Un officier de police patrouille avec un berger allemand à Moscou devant la cour durant le procès en diffamation visant l'opposant politique russe Alexei Navalny, quelques jours après sa condamnation à près de trois de prison, le 5 février 2021. Photo AFP / NATALIA KOLESNIKOVA
Le chef de la diplomatie européenne doit évoquer vendredi à Moscou le sort de l'opposant Alexeï Navalny, jugé dans un nouveau procès, après une première condamnation à près de trois ans d'emprisonnement.
L'Espagnol Josep Borrell s'entretiendra avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, une rencontre qui s'annonce difficile, Moscou ayant qualifié les critiques occidentales dans cette affaire d'"ingérence".
Ennemi juré du Kremlin et militant anti-corruption, Alexeï Navalny, 44 ans, a écopé mardi de deux ans et huit mois d'emprisonnement pour avoir enfreint un contrôle judiciaire datant de 2014. Il accuse les autorités de vouloir le réduire au silence après avoir survécu, cet été, à un empoisonnement dont il tient le président russe Vladimir Poutine pour responsable. L'arrestation de M. Navalny, le 17 janvier, dès son retour de cinq mois de convalescence en Allemagne, a suscité des manifestations réprimées à travers le pays.
De nombreuses ONG et des médias russes ont dénoncé la répression brutale de ces rassemblements pro-Navalny les 23, 31 janvier et 2 février. Ils ont donné lieu à quelque 10.000 arrestations, un record ces dernières années, émaillées de violences policières.
"Rivaux et concurrents"
Les autorités russes, déjà visées par de multiples sanctions occidentales, sont restées sourdes à l'ensemble des critiques nationales et internationales. Le message porté par le chef de la diplomatie européenne n'a donc guère de chance d'être entendu, mais le diplomate espère néanmoins pouvoir rencontrer M. Navalny et des représentants de la société civile. Certains Etats de l'Union européenne évoquent la possibilité de nouvelles sanctions, notamment l'Allemagne. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE auront une première discussion sur le sujet le 22 février. Le projet de gazoduc sous-marin Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne est un levier de pression. La France demande son abandon, ce que Berlin refuse.
La mission de Josep Borrell met en tout cas fin au gel des contacts diplomatiques avec la Russie au niveau européen depuis 2017. D'autres dossiers seront sur la table, les différends ne manquant pas sur l'Ukraine, la Syrie ou encore la Libye.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré que Moscou souhaitait "discuter franchement de nos désaccords". Dans une interview à l'agence de presse russe Interfax, M. Borrell a, lui, déclaré que l'UE et la Russie se percevaient "comme des rivaux et des concurrents, pas comme des partenaires" et souhaiter dès lors commencer par "un échange de points de vue franc et direct".
Procès en diffamation
Cette visite intervient alors qu'Alexeï Navalny est jugé à nouveau vendredi. L'opposant est accusé d'avoir diffusé des informations "mensongères" et "injurieuses" au sujet d'un ancien combattant de la Seconde guerre mondiale qui avait défendu dans un clip de campagne, l'été dernier, un référendum ayant renforcé les pouvoirs de Vladimir Poutine. L'opposant avait qualifié les intervenants dans cette vidéo, dont le vétéran, de "honte de la Nation" et de "traîtres".
M. Navalny, qui risque au moins une lourde amende voire une peine de prison ferme, dénonce une accusation politique. L'ancien combattant participe au procès par visio-conférence, et a revêtu uniforme et médailles pour l'occasion. Présent à l'audience, l'opposant a accusé les proches du plaignant d'instrumentaliser le vieil homme pour se "faire de l'argent sur son dos", selon un journaliste de l'AFP sur place.
La victoire soviétique sur les nazis est centrale dans l'imaginaire collectif russe, et célébrée par les autorités et la population comme une heure de gloire. Les critiques à l'égard de vétérans sont généralement très mal perçues.
Outre ce dossier, l'opposant est également visé par une enquête pour "fraudes massives", délit passible de 10 ans de prison.
La plupart de ses proches collaborateurs dans son organisation anti-corruption ont été arrêtés ou assignés à résidence.

