Le siège du Parti Kataëb à Saïfi lors de sa réunion le 27 octobre 2020. Photo Ani
Le bureau politique du parti Kataëb que dirige le député qui a démissionné de son mandat Samy Gemayel a critiqué mardi le processus de formation du gouvernement libanais, affirmant que cette tâche a été confiée au Hezbollah par "les parties prenantes au compromis", en allusion au Premier ministre désigné Saad Hariri et au chef de l'État Michel Aoun.
"Entre avidité chronique et cupidité sans fin, le système perpétue le processus de partage des parts du gouvernement" a déploré le parti. "La détérioration en cours est due au fait que les piliers du partage des parts ont mis le pays et ses décisions souveraines entre les mains du Hezbollah. Ces piliers du pouvoir ont chargé le Hezbollah de former le gouvernement et de déterminer sa forme, le nombre de ses ministres et la répartition de ses portefeuilles, pendant que le parti, lui, instrumentalise cette démarche afin de s'attaquer à ce qui reste de la Constitution, en imposant de nouvelles jurisprudences", déplorent les Kataëb.
Pour le bureau politique du parti chrétien, "la démission des députés est plus que nécessaire afin d'ôter toute légitimité à ce système qui constitue un danger pour la sécurité nationale et l'avenir des Libanais (...)". Les parlementaires Kataëb, Samy Gemayel, Nadim Gemayel et Élias Hankache avaient démissionné, ainsi que cinq autres, dans la foulée de la double explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth.
Plusieurs responsables et observateurs s'attendent à une mise sur pied du gouvernement dans les prochains jours. Un pronostic optimiste contré par d’autres supputations qui laissent entrevoir des difficultés, d’autant plus prévisibles que l’on s’interroge toujours sur la marge de manœuvre des partis politiques et les conditions posées par les uns et les autres. Depuis la désignation de M. Hariri le 22 octobre, le leader sunnite et le chef de l'État tiennent à préserver le secret des discussions car ils ne veulent pas que quiconque vienne faire obstacle au processus, selon notre correspondante à Baabda Hoda Chedid.
Saad Hariri, qui a déjà dirigé trois gouvernements, avait été poussé à la démission le 29 octobre 2019 par un mouvement de contestation inédit, lancé le 17 octobre de la même année. Les protestataires réclamaient le départ d'une classe politique inchangée depuis des décennies, accusée d'incompétence et de corruption. Le gouvernement dirigé par Hassane Diab, qui lui avait succédé à la présidence du Conseil, avait démissionné six jours après la double explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth. Moustapha Adib avait été désigné Premier ministre pour lui succéder, avant de se récuser fin septembre, sans être parvenu à former un gouvernement.


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