Le chef du courant des Marada, Sleiman Frangié, lors d'une conférence de presse le 11 mai 2020. Photo fournie par le bureau de presse de M. Frangié
Le chef chrétien du Liban-Nord Sleiman Frangié est revenu jeudi soir sur les différents développements concernant l'enquête sur les explosions dévastatrices du 4 août au port de Beyrouth, estimant que les "premiers et derniers responsables" sont les services de sécurité. M. Frangié a en outre rejoint le point de vue de plusieurs responsables qui ont estimé que le chef de l'État Michel Aoun devrait comparaître devant la justice dans cette affaire, au même titre que les responsables déjà inculpés. Parmi ces derniers se trouve l'ancien ministre des Transports publics Youssef Fenianos, qui est membre du courant chrétien Marada.
"Personne ne pouvait savoir que le nitrate d'ammonium allait provoquer une telle explosion", a déclaré Sleiman Frangié dans une émission télévisée. Il a souligné que "si le juge Sawan veut juger les responsables politiques, il faut qu'il remonte jusqu'à ceux qui étaient en fonction depuis 2013, au lieu d'envoyer au Parlement des noms de ministres et de Premiers ministres, a-t-il estimé. Il a souligné que Youssef Fenianos a "la conscience tranquille" et qu'il se présentera devant la justice, avant de poursuivre : "Si le juge en charge de l'affaire, Fadi Sawan, veut faire assumer la responsabilité de la présence du nitrate d'ammonium aux responsables qui avaient eu connaissance de l'existence de ce stock, il devra remonter jusqu'au chef de l'État". Selon lui, "Michel Aoun est un militaire, qui sait ce que signifie le nitrate d'ammonium". Il s'est également interrogé sur les raisons pour lesquelles le président n'avait pas "ordonné au ministre des Travaux publics (Michel Najjar, ndlr) d'évacuer le contenu du hangar n°12". Sleiman Frangié est un opposant politique au président Aoun, contre qui il s'était présenté lors de l'élection présidentielle de 2016.
Le chef des Marada a toutefois jugé que l'aspect le plus important dans cette affaire consiste à identifier les personnes qui avaient placé des matières inflammables à côté du stock de nitrate d'ammonium, qui avaient mis le feu à ces produits. Et M. Frangié d'accuser par ailleurs "les services de sécurité" d'être "les premiers et derniers responsables" de cette catastrophe.
Le 4 août, une explosion au port de Beyrouth dans un entrepôt où se trouvaient 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, stockées sans mesures de précaution depuis des années, a fait plus de 200 morts et 6.500 blessés. Une partie de la capitale a été entièrement ravagée. Chargé de l'enquête, le juge Fadi Sawan avait inculpé le 10 décembre le Premier ministre démissionnaire Hassane Diab, et trois anciens ministres, Ali Hassan Khalil, Ghazi Zeaïter et Youssef Fenianos. Les quatre hommes sont accusés de "négligence et d'avoir causé des centaines de décès". Il s'agit des premières inculpations d'hommes politiques annoncées quatre mois après le drame. Plusieurs responsables sécuritaires et portuaires, notamment l'ancien directeur de la société qui gère le port, ainsi que le directeur des douanes, sont déjà sous les verrous. Ces inculpations ont toutefois provoqué une levée de bouclier au sein de la classe politique.
Par ailleurs, Sleiman Frangié a insisté sur "l'échec" du sexennat de Michel Aoun et estimé que les "proches du chef de l'Etat devraient l'encourager à partir". "Si j'avais été président, je me serais récusé", a-t-il lancé.

