Rechercher
Rechercher

Politique - Récit

Dans la maison Hariri, l’impossible succession

Le chef du courant du Futur a fait de la fidélité à son héritage son principal projet politique. Mais sa personnalité autant que les contextes local et régional l’ont empêché d’endosser le costume de l’héritier.

Dans la maison Hariri, l’impossible succession

L’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, le 14 février 2021, s’exprimant avec en toile de fond le portrait de son père. Photo AFP

En raison de ses désaccords avec le chef de l’État, Hariri renonce à former le gouvernement. Nous ne sommes pas en 2021 mais en 1998 et le Hariri dont il est ici question est bien le premier du nom, Rafic. Désigné Premier ministre à la suite des consultations parlementaires, le leader sunnite claque la porte après avoir estimé que le locataire de Baabda, Émile Lahoud, a eu un comportement « inconstitutionnel et inadmissible ». En cause, le fait que 31 députés s’en soient remis au président pour désigner la personnalité idoine, une façon de faire comprendre à Hariri qu’il devait être redevable au président et surtout à son parrain syrien. Un affront que la bête politique qu’est Rafic Hariri transforme en opportunité : basculant dans l’opposition, il prépare les élections législatives de 2000 desquelles il sortira grand vainqueur. Un plan d’action que son fils, Saad, cherche à reproduire 23 ans plus tard. Sa récusation, jeudi, après avoir pris acte de son incapacité à s’entendre avec Michel Aoun, est pensée dans son camp comme la première étape de la course pour préparer les législatives de 2022. Mais l’histoire pourrait se montrer capricieuse. D’une part parce que le contexte n’est plus celui du début des années 2000 et qu’un vent de révolte secoue le pays. D’autre part parce que le fils n’est pas le père. Et c’est là tout le drame du haririsme politique : l’impossible succession.

Lire aussi

Pas de consultations parlementaires avant la fin de l’Adha

À chaque étape importante de sa vie politique, le chef du courant du Futur fait référence à son père. « Si Rafic Hariri était ici, il aurait choisi le pays au détriment de l’intérêt politique », dit-il régulièrement. Si bien que la fidélité à l’héritage du Premier ministre assassiné est devenue son seul horizon, sa seule vision, son unique projet. Dans les rangs sunnites, ses détracteurs ne mâchent pas leurs mots au moment de résumer son bilan politique. « Hariri a enfreint la règle d’Ibn Khaldoun selon laquelle chaque projet politique connaît trois phases. La première est celle de la construction, la deuxième celle de l’expansion et la troisième celle de l’effondrement. Avec Saad, la maison Hariri s’est arrêtée à la deuxième phase », commente un homme politique critique de Hariri, sous couvert d’anonymat. La comparaison peut paraître sévère. Mais force est tout de même de constater que la maison Hariri a perdu de sa superbe.

Envergure régionale

Rafic Hariri fait son entrée sur la scène politique libanaise dans un contexte de reconfiguration politique locale et régionale. Il joue les médiateurs lors des conférences de Genève en 1983 et de Lausanne en 1984, qui ont pour objectif de sortir le Liban de la guerre. Mais c’est surtout au moment de l’organisation de la conférence de Taëf (1989) qu’il s’impose sur le devant de la scène. Rafic Hariri profite d’un consensus syro-saoudo-américain, qui prend forme en 1992 au moment du grand effondrement de l’économie, pour faire son entrée dans la vie politique libanaise. À l’époque, il est très proche de Walid Joumblatt, qui le présente aux dirigeants syriens, en particulier à Abdel Halim Khaddam. Ce dernier raconte dans ses Mémoires la première rencontre entre Hafez el-Assad et Hariri. « Assad lui a demandé : “Si vous étiez le chef du gouvernement libanais et que nous n’étions pas d’accord avec le royaume d’Arabie saoudite, comment agiriez-vous ?” Hariri a répondu : “Monsieur le Président, je suis un Libanais qui aime son pays, et je suis saoudien dans ma chair. Je ne peux pas abandonner le royaume d’Arabie saoudite car je ne suis pas ingrat. Mais je suis par ailleurs un nationaliste arabe qui considère que la Syrie parraine les Arabes, et je ne peux être qu’avec la Syrie. Si un conflit éclate entre les deux, et que je n’arrive pas à les réconcilier, cela veut dire que j’ai échoué. Je préférerais dans ce cas me retirer de la scène politique.” Hafez a rétorqué : “Si vous aviez dit le contraire, je ne vous aurais pas cru, et vous auriez perdu ma confiance. Je demanderai à Abou Jamal (Khaddam) d’informer le président libanais que nous soutenons la candidature de Rafic Hariri.” »

L'édito de Issa Goraieb

Sots périlleux

Dans les rangs du courant du Futur, on résume le haririsme politique avant tout par une volonté de conclure des accords régionaux et internationaux. Dans les années 1990, Rafic Hariri va s’imposer comme l’un des principaux partisans de la paix dans la région, selon la logique de la « terre contre la paix ». Une grande partie de son pari politique reposait sur le fait que les négociations allaient aboutir et que la dette du Liban, qui avait explosé après la guerre, allait ainsi être effacée. L’échec de cette grande initiative diplomatique a pesé lourd dans son bilan. Mais Hariri a gardé une dimension régionale jusqu’à son assassinat en 2005. Après les attentats du 11 septembre 2001, il est devenu, aux yeux des Occidentaux, le symbole d’un sunnisme modéré, unique en son genre dans tout le Moyen-Orient et capable de jouer les médiateurs dans des dossiers compliqués.

Saad Hariri n’a jamais eu cette envergure. Selon des personnalités politiques ayant côtoyé les deux hommes, il est difficile de les comparer. « Rafic était un bourreau de travail, il était proche des gens et accessible, s’entourait des meilleurs et portait une attention particulière aux détails. Saad n’a rien de tout cela », résume un bon connaisseur de la maison Hariri. Le père se laissait rarement gagner par ses émotions. Même quand des conflits politiques l’opposaient à d’autres partis, il savait utiliser son art de la séduction. Le fils est beaucoup plus colérique et peut changer d’avis dix fois en quelques minutes. Mais pour sa défense, les conditions dans lesquelles il s’est retrouvé sur le devant de la scène rendaient sa mission quasi impossible dès le départ.

L’homme du compromis

À l’aube des années 2000, alors que Bachar el-Assad arrive au pouvoir en Syrie et se rapproche de l’Iran, le consensus syro-saoudien ne tient plus. L’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005 est la résultante de cette évolution. La même année, Saad Hariri entre dans la vie politique par la grande porte. Aux législatives, il remporte pour la première fois la totalité des sièges parlementaires dans le Nord. « Tu es allé dans le Nord en tant que représentant et tu es revenu en leader », lui dit à l’époque Walid Joumblatt. Mais cette victoire politique ne dure pas longtemps, et est suivie d’une période de concessions et d’échecs, notamment entre les années 2006 et 2008, jusqu’à l’accord de Doha qui rend quelque part caduc celui de Taëf, l’œuvre originelle de son père qui avait signé le début de l’ère sunnite au Liban.

Lire aussi

Pourquoi la récusation de Hariri ne change pas fondamentalement la donne

Le contexte dans lequel Saad Hariri a dû défendre son héritage politique était effectivement des plus difficiles. À chaque fois qu’il a essayé d’assumer les différends qui l’opposaient au camp prosyrien, il a dû subir en retour les conséquences d’une politique musclée et décomplexée. C’était le cas en 2008, avec les évènements du 7 mai, quand le Hezbollah et ses alliés ont envahi Beyrouth, ou encore en 2011, quand les ministres du 8 Mars ont démissionné pour renverser son gouvernement. Ce rapport de force, largement à son désavantage, a poussé Saad Hariri à choisir constamment l’option du compromis, quitte à remettre en question les grandes orientations défendues par son père. Le chef du courant du Futur a été aussi victime des évolutions régionales, qui ont renforcé ses adversaires, essentiellement la guerre en Syrie et la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. Quand il a cherché à s’adapter à ces dynamiques, il a perdu le soutien d’une partie de son camp et surtout de ses alliés traditionnels, aux premiers rangs desquels figure l’Arabie saoudite. Lorsqu’il optait pour la confrontation avec le régime de Damas, Rafic Hariri bénéficiait de nombreux appuis sur la scène internationale. Son fils est dans une position beaucoup plus délicate à ce niveau, privé du soutien du parrain saoudien, le plus important pour le leadership sunnite.

Lire aussi

À Tariq Jdidé, la récusation de Saad Hariri ne passe pas

« Saad a fait de nombreuses erreurs. Mais tout cela peut être corrigé et il peut encore assurer la succession de son père », assure le bon connaisseur de la maison Hariri. Après tout, malgré tous ses déboires, Saad Hariri reste pour l’instant le plus fort au sein de la communauté sunnite. Au moins jusqu’aux prochaines élections…


En raison de ses désaccords avec le chef de l’État, Hariri renonce à former le gouvernement. Nous ne sommes pas en 2021 mais en 1998 et le Hariri dont il est ici question est bien le premier du nom, Rafic. Désigné Premier ministre à la suite des consultations parlementaires, le leader sunnite claque la porte après avoir estimé que le locataire de Baabda, Émile Lahoud, a eu un...

commentaires (7)

POURQUOI CONTINUER A DIRE QUE HARRIRI A FAIT PERDRE 10 MOIS ALORS QUE C'EST AOUN BASSIL QUI ONT ANNONCE AU PREMIER JOUR QU'ILS NE VEULENT PAS DE LUI ( meme avant sa nomination)ET QUI SONT DONC RESPONSABLE DE SES 10 MOIS PERDUS LA VERITE L'AMI NASRALLAH A TRANCHE EN FAVEUR DE SON ALLIE AOUN CPL RIEN DE PLUS RIEN DE MOINS, BERRY A PERDU LE PLUS( plus meme que Harriri) CAR POUR LA PREMIERE FOIS IL A ECHOUE A 100%. DANS SON ACTION IL VA RUMINER SA PERTE ET VOYONS CE QUI ARRIVERA A LA PROCHAINE ELECTION ET MEME AVANT CELA AUX PROCHAINS DEBATS PARLEMENTAIRE. VOUS POUVEZ ETRE SUR QUE LE CPL PAYERA LE PRIX FORT MEME SI C'EST AU DETRIMENT DU PAYS CAR LE " BALTAGI" A LA MEMOIRE LONGUE

LA VERITE

14 h 46, le 18 juillet 2021

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • POURQUOI CONTINUER A DIRE QUE HARRIRI A FAIT PERDRE 10 MOIS ALORS QUE C'EST AOUN BASSIL QUI ONT ANNONCE AU PREMIER JOUR QU'ILS NE VEULENT PAS DE LUI ( meme avant sa nomination)ET QUI SONT DONC RESPONSABLE DE SES 10 MOIS PERDUS LA VERITE L'AMI NASRALLAH A TRANCHE EN FAVEUR DE SON ALLIE AOUN CPL RIEN DE PLUS RIEN DE MOINS, BERRY A PERDU LE PLUS( plus meme que Harriri) CAR POUR LA PREMIERE FOIS IL A ECHOUE A 100%. DANS SON ACTION IL VA RUMINER SA PERTE ET VOYONS CE QUI ARRIVERA A LA PROCHAINE ELECTION ET MEME AVANT CELA AUX PROCHAINS DEBATS PARLEMENTAIRE. VOUS POUVEZ ETRE SUR QUE LE CPL PAYERA LE PRIX FORT MEME SI C'EST AU DETRIMENT DU PAYS CAR LE " BALTAGI" A LA MEMOIRE LONGUE

    LA VERITE

    14 h 46, le 18 juillet 2021

  • "dans la maison Liban, l'impossible gestion..."

    Wlek Sanferlou

    14 h 27, le 18 juillet 2021

  • Quelqu’un peut-il gentiment expliquer à la famille Hariri (et à ses groupies énamourées et brûleuses de pneus) que, dans tout pays censé démocratique, la politique et les hautes fonctions politiques ne sont pas une situation que l’on hérite de père à fils et petit-fils ? Rafic Hariri a peut-être été, à un moment donné, le premier ministre adapté à ce pays et à son époque. Il a, depuis, payé de sa vie ses prises de position et est parti vers un monde supposé meilleur. Nous sommes, hélas, des millions à avoir pu constater, depuis, que son fils Saad n’est/n’était pas forcément un bon choix (ni même un médiocre choix) au poste de premier ministre. Et pourtant, malgré des échecs patents et flagrants à ce poste, ce même Saad s’entête à se prendre pour un leader politique de qualité, ce qu’il n’est absolument pas. Il nous a fait perdre neuf mois, nous précipitant (lui et tous ces minus politiques de tous bord) encore plus vers l’enfer. Le peuple bout mais Saad s’en fout. Comment et quand se rendra-t-il enfin à l’évidence et dégagera-t-il une bonne fois pour toutes ??

    DC

    13 h 25, le 17 juillet 2021

  • Ce qui a fait tomber Hariri n’est rien d’autre que son marchandage avec Berry et HN qui n’en font qu’un. Les sunnites se félicitent de l’appui que Berry leur a toujours apporté naïfs comme ils sont alors qu’il agit en parfaite osmose avec son allié de toujours pour les saquer mais il ne voient que du feu et ils ne tarissent pas d’éloges et de remerciements croyant en sa bonne foi. On ne s’improvise pas loup de la politique et Rafic Hariri doit se retourner dans sa tombe.

    Sissi zayyat

    11 h 31, le 17 juillet 2021

  • A SE DEMANDER COMMENT ON PEUT -ENCORE- TROUVER A DISSERTER SUR LES MALHEUREUX KELLON ET SUR LEURS "MALHEURS' ? sauf que c'est un job comme tout autre et qu'il faut imperativement pondre des papiers.

    Gaby SIOUFI

    10 h 25, le 17 juillet 2021

  • Intéressant à lire néanmoins Saad Hariri a prouvé à plus d’une reprise qu’il manquait de maturité et de finesse pour faire de la politique à ce niveau

    Liberté de Penser

    08 h 52, le 17 juillet 2021

  • Le problème avec Hariri, c'est qu'il ne remplit pas son rôle avec agressivité, comme les autres loups politiques.

    Esber

    06 h 16, le 17 juillet 2021

Retour en haut