Un homme portant un masque de protection sanitaire, dans un bureau de vote de Singapour, le 10 juillet 2020. Photo AFP / Roslan RAHMAN
Portant des masques et des gants de protection, les Singapouriens votent vendredi pour des élections législatives sous strict contrôle sanitaire dans la cité-Etat d'Asie du Sud-Est qui espère avoir surmonté l'épidémie de coronavirus.
Le Parti d'Action Populaire (PAP), au pouvoir depuis l'indépendance , devrait garder la majorité face à une opposition divisée, mais les analystes peinent à prédire si la crise du coronavirus va renforcer ou affaiblir le gouvernement en place. Les meetings ont été interdits pour éviter les risques de nouvelles contaminations, mais la campagne en ligne a été animée avec des événements en direct sur Zoom ou Facebook.
Les Singapouriens doivent voter jusqu'à 20h00 locales (12h00 GMT) dans un créneau horaire strict de deux heures qui leur a été alloué pour respecter la distanciation physique. Par précaution, les personnes âgées avaient été invitées à voter en premier le matin. Les résultats sont attendus samedi matin. "Je pense que (les mesures) devraient être suffisantes pour que toute le monde soit en sécurité (...) tout devrait bien se passer", a observé Terence Ng, un électeur de 22 ans interrogé par l'AFP. De longues files d'attente se sont néanmoins formées le matin devant certains bureaux en raison des procédures de vérification, et les autorités ont incité les électeurs à vérifier la situation dans leur quartier avant de se déplacer.
Elections critiquées
La riche île d'Asie du Sud-Est a été l'un des premiers pays touchés par l'épidémie de coronavirus du fait de ses liens étroits avec la Chine. Mais c'est une seconde vague de contamination issue des foyers de travailleurs migrants en avril qui l'a le plus affectée et l'a contrainte à instaurer un confinement jusqu'à la mi-juin. Singapour a enregistré plus de 45.000 cas de contamination mais les décès sont restés limités à 26.
L'opposition a critiqué la convocation d'élections, accusant le PAP d'être "irresponsable", mais les autorités ont rétorqué que le pays avait repris le contrôle sur l'épidémie et que les 2,65 millions d'électeurs du pays de près de 6 millions d'habitants pouvaient aller voter en sécurité. Le Premier ministre Lee Hsien Loong, en course pour un dernier mandat, a estimé que la pandémie était "la crise d'une génération" et présenté son parti comme un vecteur de stabilité qui devrait permettre à la cité-Etat de traverser cette épreuve. Le centre financier et commercial a été durement frappé par la crise économique provoquée par la pandémie et devrait connaître cette année une grave récession. Le gouvernement a injecté près de 100 milliards de dollars singapouriens (72 milliards de dollars) pour soutenir l'économie.
Conflit familial
Si l'opposition reste faible, elle apparaît renforcée pour ce scrutin par le soutien du frère du Premier ministre, Lee Hsien Yang. Les deux fils du fondateur de Singapour en tant qu'Etat indépendant, Lee Kuan Yew, sont en conflit, et le frère du Premier ministre a décidé de se présenter contre le parti au pouvoir. "Voter pour l'opposition est le choix le plus sûr pour Singapour", a souligné Lee Hsien Yang sur Facebook cette semaine. "Il ne s'agit pas de 'renverser la barque' mais de la sauver pour éviter le naufrage", a-t-il insisté.
L'inquiétude pour les emplois et la réponse du gouvernement à la pandémie ont été les sujets les plus brûlants de la campagne. Le parti PAP a présidé à la transformation de Singapour en une société à la pointe de la technologie et l'une des plus riches au monde. Mais Singapour est aussi critiqué pour son autoritarisme et le parti pouvoir a été accusé d'avoir utilisé une loi controversé sur la désinformation pour brider toute opposition. Ce scrutin est aussi une étape-clé dans un processus de transition du pouvoir minutieusement orchestré qui devrait voir le Premier ministre issu de la famille fondatrice se retirer au profit d'un successeur choisi à l'avance.

