Le compositeur libanais Samir Sfeir. Photo tirée de sa page Facebook
Le compositeur libanais Samir Sfeir, partisan du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) et connu pour ses positions anti-saoudiennes, aurait disparu lors d'un séjour en Arabie saoudite, rapportent plusieurs médias locaux, certains évoquant même son arrestation par les autorités du royaume. Aucune information officielle n'a encore été publiée par Beyrouth ni Riyad concernant le compositeur, et sa famille n'a pas non plus réagi aux informations circulant en ligne, mais cette "disparition" a provoqué un élan de solidarité sur les réseaux sociaux, de la part principalement de partisans aounistes, qui ont appelé à sa libération, avec notamment un hashtag "La liberté pour Samir Sfeir" très partagé mardi sur Twitter.
Selon des informations rapportées par le quotidien al-Akhbar (pro-Hezbollah), M. Sfeir aurait été arrêté par les autorités saoudiennes il y a plusieurs jours, après s'être rendu en Arabie "à l'invitation d'un responsable" local. Des sources citées par le quotidien libanais soulignent que la diplomatie libanaise aurait intercédé auprès de l'ambassade saoudienne à Beyrouth afin de permettre à l'épouse du compositeur de rendre visite à son époux sur le lieu de son incarcération, ce qui ne lui aurait finalement pas été permis. Les officiels saoudiens contactés par les Affaires étrangères à Beyrouth auraient en outre refusé de préciser les raisons de l'arrestation de Samir Sfeir.
Le journaliste Hussein Mortada, proche du Hezbollah, a de son côté indiqué sur Twitter que l'invitation du compositeur à se rendre à Riyad lui aurait été envoyée par le ministre de l'Information, Walid ben Ghazi, avant que sa famille ne perde tout contact avec lui. Il serait actuellement incarcéré, selon M. Mortada, à la prison de Dahloun, et l'ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid Boukhari, aurait refusé d'intercéder en sa faveur, comme l'aurait demandé le ministre sortant des Affaires étrangères, Charbel Wehbé.
Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de la "disparition" du compositeur a provoqué des réactions très contrastées. Alors que, côté libanais, des appels étaient lancés pour sa "libération", notamment par des partisans aounistes, ou bien à ce que son sort soit révélé, les internautes saoudiens ou pro-Riyad se montraient plus virulents à son égard. Certains sont allés jusqu'à l'accuser d'avoir été arrêté pour trafic de drogue, lui reprochant ses nombreuses critiques publiques du royaume.
Cette affaire intervient alors que les relations entre Beyrouth et Riyad ont été ternies, en fin de semaine dernière, par l'annonce de la suspension des importations par Riyad de produits agricoles libanais, une mesure prise pour lutter contre le trafic de stupéfiants. Cette annonce a été faite alors que la police saoudienne a mis à jour une opération de trafic de millions de pilules de captagon cachées dans une cargaison de grenades en provenance du Liban. Selon des informations préliminaires de l'enquête menée au Liban, la cargaison de stupéfiants proviendrait de Syrie et aurait transité par le pays du Cèdre avant d'être envoyée en Arabie saoudite. Lors d'une réunion tenue lundi au palais de Baabda, les officiels libanais avaient appelé le royaume wahhabite à revenir sur sa décision. Le ministre sortant de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, avait en outre été officiellement chargé d’engager des contacts avec son homologue saoudien, à des fins d’information et d’explication. M. Fahmi tente en particulier de sauver des tonnes tonnes de fruits et agrumes actuellement bloqués dans des camions à la frontière saoudienne.

