Réunion des commissions parlementaires conjointes, à la Chambre, le 23 février 2021. Photo Ali Fawwaz / Parlement libanais
L'octroi au Liban d'un prêt de 246 millions de dollars de la Banque Mondiale (BM), qui doit financer le développement d'un système national de filets de sécurité sociale, a été approuvé mardi par les commissions parlementaires conjointes, a annoncé à l'issue de la réunion au Parlement le président de la commission des Finances et du Budget, Ibrahim Kanaan.
M. Kanaan a souligné que "les commentaires" des députés ont été pris en compte lors de l'étude de ce texte et que "le gouvernement s'est engagé à le mettre en œuvre". Ce texte, approuvé par les commissions parlementaires des Finances, des Affaires sociales, du Travail et de la Santé, doit désormais être soumis à la Chambre en séance plénière.
"Ce prêt ne constitue aucunement une tutelle sur le Liban", s'est défendu le député Pierre Bou Assi, membre des Forces libanaises. "En tant que FL, nous sommes très attachés à la souveraineté et savons comment celle-ci est violée. Ce n'est pas le cas à travers ce prêt", a-t-il ajouté dans une critique indirecte au Hezbollah.
"Nous devons unifier les bases de données dès que possible, conformément à la transparence exigée par le programme de "soutien aux familles les plus pauvres" du ministère des Affaires sociales (...)", a-t-il ajouté. "Nous ne pouvons pas recenser un million de familles en un mois, c'est impossible", a-t-il nuancé, estimant qu'il était donc nécessaire "de partir d'une base de données existante, notamment via celle du ministère des Affaires Sociales et de l'armée ou via la plateforme électronique IMPACT". Et d'ajouter que "l'essentiel est que le formulaire soit élaboré avec le plus grand sérieux, tel qu'approuvé par le ministère des Affaires sociales". "Le prêt sera accordé en livres libanaises", a-t-il enfin souligné, demandant donc à ce que les 246 millions de dollars soient conservés dans la Banque du Liban au profit de ce projet et non pas dépensées en subventions".
"Il y a un détournement des objectifs du programme de telle sorte qu'il ne répond pas à son objectif initial", a estimé pour sa part le député de la Rencontre démocratique et ancien ministre de la Santé, Waël Bou Faour. "Les données actuelles doivent être mises à jour", a-t-il ajouté, se disant "en accord avec la proposition du gouvernement visant à mettre en place un comité d'observation pour vérifier 5 à 10% des résultats". Et l'ancien ministre de conclure : "La Rencontre démocratique soutient le prêt en l'absence d'une autre solution. Ce prêt est une opportunité pour le Liban et il doit être approuvé car il n'y aura pas de seconde chance", a-t-il averti.
Le député Hassan Fadlallah, membre du groupe parlementaire du Hezbollah, qui avait déjà critiqué "les lacunes constitutionnelles et juridiques" entourant cette aide et mis en garde contre un "gaspillage de fonds au détriment des principaux bénéficiaires", a de nouveau fait par de ses inquiétudes.
"Nous avions tous dit que nous voulions le prêt, mais selon les priorités fixées par l'Etat (...) et afin que cela se fasse dans l'intérêt des personnes concernées par l'aide", a-t-il affirmé. "Notre responsabilité est d'examiner et de débattre de la loi pour l'améliorer. (...) On parle ici d'un prêt qui va s'ajouter à la dette publique", a-t-il mis en garde. Et de s'interroger : "L'accord prévoit la création de nouveaux emplois dans le secteur public, pourquoi créer de nouveaux emplois dans ce secteur alors que nous avons déjà suffisamment de fonctionnaires, pourquoi gaspiller davantage de fonds publics ?".
Parmi les réserves soulevées lors de la réunion des commissions, la semaine dernière, les députés du Hezbollah avaient estimé que certains points du projet étaient anticonstitutionnels et enfreignaient la souveraineté de l'Etat, tandis que d'autres, notamment le député de la Rencontre démocratique Hadi Abou el-Hosn, avaient soulevé la distribution d'aides aux populations en livre libanaise à un taux inférieur à celui du marché noir, alors que le prêt est alloué en dollars.
Ce prêt de 246 millions de dollars devrait permettre d'aider environ 786.000 Libanais vivant dans la pauvreté et victimes des crises économique et sanitaire sévères que traverse le Liban au moyen de transferts d'argent et d'accès aux services sociaux. Le Liban connaît depuis l'automne 2019 sa pire crise économique et financière depuis des décennies, qui a entraîné une baisse de 19,2% du PIB en 2020, une inflation à trois chiffres et une paupérisation à grande échelle.

