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Culture - Cinéma

Des princesses ? Non ! Des championnes d’haltérophilie ? Oui !

Invitées par le festival Almost There pour présenter le film « Lift Like a Girl » (« Ach ya Captain »)*, la réalisatrice égyptienne Mayye Zayed et sa compatriote monteuse Sarah Abdallah reviennent sur la naissance de ce docufiction et sur leur collaboration.

Des princesses ? Non ! Des championnes d’haltérophilie ? Oui !

La petite Zebiba, championne mondiale d’haltérophilie dans le docufiction « Lift Like a Girl ». Photo DR

Lift Like a Girl (Ach ya Captain) n’est pas un film sur le pouvoir des femmes ou sur la pauvreté à Alexandrie, mais sur les rêves qu’on poursuit quoi qu’il en coûte, quel que soit le genre ou encore le milieu où on est né. La réalisatrice égyptienne Mayye Zayed, à Beyrouth pour présenter son film dans le cadre du festival Almost There organisé par la fondation Heinrich Böll Stiftung, raconte à L’OLJ la genèse de ce premier long docufiction.

« Lorsque ma compatriote l’athlète Nahla Ramadan a gagné la médaille d’or aux championnats du monde d’haltérophilie, j’étais une adolescente et je ne savais même pas qu’il y avait des femmes qui s’entraînaient à ce sport, encore moins à Alexandrie », se souvient-elle. « Mais je sais que j’avais ressenti de la fierté, comme tous les Égyptiens, car Nahla était devenue une pionnière et un modèle pour les générations à venir dans tout le monde arabe. Cette histoire m’a inspirée et je voulais en savoir plus et savoir où ces filles trouvent la force de réaliser leurs rêves dans un sport dominé par les hommes, poursuit Zayed. En 2014, je suis allée visiter le site où s’entraînent les filles, face au port d’Alexandrie, et où le capitaine Ramadan a passé sa vie à préparer sa fille Nahla, et bien d’autres, à devenir championnes locales, régionales et/ou mondiales d’haltérophilie. J’ai été tout de suite surprise par le lieu, qui brise beaucoup de préjugés et de clichés. Tous ceux et celles qui étaient dans cet espace d’entraînement avaient les mêmes droits et étaient égaux entre eux. »

Pour éclairer les mentalités

Son film démarre d’ailleurs sur ce bitume désaffecté où a lieu l’entraînement. Il faudra un périple de six ans, dont quatre consacrés au tournage, et plus d’un an et demi au montage pour qu’il voie le jour. Lift Like a Girl explore donc le thème des rêves et met la lumière sur des personnes qui conjuguent tous leurs efforts pour les atteindre. Ici, pas de place pour le sexisme, ni même pour les différences de milieu. Seules comptent la capacité et la rage de chacun(e) pour atteindre les étoiles. Les filles qui apparaissent dans le film ont remporté au moins un championnat national et certaines ont remporté des médailles aux championnats régionaux et mondiaux ainsi qu’aux Jeux olympiques. L’entraîneur, le capitaine Ramadan, gère les lieux d’une main de fer. Tantôt violent dans ses remontrances et tantôt paternel et tendre, les filles lui vouent de l’amour et un immense respect.

Lorsque le tournage commence, Zebiba n’a que 14 ans. Elle s’entraîne quotidiennement pour suivre les traces de la fille de son entraîneur, Nahla Ramadan. Le film s’achèvera alors qu’elle a 17 ans. « Je n’aime pas catégoriser les films, les mettre dans une case fiction ou documentaire, précise la réalisatrice. Tout ce que j’ai voulu faire, c’est être une observatrice et témoigner du quotidien de ces lieux car, pour moi, cet endroit est aussi un personnage du film. Je voulais que le spectateur se sente partie intégrante de l’entraînement jusqu’au jour des championnats. J’aimerais montrer aussi qu’il y a des petites filles qui ne rêvent pas seulement d’être des princesses. Elles ont d’autres rêves aussi. La société doit les comprendre et leur permettre de les accomplir. » Plus de 500 heures de rushes que Sarah Abdallah a dû monter par la suite durant un an et demi avec une finesse absolue pour aboutir à ce film dramatique plein d’émotions.


Sarah Abdallah et Mayye Zayed, une équipe soudée. Photo DR

Diffusé sur Netflix

Après avoir étudié l’ingénierie des communications à l’Université d’Alexandrie, Mayye Zayed change d’orientation pour devenir cinéaste et participe à un atelier de cinéma organisé par le Centre culturel jésuite d’Alexandrie en 2009. Elle reçoit la bourse Fulbright pour se spécialiser en cinéma au Wellesley College aux États-Unis en 2012, ce qui lui permet de faire une incursion au Massachusetts Institute of Technology, où elle étudie les nouvelles techniques de réalisation de films documentaires. Zayed entame sa carrière en 2010 en tant qu’assistante réalisatrice sur le tournage du film Hawi d’Ibrahim el-Batout. En 2013, elle participe, avec cinq autres réalisateurs, à l’écriture, la réalisation et la production de The Mice Room, un long-métrage collaboratif. Par la suite, elle cofonde la société de production cinématographique Rufy’s Films basée à Alexandrie et crée Cleo Media, une société de production et de distribution indépendante. Elle a plusieurs courts-métrages à son actif, dont certains ont participé à des festivals internationaux, comme A Stroll Down Sunflower Lane, un court-métrage présenté à la Berlinale en 2016 et qui a remporté le prix du meilleur film expérimental dans l’édition 2019 de la plateforme cinématographique de Sharjah. Outre son travail en tant que réalisatrice et productrice, Zayed a travaillé comme directrice de la photographie sur le long-métrage Veve du réalisateur allemand Simon Mukali, dont le tournage s’est déroulé au Kenya en 2014. Lift Like a Girl est son premier long docufiction, réalisé et monté grâce à l’étroite collaboration de son ami Mohammad el-Hadidi (chef opérateur) et de la monteuse Sarah Abdallah. Il a participé à la 45e édition du Festival du film de Toronto en septembre 2020 et a été sélectionné pour la 42e édition du Festival international du film du Caire, marquant la première du film au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il est également le premier documentaire égyptien à être diffusé sur la plateforme Netflix. « Projeter ce film dans le cadre du festival Almost There est une opportunité pour nous d’aller vers le public non seulement de Beyrouth, mais aussi de la Békaa et de Tripoli. Un public jeune qui sera sensible à ce genre de sujet », indiquent les deux cinéastes avec enthousiasme.

*Le film sera projeté le 27 novembre à Tripoli : à 17h à Warche13 (secteur el-Mina), et à 22h30 à Ruwwad al-Tanmeya. Ainsi que le samedi 4 décembre au centre Damme, dans la Békaa, sur invitation uniquement.


Lift Like a Girl (Ach ya Captain) n’est pas un film sur le pouvoir des femmes ou sur la pauvreté à Alexandrie, mais sur les rêves qu’on poursuit quoi qu’il en coûte, quel que soit le genre ou encore le milieu où on est né. La réalisatrice égyptienne Mayye Zayed, à Beyrouth pour présenter son film dans le cadre du festival Almost There organisé par la fondation Heinrich Böll...

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