L'officier à la retraite Georges Nader (g) et plusieurs protestataires devant le Palais de Justice de Beyrouth le 22 février 2021. Photo Mohammad Yassine
Des dizaines de protestataires se sont rassemblés devant le Palais de Justice de Beyrouth lundi matin pour réclamer la vérité sur les explosions au port de Beyrouth. Une délégation les représentant a rencontré le juge Tarek Bitar, désormais chargé de l'enquête, selon notre journaliste sur place Mohammad Yassine.
Le juge Fadi Sawan qui était chargé d'enquêter sur la double explosion au port de Beyrouth avait été dessaisi de l'enquête la semaine dernière par la chambre pénale près la Cour de cassation de Beyrouth, ce qui a provoqué la colère et l'indignation des proches de victimes et de nombreux Libanais.
La Cour a accepté le recours pour suspicion légitime présenté à l'encontre de M. Sawan par deux anciens ministres inculpés dans cette affaire, les députés Ghazi Zeaïter et Ali Hassan Khalil (Amal) et le juge Tarek Bitar a été nommé vendredi soir pour le remplacer.
"Nous sommes là pour réclamer justice au sujet des explosions au port et nous serons tout à l'heure devant le tribunal militaire pour réclamer la fin de tous les tribunaux d'exception et réclamer la remise en liberté des militants détenus", a déclaré le militant et journaliste Samir Skaff, dans une allocution au nom des protestataires . "Nous demandons à la justice de mettre fin à l'immunité des politiques, de mettre un terme aux arrestations arbitraires et d'appliquer l'article 47 du code de procédure pénale" (permettant, depuis octobre 2020, aux prévenus d'être accompagnés d'un avocat lors de leur interrogatoire, ndlr).
La mise à l'écart du juge Fadi Sawan avait provoqué la colère des familles des victimes qui réclament justice depuis plus de six mois. Ces proches ont manifesté ces derniers jours afin de réclamer que l'enquête se poursuive. De nombreux groupes d'opposition et des ONG ont également dénoncé le dessaisissement du juge Sawan, certains estimant qu'il s'agissait d'une décision "politique par excellence". Plusieurs parties ont exprimé leurs doutes quant à une volonté réelle des autorités de mener à son terme l'enquête, qui n'a pas encore permis de dévoiler, en tout cas via les canaux officiels, les circonstances qui ont provoqué la catastrophe du 4 août. Il est reproché aux autorités libanaises, qu'il s'agisse des responsables politiques, sécuritaires ou judiciaires, de n'avoir pris aucune mesure pour évacuer les 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium qui se trouvaient dans le hangar 12 du port depuis leur arrivée au Liban en 2013, et dont l'incendie a provoqué la déflagration meurtrière.

