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Auto - Éclairage

Rivian, ou la folle course en Bourse des véhicules électriques

Rivian, ou la folle course en Bourse des véhicules électriques

Le pick-up R1T de Rivian. Le succès boursier du groupe reflète l’appétit vorace des investisseurs pour toute compagnie fabriquant des véhicules électriques. Patrick T. Fallon/AFP

L’entrée fracassante de Rivian à Wall Street mercredi dernier, qui y vaut 100 milliards de dollars en ayant produit à peine quelques centaines de pick-up, reflète l’appétit vorace des investisseurs pour toute compagnie fabriquant des véhicules électriques. Rivian était déjà très sollicité avant même la première cotation : le groupe a récupéré 11,9 milliards de dollars d’argent frais, la plus grosse introduction en Bourse depuis 2014 aux États-Unis. Son action a explosé de plus de 50 %, juste après ses premiers pas sur le Nasdaq, et l’entreprise a laissé derrière elle les valorisations des vénérables General Motors (GM, 85 milliards) et Ford (77 milliards), qui produisent chaque année des millions de voitures.

Le succès boursier de Rivian, encore largement déficitaire et qui n’aura livré que 1 000 véhicules d’ici à la fin de l’année, n’était pas forcément tout tracé. La comparaison avec Tesla et ses berlines électriques vient forcément à l’esprit. Mais le groupe d’Elon Musk, qui a récemment passé le cap symbolique des 1 000 milliards de dollars à Wall Street, a mis des années avant de convaincre les investisseurs : son action vaut aujourd’hui près de 1 068 dollars, mais elle valait six dollars il y a tout juste dix ans. Nikola, Canoo, Lordstown Motors, Fisker : les actions de toutes ces start-up dédiées aux véhicules électriques ont connu un pic à leur entrée en Bourse en 2020, avant de retomber lourdement. Certaines, comme Lucid ou le chinois Xpeng, semblent pour l’instant tenir la route.

À la demande de clients de plus en plus sensibles aux problématiques sociétales, de nombreux investisseurs cherchent à placer leur argent dans des entreprises vertes. Le secteur est encore minuscule, les véhicules électriques ne représentant que 3 % des ventes actuellement aux États-Unis, et doit encore prouver sa viabilité. Mais il semble attractif. « Quand General Motors dit qu’en 2035, toutes ses voitures seront électriques, l’espoir d’une électrification rapide du secteur est énorme », remarque Gregori Volokhine, gestionnaire de portefeuilles pour Meeschaert Financial Services. D’autant qu’aux États-Unis, notamment, les autorités prévoient de dépenser des milliards pour renforcer le réseau de bornes de recharge ou inciter les particuliers à abandonner leurs véhicules polluants.

Pour la patronne de GM, la valorisation astronomique de start-up du secteur qui n’ont parfois rien vendu montre bien que son groupe, qui a prévu d’investir plus de 35 milliards dans les véhicules électriques et autonomes d’ici à 2025, est « complètement sous-valorisé ». « Cela me motive à travailler encore plus », a assuré Mary Barra lors d’une conférence mercredi dernier. Mais si les géants automobiles ont tous récemment engagé une transition vers l’électrique, cette dernière ne sera pas instantanée. Avec Rivian, « les investisseurs ont sous la main un acteur purement électrique », remarque M. Volokhine.

Le groupe se démarque aussi d’autres start-up à l’avenir plus hypothétique, affirme Karl Brauer, analyste du site spécialisé iseecars.com Son fondateur, Robert Scaringe, un passionné de voitures qui a monté l’entreprise dès la sortie de ses études, « a choisi intelligemment son entourage », avec de fins connaisseurs du secteur automobile, estime-t-il. Du design à l’intérieur, en passant par les options innovantes, ses produits sont convaincants, estime par ailleurs l’analyste, qui a lui-même pu tester le pick-up R1T du groupe. Son prix élevé, d’au moins 67 500 dollars, ne devrait pas l’empêcher de trouver son public, comme Tesla a su viser le marché haut de gamme. Surtout, ajoute M. Brauer, Rivian a su nouer des partenariats essentiels avec Amazon et Ford. En plus de détenir environ un cinquième de l’entreprise, Amazon a passé une mégacommande de 100 000 camionnettes de livraison d’ici à 2030. Ford détient pour sa part environ 12 % des actions de Rivian et a tout intérêt à les faire fructifier. « Il est tout à fait possible que Ford décide, dans deux mois ou deux ans, de mettre son réseau de concessionnaires à la disposition des clients de Rivian », avance M. Brauer, soulignant que le service après-vente est généralement un point faible chez les start-up automobiles.

Pour Jay Ritter, spécialiste des entrées en Bourse à l’Université de Floride, l’enthousiasme d’investisseurs capables de débourser autant pour une entreprise qui n’a pas encore fait ses preuves sur un secteur nécessitant habituellement de gros moyens est « surprenant ». Mais avec l’argent récupéré, Rivian va pouvoir « embaucher des ingénieurs, accélérer la production » et rapidement monter en puissance, remarque-t-il.

Juliette MICHEL/AFP


L’entrée fracassante de Rivian à Wall Street mercredi dernier, qui y vaut 100 milliards de dollars en ayant produit à peine quelques centaines de pick-up, reflète l’appétit vorace des investisseurs pour toute compagnie fabriquant des véhicules électriques. Rivian était déjà très sollicité avant même la première cotation : le groupe a récupéré 11,9 milliards de dollars...

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