La police scientifique française relève des indices à bord du train Thalys à Arras, dans le nord de la France, après une tentative d'attentat le 22 août 2015. Photo AFP/Archives
Le carnage probable a été évité de justesse, grâce à l'intervention de passagers ayant maîtrisé le tireur : le procès de l'attentat déjoué du train Thalys à l'été 2015, commandité par le coordinateur des attaques meurtrières du 13 novembre suivant en région parisienne, s'est ouvert lundi dans la capitale française.
L'audience a débuté à 10h30 (9h30 GMT), avec un long rappel par le président des consignes sanitaires, qui a ensuite demandé aux quatre accusés, dont trois s'expriment via un interprète en arabe, de se présenter.
Debout dans le box, le tireur du Thalys, Ayoub El Khazzani, un Marocain de 31 ans, est vêtu d'une chemise en jean bleu ciel, ses cheveux noirs retenus dans un petit chignon. Il décline son identité dans un français un peu hésitant, et son ancienne profession : "pâtisserie". A ses côtés, Bilal Chatra, qui avait joué le rôle d'éclaireur sur la route des migrants entre la Turquie et l'Allemagne, Redouane El Amrani Ezzerrifi, et Mohamed Bakkali, le logisticien présumé des sanglants attentats du 13 novembre 2015 en région parisienne. Ces deux derniers sont accusés d'avoir aidé El Khazzani à arriver en Europe, ce qu'ils nient.
Ayoub El Khazzani avait rejoint le groupe jihadiste État islamique en Syrie en mai 2015. A l'été, il prenait la route vers l'Europe depuis la Turquie avec son commanditaire, venu piloter depuis la Belgique la cellule qui préparait aussi les attentats du 13 novembre à Paris: Abdelhamid Abaaoud.
Selon les enquêteurs, l'attaque du Thalys s'inscrit dans une série d'attaques jihadistes projetées depuis la Syrie: celle d'avril 2015, avortée, contre une église de Villejuif, en région parisienne, pour laquelle Sid-Ahmed Ghlam a récemment été condamné à la réclusion à perpétuité, les attentats de novembre, puis ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles.
Le 21 août 2015, El Khazzani, alors âgé de 25 ans, monte à Bruxelles dans le train Amsterdam-Paris. Il entre aux toilettes, retire sa chemise, place un pistolet dans sa ceinture et une kalachnikov en bandoulière. Son sac posé sur le ventre est ouvert, chargeurs et munitions à portée de main. Devant les toilettes, deux passagers qui attendent se retrouvent face à cet homme torse nu, armé, "l'air en transe", ils croient à une plaisanterie puis comprennent. Le premier passager se jette sur lui, le deuxième attrape la kalachnikov. Ayoub El Khazzani sort son pistolet, lui tire dans le dos, récupère le fusil d'assaut.
Trois Américains en vacances, dont deux militaires, sont alertés par le bruit. Ils lui sautent dessus, le désarment et le maîtrisent avec l'aide d'autres passagers. Le train est arrêté en gare d'Arras (nord de la France), l'assaillant interpellé.
"Il avait assez de munitions pour tuer 300 personnes", insiste l'avocat Thibault de Montbrial, qui représente les Américains et ne doute pas qu'un "attentat de masse" a été évité.
Dix-huit mois de silence
Après un an et demi de silence, 130 morts à Paris et 32 à Bruxelles, Ayoub El Khazzani avait demandé à être entendu par les enquêteurs. Il leur avait assuré qu'Abdelhamid Abaaoud, tué par la police peu après le 13 novembre 2015, lui avait demandé de ne viser que les Américains, pas les civils.
Un argument jugé "pas sérieux", alors que le même Abaaoud préparait à ce moment-là les attaques parisiennes contre des civils, qui feront 130 morts et des centaines de blessés. La présence des Américains dans ce train était en outre impossible à anticiper.
Célébrés en héros en France, où ils ont reçu la légion d'honneur à l'Elysée, et à leur retour aux États-Unis, les trois Américains aujourd'hui âgés de 28 ans seront présents à l'audience jeudi et vendredi, quand sont prévus les témoignages des passagers du train, a indiqué leur avocat.
Mark Moogalian, le professeur franco-américain blessé par balles, est lui présent dans la salle avec sa femme. En 2018, Moogalian, sa femme et les trois jeunes Américains avaient joué leur propre rôle dans un film de Clint Eastwood, "Le 15h17 pour Paris". Le réalisateur de 90 ans devrait à ce titre être entendu comme témoin par visioconférence la semaine prochaine. Le procès, qui doit durer jusqu'au 17 décembre, s'ouvre dans un contexte de menace d'attentats, après trois attaques en un mois en France.
Debout dans le box, le tireur du Thalys, Ayoub El Khazzani, un Marocain de 31 ans, est vêtu d'une chemise en jean bleu ciel, ses cheveux noirs retenus dans un petit chignon. Il décline son identité dans un français un peu hésitant, et son ancienne profession : "pâtisserie". A ses...

