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Monde - Éclairage

Présidentielle US : Première anatomie du vote

Alors que Joe Biden a gagné des électeurs au sein de l’électorat populaire blanc, Donald Trump en a perdu, mais a opéré quelques percées au sein des minorités.

Présidentielle US : Première anatomie du vote

À Miami, devant le restaurant Versailles, des partisans du président sortant Donald Trump se réjouissent de sa victoire en Floride, après l’annonce des résultats. Joe Raedle/AFP

Aux États-Unis, les élections se suivent et se ressemblent… un peu. Comme en 2016, c’est l’électorat blanc populaire très présent dans les trois États de la « Rust Belt », le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie, qui devrait faire basculer l’élection. À l’heure de mettre sous presse, le candidat démocrate Joe Biden avait remporté l’État du Wisconsin et était en bonne position pour s’imposer également dans le Michigan, ce qui devrait lui permettre de devenir le nouveau président des États-Unis.

Si le candidat démocrate semble avoir réussi son pari, son adversaire, le président Donald Trump, a une nouvelle fois fait mentir les sondages en conservant une grande partie de ses électeurs de 2016 tout en attirant, au moins, 4 millions de voix de plus que lors de sa précédente victoire. Comment ces deux dynamiques peuvent-elles être compatibles ? Le taux de participation record, qui devrait tourner autour de 65 % – le plus élevé en un siècle –, l’explique en partie. Mais les résultats provisoires permettent en plus de dégager deux grandes tendances qui ont été décisives jusqu’à maintenant : les gains de M. Biden au sein d’un électorat blanc qui reste cependant majoritairement acquis à M. Trump et les gains de ce dernier auprès des minorités, bien que celles-ci restent majoritairement favorables aux démocrates.

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Au cours d’une élection particulièrement clivante et emblématique d’une polarisation accrue de la société, la question principale, vu de loin, a semblé se résumer à la figure de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. « L’élection était vraiment un référendum sur Trump. Il inspire à la fois une forte loyauté et une opposition farouche », commente David A. Hopkins, professeur associé de sciences politiques au Boston College, interrogé par L’Orient-Le Jour.Tandis que beaucoup d’analystes et d’instituts de sondage avaient anticipé une victoire du candidat démocrate, les plus sérieux d’entre eux avaient appelé dès le début à la prudence, gardant en tête la surprise de 2016 et la conquête du pouvoir par Donald Trump que personne ou presque dans les médias traditionnels n’avait prévue. Si, comme en 2016, le président américain a pu mobiliser une population blanche et déclassée portée par des angoisses à la fois socio-économiques et identitaires, Joe Biden a réussi à convaincre une partie de ces électeurs, en évitant de reproduire les mêmes erreurs qu’Hillary Clinton il y a quatre ans. Là où Mme Clinton s’était montrée en décalage complet avec cette frange de la population, M. Biden, lui-même natif de Pennsylvanie, a, au contraire, insisté au cours des derniers mois sur ses origines modestes et a tenté de se défaire d’un passif politique trop en faveur du libre-échange, en défendant notamment un certain isolationnisme avec un programme construit autour du « achetez américain ». Conscient que l’élection allait se jouer en grande partie dans les États de la « Rust Belt », Joe Biden avait insisté au cours des primaires démocrates sur sa capacité à les gagner pour contrer la stratégie de Donald Trump et conquérir la Maison-Blanche. Donald Trump avait 31 points d’avance auprès des hommes blancs en 2016 contre seulement 18 cette fois-ci, selon les sondages à la sortie des urnes. Alors que les États de la « Rust Belt » ont été particulièrement touchés par la crise du Covid-19, la gestion de la pandémie par le président américain pourrait lui avoir coûté très cher dans cette élection. Donald Trump avait 7 points d’avance en 2016 auprès des plus de 65 ans, contre trois cette fois-ci selon les sondages.

Biden perce auprès des Blancs

Au discours plus social de Joe Biden s’est conjugué, dans une moindre mesure, le fait qu’une partie des électeurs blancs ne s’est pas reconnue dans la gestion par Donald Trump du mouvement de protestation déclenché dans le sillage du meurtre le 25 mai dernier par un policier d’un homme noir, George Floyd, et dont l’ampleur a révélé ou plutôt confirmé l’étendue de la fracture dite raciale aux États-Unis. Dans un sondage réalisé par la Monmouth University au début du mois de juin et repris par le quotidien américain The New York Times, 76 % des personnes interrogées, dont 71 % de Blancs, ont affirmé que le racisme et la discrimination constituaient un « grand problème » dans le pays, soit un pic de 26 points de pourcentage en plus depuis 2015.

Les gains obtenus par M. Biden au sein de l’électorat blanc n’ont cependant pas bouleversé de fond en comble les alliances électorales traditionnelles. « Trump tire une grande partie de son soutien des électeurs blancs sans formation universitaire, des hommes, des chrétiens évangéliques et des électeurs d’âge moyen et âgés. Le soutien pour Biden vient de personnes avec un diplôme universitaire, des jeunes, des femmes et des électeurs non blancs et non chrétiens », rappelle David Hopkins. Le président américain a pu également compter sur une progression auprès des femmes blanches, malgré ses propos misogynes, en obtenant 12 points d’avance contre 9 en 2016.

Autre surprise relative de la soirée, la progression de Donald Trump auprès des minorités. Les analystes avaient tendance à penser que les changements démographiques de la société américaine allaient essentiellement profiter aux démocrates. Selon des projections établies par le recensement officiel, seules 45 % des personnes de plus de 30 ans seront blanches « non hispaniques » en 2040 et les minorités deviendraient la majorité vers 2045. Cela a été le cas durant l’élection en ce qui concerne le Texas, où les démocrates ont réduit l’écart avec les républicains, mais surtout en Arizona, où ils sont en passe d’obtenir une victoire historique, la première en 24 ans et la deuxième en 72 ans. L’une des raisons mises en avant pour expliquer ce basculement est la croissance de la population latino-américaine, perçue comme plus « progressiste » sur un certain nombre de sujets sociétaux.

Percée rouge chez les minorités

L’approche identitaire ou tout du moins fondée sur une alliance des groupes historiquement marginalisés doit cependant être relativisée, cet électorat étant lui-même de plus en plus divisé en plusieurs tendances. En témoignent ainsi les résultats en Floride, restée républicaine avec une majorité de 51,2 %. Dans cet État du Sud-Est, Donald Trump doit en grande partie sa courte victoire aux électeurs latino-américains, surpassant ses résultats de 2016 auprès de cette communauté qui constitue presque 20 % de la population locale. C’est notamment le comté de Miami-Dade qui a fait la différence. La zone abrite les plus grandes communautés cubaines et vénézuéliennes de Floride, dont beaucoup sont très réticentes aux discours perçus comme à « gauche », et ce bien que Joe Biden se soit gardé d’une rhétorique trop radicale. « Il est trop tôt pour dire exactement à quel point les coalitions ont changé par rapport à 2016, mais il y a des preuves que les électeurs hispaniques étaient nettement plus favorables à Trump cette année », note David Hopkins. Hillary Clinton avait obtenu 31 points d’avance auprès des Latino-Américains en 2016 contre seulement 25 points cette fois-ci pour Joe Biden, selon les sondages. Donald Trump aurait également fait une progression de sept points auprès de la communauté noire.

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Si Joe Biden peut se targuer d’une percée au sein de l’électorat blanc populaire, son adversaire a ainsi réussi à obtenir des gains non négligeables au sein des minorités, indépendamment de la Floride, et même s’il a, tout au long de son mandat, était dépeint comme « raciste ». Il faut ici en revenir aux priorités évoquées par les électeurs républicains et démocrates. Alors que les seconds accordent beaucoup d’importance à la question raciale, les premiers sont d’abord préoccupés par l’économie. Or selon les chiffres du département américain du travail, le taux de chômage au sein de la communauté afro-américaine avant le déclenchement de la pandémie liée au coronavirus avait atteint le seuil historiquement bas de 5,5 % en septembre 2019. Les adversaires de M. Trump mentionnent toutefois que la dynamique avait été enclenchée sous le mandat de son prédécesseur, Barack Obama.

De manière générale, Donald Trump a gagné en nombre de voix comparé à 2016, tandis que Joe Biden a surpassé Hillary Clinton. Or, si cette dernière était ressortie perdante de l’élection, elle avait toutefois obtenu un plus grand nombre de voix que son concurrent, récoltant 48 % du vote populaire contre 45,9 % pour M. Trump. Mais elle n’avait obtenu que 232 grands électeurs contre 290 pour son adversaire.


Aux États-Unis, les élections se suivent et se ressemblent… un peu. Comme en 2016, c’est l’électorat blanc populaire très présent dans les trois États de la « Rust Belt », le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie, qui devrait faire basculer l’élection. À l’heure de mettre sous presse, le candidat démocrate Joe Biden avait remporté l’État du Wisconsin et...

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