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La lettre aux abonnés

Il n’est pas difficile de redresser le Liban

Chère abonnée, cher abonné,

« Mabrouk », « félicitations », a-t-on entendu dans les couloirs du journal suite à l’annonce de la formation, par Nagib Mikati, de son gouvernement. Mais de faibles « mabrouk », de faibles « félicitations », des « mabrouk » et « félicitations » teintés d’ironie, le cœur n’y étant pas.

Mabrouk oui, parce qu’il fallait qu’il soit formé, ce gouvernement, pour pouvoir au moins espérer reprendre les négociations avec le FMI. Dans un pays dont 75% de la population est passée sous le seuil de pauvreté, où l’inflation explose, la livre dégringole, et les pénuries de carburant et de médicaments s’enchaînent, il y avait urgence absolue.

Aujourd’hui, demain, après-demain, nous allons décortiquer les équilibres politiques, les potentiels jeux d’alliances qui pourraient se profiler, et dans quels détails le diable se cache.

Vendredi, l’Union européenne indiquait que le nouveau gouvernement est la clé qui permettra de faire face à la crise. Reste à voir si la clé sera effectivement mise dans la bonne serrure. En la matière, et au regard de la gestation bazardesque de ce cabinet, un optimisme effréné n’est pas du tout de circonstance.

Suite à l’annonce de la formation du cabinet, le Premier ministre Mikati a dressé un état des lieux de la situation. « Tout le monde connaît la situation du pays, des plus vieux aux plus petits, jusqu’aux nourrissons dans leurs berceaux. Les nourrissons sont privés de lait infantile, les enfants se demandent s'ils iront à l'école et demandent à émigrer. Les pères ont vu leurs revenus perdre plus de 80% de leur valeur et ne savent plus comment joindre les deux bouts. Quant aux mères, elles ne trouvent pas de médicaments ». Puis il a enchaîné en assurant que si « la situation est difficile et exceptionnelle », il n’est, selon lui, « pas difficile de redresser le pays ».

A L’Orient-Le Jour, M. Mikati a assuré avoir élaboré un plan complet pour une sortie de crise, « fondé sur des études approfondies de la situation économique », et avoir déjà pris contact avec les donateurs internationaux et les organismes censés aider le Liban à remonter la pente, notamment le FMI. « Tous attendent qu’on commence à travailler » pour aider le Liban, a-t-il ajouté, sans toutefois vouloir donner de détails sur ce plan.

M. Mikati est au courant du désastre ; M. Mikati a un plan ; M. Mikati est en contact avec les bailleurs de fonds internationaux. A la bonne heure. Mais l’on aimerait beaucoup entendre le Premier ministre nous parler des réformes qu’il va falloir lancer. Certes, dans un premier temps, il s’agit de stabiliser la situation pour éviter la noyade totale. Mais rapidement, tout de suite, il faut lancer ces réformes qui sont, elles, la véritable clé permettant de débloquer des aides structurelles et d’engager le relèvement du pays, et non sa simple survie. Il est un autre dossier, crucial, sur lequel l’on attendra ce gouvernement : l’organisation des législatives de 2022.

Pendant que nous écrivions cette lettre, deux hélicoptères sont passés au-dessus de nos locaux. A bord de l’un d’eux devait se trouver Nagib Mikati. Ce mode de déplacement est commun en pareil occasion. Mais aujourd’hui, dans un Liban dont les routes sont le théâtre de l’humiliation endurée, chaque jour, par les Libanais devant les stations-service, ces hélicoptères avaient quelque chose d’indécent.

Aujourd’hui, ces ministres tout juste nommés doivent rejoindre le plancher des vaches, s’imbiber du quotidien des Libanais, comprendre, vraiment, l’hémorragie de capital humain que subit ce pays, pour s’atteler à travailler, enfin, au bien commun, à la construction d’un État digne de ce nom, à celle d’une société équitable et inclusive. « Il n’est pas difficile de redresser ce pays », a dit Nagib Mikati. Il a raison. Ce qui est difficile, pour les Libanais aujourd’hui, c’est de croire que cette équipe sera à la hauteur.

Émilie Sueur

Rédactrice en chef de L’Orient-Le Jour


Chère abonnée, cher abonné,
« Mabrouk », « félicitations », a-t-on entendu dans les couloirs du journal suite à l’annonce de la formation, par Nagib Mikati, de son gouvernement. Mais de faibles « mabrouk », de faibles « félicitations », des « mabrouk » et « félicitations » teintés d’ironie, le cœur n’y étant pas.
Mabrouk oui, parce qu’il fallait qu’il soit...

commentaires (2)

Je ne sais pas quelle vision de la chose a Mikati lorsqu'il dit qu'il n'est pas difficile de redresser le pays, cette phrase sonne très bizarrement dans le contexte actuel. Pour redresser le pays, il faut que la consommation reparte. Pour que la consommation reparte, il faut que les conditions financières de la population soient acceptables. Pour que les conditions financières de la population soient acceptables, il faut permettre à celle-ci d'avoir accès librement à son argent bloqué et que la monnaie locale retrouve sa valeur d'il y a deux ans, ce qui veut dire qu'il faut que les fonds volés soient restitués, etc., etc. Sans parler de changement radical du système politique. Non, ce n'est pas difficile à réaliser, c'est carrément impossible tant que tous ces ministres ont le révolver du Hezbollah sur la tempe. Mais peut-être que Mikati a une solution miracle, sait-on jamais, dans ce cas il faudrait qu'il la dévoile très rapidement pour redonner aux Libanais un minimum de dignité.

Robert Malek

14 h 17, le 13 septembre 2021

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Commentaires (2)

  • Je ne sais pas quelle vision de la chose a Mikati lorsqu'il dit qu'il n'est pas difficile de redresser le pays, cette phrase sonne très bizarrement dans le contexte actuel. Pour redresser le pays, il faut que la consommation reparte. Pour que la consommation reparte, il faut que les conditions financières de la population soient acceptables. Pour que les conditions financières de la population soient acceptables, il faut permettre à celle-ci d'avoir accès librement à son argent bloqué et que la monnaie locale retrouve sa valeur d'il y a deux ans, ce qui veut dire qu'il faut que les fonds volés soient restitués, etc., etc. Sans parler de changement radical du système politique. Non, ce n'est pas difficile à réaliser, c'est carrément impossible tant que tous ces ministres ont le révolver du Hezbollah sur la tempe. Mais peut-être que Mikati a une solution miracle, sait-on jamais, dans ce cas il faudrait qu'il la dévoile très rapidement pour redonner aux Libanais un minimum de dignité.

    Robert Malek

    14 h 17, le 13 septembre 2021

  • faut faire au moins comme les europeens, americains et Co. felicitations, congrats.

    Gaby SIOUFI

    09 h 24, le 11 septembre 2021

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