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Culture - Rencontre

Lotte de Beer n’a pas froid aux yeux

Primée comme révélation par les International Opera Awards en 2015, la Néerlandaise de 39 ans est invitée par les grandes scènes européennes et fait ses débuts à l’Opéra national de Paris. 

Lotte de Beer n’a pas froid aux yeux

Lotte de Beer à l’Opéra de la Bastille, à Paris, le 15 février 2021. Christophe Archambault / AFP)

Elle a emmené La Traviata à un festival de rock, tente d’attirer les jeunes vers le lyrique et s’apprête à présenter une Aïda très « XXIe siècle » à l’Opéra national de Paris : la metteuse en scène Lotte de Beer n’a pas froid aux yeux.

Primée comme révélation par les International Opera Awards en 2015, la Néerlandaise de 39 ans est invitée par les grandes scènes européennes et fait ses débuts à l’Opéra de Paris, mais aussi cet été au prestigieux Festival d’Aix-en-Provence avec une nouvelle version des Noces de Figaro.

Elle a été nommée il y a quatre mois future directrice artistique du Volksoper, l’opéra populaire de Vienne, alors que les femmes à la tête d’une grande institution lyrique sont rares en Europe.

À l’occasion d’une captation en direct de l’Opéra de la Bastille (retransmise sur Arte), cette artiste expérimentale n’a pas manqué d’étonner avec une version originale de Aïda, opéra de Verdi créé en 1871 et qui raconte les amours compromises de Aïda, princesse éthiopienne captive, et du général égyptien Radamès.

Cette nouvelle production lyrique est la première à l’opéra depuis la pandémie. Lotte de Beer a dû s’adapter, notamment pour les artistes du chœur qui doivent être à distance.

« Prise de conscience »

La metteuse en scène place l’œuvre dans son contexte colonial en utilisant « la métaphore d’un musée du XIXe siècle où des objets d’art pillés sont montrés aux Occidentaux », explique-t-elle à l’AFP. Exit l’imagerie de l’Égypte antique présente dans les productions traditionnelles aux spectacles pharaoniques.

« Pour représenter Aïda aujourd’hui, il faut raconter deux histoires, celle de la loyauté à la patrie, de la princesse devenue esclave, du triangle amoureux, mais aussi l’histoire de l’œuvre », dit-elle. L’œuvre doit être « relue avec cette prise de conscience actuelle en Occident » sur le passé colonial, non pas pour le condamner, mais pour « le regarder d’une manière qui ne soit pas idéalisée ».

Les relectures d’opéra sont très courantes depuis le XXe siècle avec leur lot d’éloges et de polémiques. Lotte de Beer n’est pas la première à prendre ses distances avec l’exotisme de Aïda, mais elle y ajoute une nouvelle dimension en doublant la soprano qui chante le rôle-titre d’une marionnette.

Voulant collaborer avec une artiste qui voit le monde « d’une autre perspective », elle s’est tournée vers la plasticienne zimbabwéenne Virginia Chihota dont le travail porte sur « le corps de femmes noires marginalisées ». Sur la base de ses croquis, le marionnettiste Mervyn Millar a conçu une marionnette qui va prendre le devant de la scène.

Et, clin d’œil à la vision occidentale du monde, des figurants font une reconstitution « vivante » de célèbres toiles de Delacroix ou de David sur La marche triomphale, l’air le plus connu de Aïda.

Cette production intervient alors que l’Opéra national de Paris a entamé un débat qui a fait couler beaucoup d’encre sur la diversité et la contextualisation des œuvres du passé.

Lotte de Beer dit s’attendre à des critiques, que ce soit « de gens qui pensent que ces opéras doivent être montés comme au XIXe siècle ou d’autres qui estiment qu’ils ne doivent plus être montrés. Le théâtre a toujours besoin d’être actualisé », assure-t-elle.

Traviata remixée et gospel

Une actualisation nécessaire pour « créer des liens avec le jeune public », son principal cheval de bataille depuis qu’elle a créé sa propre compagnie Operafront.

En 2016, elle emmène une Traviata « remixée » au festival pop-rock de Lowlands, aux Pays-Bas. « Les gens avaient ramené leur bière et n’étaient pas du tout silencieux, se souvient-elle, amusée. Petit à petit, le silence s’est fait, et à la fin, on a entendu des spectateurs pleurer. » Une autre fois, elle a fait venir des chanteurs de gospel sur une autre production de Aïda.

À mesure qu’elle prend de l’importance dans le paysage lyrique, elle se sent paradoxalement « plus marginalisée » dans un milieu encore dominé par le « patriarcat », avec certaines maisons d’opéra « qui ne (la) prennent pas au sérieux ». Sa nomination au Volksoper est d’autant plus importante à ses yeux car elle « pourra établir (ses) propres règles ».

Rana MOUSSAOUI /AFP


Elle a emmené La Traviata à un festival de rock, tente d’attirer les jeunes vers le lyrique et s’apprête à présenter une Aïda très « XXIe siècle » à l’Opéra national de Paris : la metteuse en scène Lotte de Beer n’a pas froid aux yeux.
Primée comme révélation par les International Opera Awards en 2015, la Néerlandaise de 39 ans est invitée par les...

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