Un camion citerne au Liban. Photo AFP/Joseph Eid
Des convois de camions, de vans et d'autobus se sont rassemblés mercredi matin au rond-point de Dora à Beyrouth et se sont dirigés jusqu'au ministère de l'Intérieur à Hamra, en réponse à l'appel à la grève et à des manifestations lancé par les fédérations et syndicats de transporteurs routiers, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Les transporteurs routiers protestent contre la détérioration de leurs conditions de vie et contre la hausse du prix du carburant dont les prix sont désormais ajustés deux fois par semaine. La grève a duré de 6 heures à 10 heures du matin.
Toutes les routes menant au ministère de l’Intérieur ont été coupées par les forces de l’ordre et les grévistes ont dû abandonner leurs voitures plus loin pour se diriger à pied vers le ministère de l’Intérieur.
"Le mouvement d’aujourd’hui n’est qu’un début. Gouvernement ou non, nous continuerons tant que nous n'aurons pas obtenu nos droits", a affirmé le chef de l'Union des syndicats du secteur, Bassam Tleiss, dans un discours prononcé devant le ministère. Il a souligné que les chauffeurs "ne pouvaient plus supporter l’augmentation des prix des carburants, des pièces de rechange pour leurs véhicules" et autres. "Nous n’allons pas prendre cela des poches des citoyens mais l’Etat doit nous venir en aide", a-t-il ajouté, laissant entendre qu’il n’y aurait pas de nouvelle hausse des tarifs des services et vans. "Nous avons présenté nos demandes aux autorités, notamment une aide ponctuelle mensuelle aux chauffeurs mais personne ne nous écoute", a-t-il encore dit. "Concernant l’inspection mécanique, si l'on n’accède pas à nos demandes, nous appelons à bloquer lundi prochain l’entrée de tous les centres d’inspection mécanique au Liban", a ajouté M. Tleiss, une personnalité considérée proche du chef du Législatif, Nabih Berry.
Pour sa part, le représentant des distributeurs de carburant, Fadi Abou Chakra, a indiqué que "les demandes du secteur des transports seront soumises dans un mémorandum aux ministères de l'Intérieur et de l'Energie. Nous ne pouvons pas continuer dans cette situation", a-t-il ajouté. Il a en outre estimé que "l'inspection mécanique (des véhicules) n'est pas nécessaire en ces circonstances difficiles", cette formalité obligatoire étant coûteuse en période de crise.
De leur côté, les transporteurs routiers du Mont Liban organisé un sit-in au rond-point de Aley, avant de rejoindre le rassemblement à Beyrouth. Ceux du nord du pays ont fait de même à l'entrée de Tripoli, scandant des slogans dénonçant les conditions économiques difficiles et protestant contre l'absence de l'Etat, tandis que la contrebande d'essence continue. Ces derniers jours, face aux pénuries de carburant, de l'essence était vendue illégalement sur le bord des routes dans le nord du pays, notamment au Akkar.
Hier, une des fédérations de chauffeurs et ouvriers du transport au Liban avait toutefois annoncé son refus de se joindre au mouvement, en l'absence d'un gouvernement capable de prendre des mesures salvatrices pour le secteur. Elle a appelé à "définir une politique des transports qui prenne en compte le rôle du secteur privé et de ses transports communs, pour mettre fin à la loi de la jungle".
Les chauffeurs routiers souffrent particulièrement de la crise économique qui sévit dans le pays et de la chute de la livre libanaise par rapport au dollar. Les prix du carburant ont fortement augmenté ces derniers mois. En outre, les pénuries et rationnements du carburant à la pompe sont de plus en plus courants au Liban. Jusqu’à présent, l’importation de carburant était subventionnée par la Banque du Liban au taux officiel de 1 507,5 livres libanaises pour un dollar, alors que le taux de change sur le marché parallèle oscille autour de 12 000 LL. Toutefois, une levée de ces subventions sur les denrées essentielles (blé, carburants, médicaments, etc.) est prévue dans les prochains mois, les réserves de la BDL arrivant à épuisement.


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