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La lettre aux abonnés

Nous ne lâcherons pas

Chère abonnée, cher abonné,

Elle va être courte cette lettre. Pas parce que nous sommes pris, subitement, d’un grand coup de fainéantise. Elle va être courte parce que c’est la course. Pour tout. Nous courons, tous, dans tous les sens. En fait non, nous sommes dans une schizophrénie absurde, oscillant entre deux extrêmes qui plus est : la course et l’immobilité.

Produire ce journal, chaque jour, devient de plus en plus compliqué. Tous les membres de ce groupe doivent désormais consacrer une large partie de leur temps à la recherche d’essence, tout simplement. A l’instar de tous les résidents de ce pays. Quand ce n’est pas l’essence, c’est un médicament. Bientôt, ce sera autre chose.

Chaque jour, au sein de ce journal, une équipe dédiée s’emploie à trouver des solutions. A tout. Nous cherchons des solutions pour l’approvisionnement en carburant. Pour les voitures des membres de ce groupe, pour la distribution peut-être bientôt, pour les générateurs de l’immeuble qui abrite cette rédaction. Nous mettons en place des circuits d’entraide internes au groupe pour les médicaments. Au sein de certains services, un système de covoiturage a été instauré. Nous trouvons des plans B pour les journalistes qui, contraints par le manque d’essence de travailler de chez eux, n’ont pas internet en raison des coupures d’électricité. Bientôt, il faudra trouver une solution de secours pour l’électricité tandis que les coupures de tout, électricité d’État et générateur, ne cessent de s’allonger. Nous vous épargnons les questions bancaires, ce serait vulgaire.

Nous courons, tout le temps, pour tenter de résoudre les problèmes. Mais quand nous parvenons à en résoudre un, partiellement au moins, un nouveau problème a déjà surgi.

Nous courons, et parfois, nous ne bougeons plus. « Je tente de nouveau demain une station-service, et si je n’y arrive pas, tant pis, je ne bougerai plus jusqu’à avoir trouvé une solution », nous disait un collègue après sa troisième tentative, vaine, de remplir son réservoir.

Nous luttons, chaque jour, contre la fatigue, écrasante, la chaleur, étouffante, les nuits sans sommeil, nous luttons contre le désespoir et l’envie de tout plaquer.

Le miracle, parce que parfois il nous semble que c’en est un, c’est que chaque jour, les membres de ce groupe, de l’administration à l’atelier en passant par la rédaction, sont au rendez-vous. Les traits sont parfois tirés, les fronts barrés par les soucis, mais ils sont là. Ils sont là pour produire ce journal, pour couvrir l’actualité, pour la décrypter, pour la raconter, pour faire tourner la machine. Ils sont là les uns pour les autres aussi.

Mieux : nous continuons de monter des projets. Pour l’avenir. Et ce même si le quotidien est dantesque. Ou peut-être, justement parce que le quotidien est dantesque.

Chacun, au sein de ce journal, sait que ce que nous faisons aujourd’hui, vous informer, raconter cette descente absurde aux enfers, est plus qu’un boulot. C’est une mission et un devoir.

Alors pendant que les responsables politiques s’acharnent à perdre un temps que nous n’avons plus, à ne pas former de cabinet, à ne même pas envisager de plan d’urgence face à la prochaine crise qui menace ce pays -l’accès à l’eau-, pendant qu’ils continuent, aveugles, criminels et sourds, à détruire ce pays, nous nous accrochons et nous travaillons. Nous.

Nous le faisons pour vous, évidemment, nous le faisons aussi, et peut-être surtout, pour nous-mêmes.

Mais sachez qu’aujourd’hui, plus que jamais, votre soutien, votre fidélité, nous sont extrêmement précieux.

Émilie Sueur

Rédactrice en chef de L’Orient-Le Jour


Chère abonnée, cher abonné,
Elle va être courte cette lettre. Pas parce que nous sommes pris, subitement, d’un grand coup de fainéantise. Elle va être courte parce que c’est la course. Pour tout. Nous courons, tous, dans tous les sens. En fait non, nous sommes dans une schizophrénie absurde, oscillant entre deux extrêmes qui plus est : la course et l’immobilité.
Produire ce...

commentaires (4)

Bonjour. Il est dur de lire ces lignes sans être émue et presque coupable de profiter sans vergogne en Occident de tout ce qui manque au Liban. Vous êtes toutes et tous dignes et tenaces et c'est ce qui, peut-être, sauvera le pays. C'est mon vœu le plus cher. Amitiés de France. L. Boissé-Ayroles

Boissé Lilou

15 h 48, le 06 septembre 2021

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Commentaires (4)

  • Bonjour. Il est dur de lire ces lignes sans être émue et presque coupable de profiter sans vergogne en Occident de tout ce qui manque au Liban. Vous êtes toutes et tous dignes et tenaces et c'est ce qui, peut-être, sauvera le pays. C'est mon vœu le plus cher. Amitiés de France. L. Boissé-Ayroles

    Boissé Lilou

    15 h 48, le 06 septembre 2021

  • VOUS NE COUREREZ PLUS. H.N. VA S,OCCUPER MEME DE VOUS. VOUS AUREZ DU FUEL ET DE L,ESSENCE ET VOUS APPRENDREZ A PARLER PERSE. C,EST SI FACILE. L,AFGHANISTAN LIVRE AUX TERRORISTES TALIBANS. POURQUOI LE ;IBAN NE LE SERAIT PAS AUX MERCENAIRES IRANIENS. UNE BONNE ET ULTIME CARTE TIENNENT LES AYATOLLAHS DIABOLIQUES POUR LES NEGOCIATIONS NUCLEAIRES ET LA PAIX AVEC ISRAEL. NOUS RISQUONS LIBANAIS D,EN PAYER SEULS LE PRIX.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    01 h 38, le 30 août 2021

  • Bien évidemment nous vous soutenons, où que nous soyons, comme nous soutenons l'ensemble de la population libanaise qui souffre chaque minute qui passe, chaque minute que nos dirigeants s'acharnent à perdre pour retarder le moment où ils seront jugés. Mais pour qu'ils soient jugés, il faut trouver LA solution pour les virer tous, ces ordures qui nous ont volés, qui nous ont ôté le peu de dignité qui nous restait et qui vivent tranquilles, complètement déconnectés de la réalité et qui ne manquent de rien. Et qui protègent ce cancer iranien qui a vendu le pays.

    Robert Malek

    17 h 15, le 29 août 2021

  • Triste, révoltant, poignant, mais puissant par lavolonté et la bonne ambition de toute l'équipe de l'OLJ, de poursuivre le parcours la tête aussi haute que possible! À chaque lecteur/trice sa manière de soutenir "notre journal", le journal de la francophonie au Liban! Bon courage Mme. Et surtout bonne chance à vous tous!

    Zaarour Beatriz

    17 h 00, le 28 août 2021

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