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Culture - Danse contemporaine

Bipod 2021 : les corps en ruine se remettent à danser

Pour la 17e édition du Festival Bipod (Beirut International Platform of Dance), la compagnie Maqamat a invité des partenaires culturels de 8 pays différents à se rassembler autour du thème « Architecture d’un corps en ruine ». Jusqu’au 27 juin dans 10 villes à travers l’Europe et la Méditerranée, à suivre en présentiel ou en ligne sur Citerne.live.

Bipod 2021 : les corps en ruine se remettent à danser

Une courte présentation de la sortie de résidence « Cent mille façons de parler » de Omar Rajeh est prévue le 8 juin, à 18h CET (19h heure de Beyrouth). Photo DR

Réunis autour d’une thématique et de questionnements communs, plus de 70 artistes et 10 organisations culturelles se sont mobilisés pour la diffusion en direct de spectacles de danse, d’événements spécifiques à un site, de promenades dans les villes, ou de conversations sur Citerne.live. Sous le label « Architecture of a Ruined Body » (Architecture d’un corps en ruine), ce programme avec huit partenaires de villes et de pays différents invite les artistes à se rencontrer pour s’interroger sur les possibilités infinies du corps, sa vulnérabilité, sa résilience, sa révolte, ou simplement son être dans les moments de crise. Et, pour la première fois depuis la survenue de la pandémie, le Festival Bipod (Plateforme internationale de danse de Beyrouth) propose deux spectacles en présentiel devant un public restreint, à Beyrouth.

Alexandre Paulikevitch dans son spectacle/manifeste « A’alehom ». Photo Patrick Baz

Retrouver le plaisir de la scène

Khouloud Yassine, chorégraphe, danseuse et actrice, titulaire d’un BA en études théâtrales de l’Université libanaise et d’un BA en chorégraphie de l’Université de Paris 8, donne ce soir au musée Sursock son spectacle Heroes – Surface of a Revolution, diffusé également en direct sur Citerne.live (voir par ailleurs). L’artiste questionne le corps comme image ou médium d’influence, le corps médiatisé et sa relation au pouvoir. Entre ascension et chute, entre le héros et la foule qui le porte aux nues, est-ce le pouvoir qui renvoie cette image, ou bien un peuple en manque de leaders qui crée lui-même l’entretien ? Une image qui relève souvent de la fiction ou d’un manque à combler.

https://www.lorientlejour.com/article/1262548/-cette-annee-jai-eu-limpression-par-moments-que-lart-ne-servait-plus-a-rien-.html

Quant à Alexandre Paulikevitch, il présentera en solo le samedi 22 mai, à 19h CET (20h à Beyrouth), au musée Sursock, son spectacle A’alehom. Pour l’artiste, cette création artistique n’est pas de l’ordre de la performance ni de la beauté esthétique, mais de celui de la survie. Pour sublimer la violence physique et morale, pour dépasser le vécu, la perte et la peur, la préparation de ce spectacle fut le meilleur des catalyseurs. Une nécessité pour ne jamais oublier, mais parvenir à continuer sans jamais sombrer. L’artiste participera également à une discussion matinale en ligne le 23 mai à 9h CET (10h à Beyrouth).

Une conversation entre un groupe de jeunes danseurs libanais réunis autour d’un processus de création mené par la chorégraphe Corinne Skaff sera diffusée en direct le 22 mai à 17h CET (18h à Beyrouth) sur Citerne.live. Également le 22 mai, à 17h CET (18h à Beyrouth), le spectacle Border_Line de Taoufiq Izzediou, diffusé à partir de Marrakech. Un propos chorégraphique autour des migrations des corps, des imaginaires, des techniques, des idées...

Le corps comme espace d’architecture perdu sera le thème abordé par Al Sarab Dance Company, le 23 mai à 18h CET (19h à Beyrouth) dans une vidéo sur Citerne.live, afin de se poser la question : Que se passe-t-il lorsqu’un espace architectural n’existe plus ?

La création en cours d’Omar Rajeh Cent mille façons de parler s’inspire des poèmes d’amour de Jalal al-Din Rumi et de son approche du religieux et de l’inconnu à travers une pratique philosophique qui puise l’amour au cœur de l’action. La pièce est une invitation à agir et à creuser ce qui nous anime, elle sera présentée le 8 juin sur Citerne, après une résidence qui se tiendra à Belfort à partir du 31 mai.Parmi les spectacles à voir en ligne, Polyrhythm-graphy de la Compagnie Kawin, le 29 mai à 19h CET (20h, heure de Beyrouth). La vidéo danse diffusée à partir de Rio de Janeiro plonge le spectateur dans une relation intime avec les multiples vibrations, ondes et fréquences de la polyrythmie-graphie.

Et maintenant, où allons-nous ?

Mise en pause à cause de la crise sanitaire, la culture, qui avait grandement manqué, fait ainsi lentement mais sûrement son retour. Après avoir basculé dans le numérique, proposé de nouvelles pratiques live et de nouvelles expériences pour les publics, après avoir innové et tenté d’être créative, la culture s’est métamorphosée et s’est adaptée. « Nous reconnaissons que nous traversons une phase de transformation et de changement à l’échelle mondiale, confie Mia Habis, qui a cofondé Bipod avec Omar Rajeh. Après les conditions sociales, politiques et sanitaires des années 2019 et 2020, il semble inévitable que la culture soit au premier plan pour s’interroger et être questionnée, pour explorer et être explorée, pour renouveler la pensée et se renouveler. » Pour autant, tout le monde s’interroge et Mia Habis et Omar Rajeh aussi : Que peut on faire à l’heure actuelle ? Qu’est-ce qu’on pourra faire demain? Qu’est-ce qui doit changer ? Comment doit-on agir ? Beaucoup de questions tant précises que générales, auxquelles il n’est pas toujours évident de trouver des réponses. La pandémie a mis en place cette métamorphose qui est sans doute la clé de la relance culturelle. C’est par la transformation, l’adaptation, le changement, que le secteur culturel va pouvoir rebondir.

Mais quelle est la véritable place de la culture aujourd’hui, de la danse et du corps ? La culture est-elle un divertissement ou une nécessité ? « Pour nous, observe Mia Habis, la réponse est très claire, c’est bien plus que des spectacles et la présentation d’un travail artistique. Ce sont des rencontres, le partage de valeurs communes, une connexion humaine et les questions autour qui demeurent essentielles pour ne pas sombrer dans l’apathie et dans la victimisation. » Cette nouvelle édition du Festival Bipod, ajoute Omar Rajeh, a cette particularité de d’abord réunir des institutions culturelles de 8 pays différents mais surtout de poser la question de la solidarité et de l’alliance. Une force qui fait se rejoindre les idées pour défendre les valeurs de la culture. C’est important de pouvoir le faire pour continuer à exister. « Nous avons voulu, relève Mia Habis, un échange intelligent et constructif, éclairer sans stipuler et imposer des idées, dans une recherche absolue d’honnêteté. Ne pas abandonner par rapport aux restrictions générales, être dans la recherche de débats qui s’ouvrent sur le nouveau visage de la culture aujourd’hui. C’est une occasion pour se demander aussi si cela fonctionnait bien, mettre les cartes sur table pour améliorer et penser la culture en dehors des manières automatiques, en dehors des sentiers empruntés jusqu’à aujourd’hui, élargir sa vision des choses, ne pas être centré sur les mêmes idées, oser, aller vers de nouveaux publics, d’où l’importance de Citerne Beyrouth aujourd’hui. »

Pour les créateurs de Bipod et de Citerne Beyrouth, la pandémie doit être une occasion à saisir pour changer notre mode de vie, acquérir des idées, des croyances, de nouvelles valeurs, des pratiques, des modèles mentaux et reconnaître la centralité de la culture et assurer sa bonne transmission et son évolution.

Bipod 2021 | « Architecture of a Ruined Body »

Du 16 mai au 27 juin à suivre sur Citerne.live

En coopération avec Allianz Kulturstiftung, CND / Lyon, CCN Bourgogne Franche-Comté à Belfort / Viadanse, Les Subsistances, Taldans, Menhir, Sareyyet Ramallah, Dan.Cin.Lab, Egomio Centre culturel et Rézodanse.


Réunis autour d’une thématique et de questionnements communs, plus de 70 artistes et 10 organisations culturelles se sont mobilisés pour la diffusion en direct de spectacles de danse, d’événements spécifiques à un site, de promenades dans les villes, ou de conversations sur Citerne.live. Sous le label « Architecture of a Ruined Body » (Architecture d’un corps en ruine),...

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