Plusieurs centaines d'Ouïghours manifestant en Turquie, le 25 mars 2021. Photo REUTERS/Cagla Gurdogan
Plusieurs centaines d'Ouïghours ont manifesté jeudi à Istanbul et à Ankara contre la visite le même jour en Turquie du chef de la diplomatie chinoise, a constaté l'AFP.
Près d'un millier de personnes ont pris part au rassemblement à Istanbul, brandissant des drapeaux indépendantistes ouïghours et scandant "Que la Chine arrête le génocide" ou "Chine fasciste, ferme les camps!" A Ankara, où le rassemblement devant l'ambassade de Chine a été interdit par les autorités, des dizaines de manifestants ont protesté non loin de l'enceinte diplomatique.
Originaires de la région du Xinjiang, dans le Nord-Ouest de la Chine, les Ouïghours sont une minorité musulmane et turcophone. Plusieurs ONG et pays accusent la Chine de persécuter les Ouïghours, notamment dans des camps d'internement où les membres de cette minorité sont soumis, selon les témoignages de rescapés, à divers sévices. Pékin rejette ces accusations et présente ces structures comme des "centres de formation professionnelle".
Selon les estimations, environ 50.000 Ouïghours fuyant les persécutions ont trouvé refuge en Turquie, pays qui a longtemps été l'un des principaux défenseurs de leur cause face à la Chine. Mais alors qu'Ankara cherche à préserver ses relations économiques avec Pékin et est dépendant d'un vaccin chinois contre le nouveau coronavirus, le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait dénoncé en 2009 un "génocide" contre les Ouïghours, a mis ses critiques en sourdine.
C'est dans ce contexte que le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a été reçu jeudi à Ankara par son homologue turc Mevlüt Cavusoglu et plus tard par M. Erdogan.
Dans une déclaration sur Twitter, le ministre turc des Affaires étrangères a mis en avant "le potentiel économique" des relations entre les deux pays et "la coopération en matière de lutte contre la pandémie et de vaccins".
La situation des Ouïghours a aussi été évoquée, a ajouté le ministre turc, tout en prenant soin d'éviter les termes qui pourraient fâcher. "Nous avons communiqué notre sensibilité et nos vues à propos des Turcs ouïghours", a-t-il écrit. "Je ne suis pas content. Pourquoi la Turquie reçoit-elle le ministre chinois des Affaires étrangères?", a pesté l'un des manifestants à Istanbul, Abdullatif Ragip, 62 ans. Les Chinois "font beaucoup de mal au Turkestan oriental", le nom donné au Xinjiang par les activistes ouïghours, a-t-il dit à l'AFP.
Les Ouïghours exilés en Turquie craignent notamment qu'Ankara ratifie un traité d'extradition signé en 2017 avec Pékin, soupçonnant la Chine de conditionner la livraison de vaccins à la Turquie à cette mesure.
La Turquie a plusieurs fois répété qu'elle ne renverrait pas les Ouïghours en Chine, mais plusieurs réfugiés et associations accusent les autorités turques d'avoir discrètement expulsé des membres de cette minorité. "Nous avons peur pour l'avenir. Que va-t-il arriver à nos enfants?", s'est inquiétée une manifestante, Rahile Seker. "Nous voulons que la Turquie demande au ministre chinois ce qu'il se passe (dans les camps)", a ajouté un autre manifestant, Feyzullah Kaymak. "Nous voulons que la Turquie donne de la voix".


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