prévu en décembre a été reporté sine die.

Appel à la retenue 

Dans la région de Tripoli, les deux camps disposent du soutien de groupes armés encore très influents dans l'ouest du pays, mais dont les allégeances sont mouvantes. "Al Nawasi", une importante milice de la capitale, s'était notamment félicitée de l'arrivée de M. Bachagha, avant son retrait. Selon des médias libyens, le départ de M. Bachagha de la capitale a été décidé lors d'une médiation menée par une brigade de l'armée loyale au gouvernement de Tripoli pour mettre fin aux combats.

La conseillère spéciale du secrétaire général de l'ONU pour la Libye, Stephanie Williams, a appelé sur Twitter à la "retenue", en insistant "sur la nécessité absolue de s'abstenir de toute action provocatrice". "Les Etats-Unis sont très préoccupés par les informations faisant état d'affrontements armés à Tripoli. Nous demandons instamment à tous les groupes armés de s'abstenir de recourir à la violence et aux dirigeants politiques de reconnaître que prendre ou conserver le pouvoir par la violence ne fera que nuire au peuple libyen", a déclaré de son côté l'ambassade américaine à Tripoli.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a lui évoqué une situation "devenue très grave ces dernières heures". "Tôt ou tard, quand il y a deux gouvernements, ils s'affrontent", a-t-il déclaré à Bruxelles. Le ministère de la Défense du gouvernement de Tripoli a affirmé dans un communiqué cité par les médias à l'issue des combats qu'il riposterait "d'une main de fer" à quiconque tentera de "porter atteinte à la sécurité et à la sûreté des citoyens" et que ses forces "traqueront" tous ceux impliqués dans cet "acte lâche".

Après que les armes se sont tues, M. Dbeibah a effectué un tour dans la capitale, selon des images diffusées par les télévisions le montrant près de voitures calcinées et immeubles endommagés. Les établissements scolaires ont fermé leurs portes pour la journée.

Blocus pétrolier 

Depuis 2011, la Libye, vaste pays de sept millions d'habitants, est minée par les divisions entre institutions concurrentes dans l'Est et l'Ouest et par l'insécurité. La production pétrolière, principale source de revenus du pays, est otage des divisions politiques, avec une vague de fermetures forcées de sites pétroliers ces dernières semaines.

Considérés comme proches du camp de l'Est, les groupes à l'origine des blocages réclamaient le transfert du pouvoir à M. Bachagha ainsi qu'une meilleure répartition des revenus pétroliers. Entre 2014 et 2021, le pays s'était déjà retrouvé avec deux gouvernements rivaux. Mais il ne s'agit désormais plus d'un conflit Est-Ouest, mais d'un arrangement entre acteurs clefs des deux régions.

M. Bachagha étant lui-même un poids lourd de l'ouest de la Libye, il a noué des alliances aussi bien avec le maréchal Khalifa Haftar qu'avec le président du Parlement basé dans l'Est, Aguila Saleh, au nom de la réconciliation nationale.


Le chef du gouvernement libyen soutenu par le camp de l'Est du maréchal Khalifa Haftar s'est retiré mardi de la capitale Tripoli après avoir tenté de déloger l'exécutif en place, au prix de plusieurs heures de combat entre groupes armés rivaux.
Ces affrontements, d'une ampleur sans précédent à Tripoli depuis près deux ans et l'échec en juin 2020 de la tentative du maréchal Haftar...