Le patriarche maronite Mgr Béchara Raï. Photo ANI
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui critique régulièrement et sévèrement la classe dirigeante, a accusé les responsables d'avoir "pillé l'Etat" et mis ses espoirs dans le peuple libanais, "source du pouvoir", alors que le Liban, déjà en proie à une crise économique et financière, s'enfonce dans une crise politique en l'absence d'un nouveau gouvernement.
"Nous n'excluons personne, car tout le monde est responsable et personne ne sacrifie rien", a insisté le chef de l'Eglise maronite en écho à la révolte populaire du 17 octobre 2019 qui dénonçait la corruption des responsables politiques, sous le slogan "kellon yaane kellon" (tous sans exception).
"Vous avez pillé l'Etat. Vous ne savez pas ce qu'est la faim et vous touchez des salaires sans travailler", a lancé le patriarche à l'adresse des responsables du pays, en accueillant une délégation de groupes souverainistes, selon l'agence Markaziya. "Les responsables détruisent l'Etat au lieu de le construire. Beyrouth est en train d'être détruite, les victimes tombent, tandis que la municipalité de Beyrouth, les administrations et les ministères ne semblent pas concernés", a-t-il ajouté.
Pour le patriarche Raï, "seul le peuple est la source du pouvoir et se préoccupe de l'Etat". "Nous ne nous tairons pas. Nous porterons des accusations lors de nos homélies car se taire, c'est accepter ce qui se passe", a-t-il estimé.
Enfin, Mgr Raï a évoqué à nouveau le thème de la "neutralité" du Liban, qu'il défend depuis juillet dernier. "La neutralité, c'est dans ce système que les Libanais ont trouvé leur identité. Le Liban, ce petit pays, ne veut pas de guerre ni d’ingérences dans des alliances et des conflits internationaux", a-t-il affirmé.
Le Liban ne voit pas de sortie de crise pour l'instant. Les tractations gouvernementales menées depuis près d'un mois par le Premier ministre désigné Saad Hariri s'enlisent face aux demandes et conditions posées par les différents partis politiques, qui veulent prendre part au prochain cabinet censé être composé d'une équipe "de mission" resserrée, comme définie dans l'initiative du président français Emmanuel Macron, le 1er septembre à Beyrouth. Le nouveau cabinet est attendu depuis la démission, il y a plus de trois mois, du Premier ministre sortant Hassane Diab, dans la foulée des explosions meurtrières du 4 août au port de Beyrouth, au sujet desquelles l'enquête locale promise n'a pas encore débouché sur des résultats concrets, du moins publiquement.

